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Introduction
Réfléchir sur le discernement suppose
que l'on ait acquis quelques repères sur la conscience morale.
Nous supposons acquis les résultats suivants : La conscience droite
est d'abord ce goût et cette soif du bien toujours en quête
d'une perception et d'une connaissance plus universelle de ce bien. Ensuite,
elle est une loi intérieure qui me convoque à faire ce que
je crois être bien et à éviter ce que je crois être
mal. Enfin, elle est une instance de jugement entre ce qui est perçu
comme le bien à faire et ce qui a été effectivement
réalisé. Pour nourrir notre réflexion, ous nous appuierons sur des données anthropologiques et spirituelles. C'est-à-dire que lorqu'il s'agit de se décider à orienter notre vie dans un sens ou dans un autre, il s'agit d'impliquer tout l'homme, toute notre personnalité, aussi unifiée que possible dans l'acte de discerntement. Car une fois la décision prise, rien n'est pire que l'intellignece qui est convaincue de la décision et le coeur qui la regrette.
Selon que nous sommes croyants ou non, notre propre
perception de nous-mêmes et des autres ne sera pas la même.
Le but du discernement ne se donnera pas de la même façon.
Pour les chrétiens, la question du "Que dois-je faire ?"
ne peut se séparer de la question "Quelle est la volonté
de Dieu ? A quoi suis-je vraiment appelé dans ces événements
que je traverse aujourd'hui ?". Les chrétiens ont une autre source pour guider leur vie : la Parole de Dieu. Elle s'ajoute à la sagesse des hommes et l'éclaire. Ils savent que Dieu parle au travers des médiations qu'il a lui-même données aux hommes : La création, la sagesse des hommes, l'Eglise, les Ecritures, les liturgies, Ses appels rejoignent des personnes concrètes marquées nécessairement par des caractères, des psychologies variées. Il importe alors de ne pas confondre un appel de Dieu avec un désir qui vient de soi ; de ne pas renoncer à écouter tout appel sous prétexte que l'on n'a pas confiance en soi. Nous avons besoin pour cela d'une petite grammaire anthropologique. La distinction, et les moyens d'y parvenir, entre la connaissance de la volonté de Dieu et ses propres désirs mériterait des pages entières. D'un côté l'Eglise a toujours dû faire face à des "illuminés" qui prenaient leurs désirs pour la réalité. De l'autre, les sciences de l'homme et en particulier la psychologie ont permis un peu plus de faire le tri parmi tous les sentiments qui habitent le coeur de l'homme. Cette distinction n'est donc pas neuve. La Tradition croyante connaît tout de même quelques critères qui permettent à chacun et à la communauté d'y voir clair.
Les deux pièges évoqués ci-dessus relèvent un peu de la caricature. Ils sont en fait le reflet de vertus absolutisées : l'orgueil au dépend de l'estime de soi, le mépris de soi en guise d'humilité. Pour éviter de tomber dans ces pièges, il est prudent d'articuler les vertus entre elles afin de compenser leurs excès. Prenons l'exemple de l'estime de soi. En tout homme, il existe des choses estimables et si nous savons les estimer chez d'autres, on peut aussi les estimer chez soi. Savoir reconnaître le bien auquel nous avons participé est une bonne chose. Il ne faut pas pour autant confondre cet estime de soi avec l'orgueil qui est son excès. L'humilité est aussi une vertu. Mais ceux qui croient exercer cette humilité en glissant dans le mépris de soi se trompent aussi. L'exercice excellent de la vertu ne se fait pas en s'approchant de son défaut mais plutôt dans la régularité et l'équilibre. Tout appel qui nous est lancé rencontre inévitablement notre terrain psychologique que nous connaissons bien en général. Si la personne a naturellement du mal à s'estimer, en face d'un appel, elle aura tendance à se déclarer indigne ; tandis qu'une personne qui a plutôt une bonne estime de soi pourra parfois se demander pourquoi on ne lui a pas proposé plus tôt cette responsabilité... Ainsi donc, articuler les vertus permet de raison garder en face des appels que l'on nous lance. On exercera l'estime de soi avec humilité mais sans fausse modestie non plus. La façon dont on réagit face à un appel, une mission que l'on voudrait nous confier (tant au niveau intérieur qu'en face des autres) est un bon indice pour savoir si l'on confond nos désirs avec la réalité d'un appel qui ne peut venir que d'ailleurs, de la société et de Dieu lui-même. Il s'agit de ne pas confondre le niveau psychologique, le niveau moral et le niveau spirituel qui structurent toute personne humaine. Lorsque les trois niveaux sont confondus, comment comprendre ce qui nous habite, comment interpréter un désir d'être responsable, quelle instance prend en charge la décision ? Parvenir à distinguer au fond de soi ces trois dimensions ne peut qu'être le fruit d'un long travail de discernement intérieur. Une conscience affinée peut percevoir la tension qui existe au fond d'elle-même, se tourner vers la profondeur de sa profondeur et dire à Dieu : " Unifie mon cur, qu'il craigne ton nom " (Ps 85). Pour prendre les trois niveaux ensemble, quelqu'un de psychologiquement blessé par des échecs successifs peut, par droiture morale, faire part de ses réserves à ceux qui veulent lui confier une responsabilité et finalement par confiance en Dieu qui l'appelle dans la communauté et assurée du soutien de ses amis accepter la charge proposée.
Il est impossible d'avoir une grille de discernement
universelle. Discerner pour un choix de vie définitif comme un
mariage ou une vie religieuse n'est pas du même ordre que le discernement
à faire lorsqu'on nous appelle à prendre une responsabilité
de secteur dans une association pour trois ans. Il y a des éléments
communs mais la méthode s'adapte à l'objet. L'investissement
se fait en proportion des enjeux.
· L'attitude fondamentale consiste à
ne pas laisser la situation gouverner nos choix. Cependant, on ne peut
pas ignorer la réalité. Qui s'y risquerait s'y cognerait
plus durement encore. C'est pourquoi un discernement se fait toujours
EN situation.
Il importe de pouvoir décider nous-mêmes
et de ne pas, si possible, laisser la vie décider à notre
place. Le chemin à parcourir se fera avec d'autant plus de courage
et de détermination que la décision sera nôtre. Il
est utile, enfin de savoir pourquoi telle décision est prise et
quels fruits on en attend et éventuellement de l'écrire. C'est alors que l'on peut se jeter résolument dans l'action. Il est prudent de ne pas remettre en cause une décision mûrement réfléchie lors des difficultés - par ailleurs probables et prévisibles si la première étape du discernement a été bien menée - qui surviendront. Cela fait partie intégrante du processus de
discernement. D'une part il est nécessaire de faire le bilan des
actions entreprise pour pouvoir en répondre envers soi-même
et envers ceux qui nous ont appelé. D'autre part parce que la relecture
nourrit en retour notre conscience et affine notre aptitude au discernement.
C'est aussi en cela que tant l'instance qui a lancé l'appel que
ceux qui ont répondu à cet appel exerce leur responsabilité
jusqu'au bout. Lorsqu'un mandat est à durée déterminée, il peut être renouvelable. Auquel cas il faut recommencer le processus, fort de l'expérience acquise. Le danger serait de croire que l'expérience nous dispense d'une étape. En revanche elle peut nous aider à établir d'autres critères que l'on trouvera, pour l'occasion, plus pertinents. Nous aboutissons ainsi au schema suivant :
J'ai apprécié la grille de lecture de Panorama publiée en septembre 2006 p. 27 dans un dossier réalisé par Christophe Henning. Je la livre telle quelle, elle complète et améliore sûrement mon travail. Le lecteur attentif de ce qui a précédé saura distribuer correctement les questions en fonction des 5 étapes que j'ai repérées.
Toujours dans le même article de Panoram (Septembre 2006, p. 24-29), Christophe Henning fait une typologie des étapes qui permettent d'analyser un processus de décision. En voici les sous-titres, il sont eux aussi au nombre de 10.
C'est rarement le cas mais il arrive que nous soyons
plongés dans une situation qui exige de notre part une décision
très rapide où les temps de la réflexion, de la consultation
et de la prière nous sont inaccessibles. Dans ces cas-là,
nous discernons, nous décidons en fonction de notre " goût
pour le bien ". Et ne croyons pas qu'il est sans valeur. En effet,
si nous avons pratiqué dans notre vie quotidienne ce travail de
discernement, nous avons acquis un certain habitus, un certain "
flair " qui, sans être infaillible, demeure souvent dans une
première approche assez fiable. Et puisque l'on aura fait ce que
l'on a pu dans les limites de notre humanité, même si la
solution retenue de s'avère pas excellente, restons en paix avec
nous-mêmes. Plus n'atait pas à notre protée. L'acceptation
de ses limites permet de vivre.
Que signifie " se tromper " ? Etre déçu ? Le travail est moins gratifiant qu'on ne le pensait ? La réalité est autre qu'on ne l'avait imaginée ? Avait-on alors sous estimé tel ou tel aspect des critères utilisés ? Décidé dans la crainte de décevoir le regard des autres ou du conjoint, mais sans le dire ? ( )
Le travail sur le discernement n'a pu se faire sans
l'acquisition d'une petite grammaire anthropologique sur l'intériorité
de l'homme ni sans l'usage d'une méthode avec des étapes
bien précises. En général, les chrétiens vivent
spontanément la plupart des étapes ci-dessus évoquées
parce qu'ils pratiquent leur foi, prient, agissent, discutent avec d'autres
Repérons néanmoins au terme de cette petite étude
que la conscience oblige à affiner un discernement et que le discernement
nourrit en retour la " base de données " de la conscience. © Bruno Feillet
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