| éthique
ou morale ?
1. Dans la langue
ordinaire
2. Chez les
spécialistes
2.1 La philosophie
morale
2.2 L'éthique
philosophique
2.3 L'éthique
procédurale
3. Sur ce site
Ethique et morale. Ces deux mots sont-ils équivalents
? Cela dépend en fait des écoles et des habitudes acquises.
Dans la langue ordinaire
Dans la langue de tous les jours éthique et
morale ont un sens voisin. Ce qui les distingue, c'est l'univers de pensée
qui est associé à chaque mot.
Ainsi à morale est associé "faire
la morale" c'est-à-dire donner des leçons ou encore
faire la leçon à quelqu'un. Bref ! au mot de morale, est
associé essentiellement dans l'imaginaire collectif l'idée
de loi. D'une certaine manière, la morale est alors réduite
à une activité du genre "rappel à l'ordre",
à l'ordre moral bien sûr.
En revanche, si vous utilisez le mot éthique,
ou mieux si vous vous présentez comme éthicien, tout de
suite cela fait sérieux. Ethique rime avec scientifique. Le mot
éthique n'a pas l'ancienneté qu'a celui de morale. Il a
donc encore pour lui une certaine connotation de rigueur, de nouveauté
mais aussi de distance par rapport à l'attitude moralisante.
Pourtant, tant la morale que l'éthique traitent
de toutes les questions suivantes : "Que dois-je faire ? Que dois-je
faire pour bien faire ? que dois-je faire pour être heureux ? Que
devons-nous faire pour être heureux ensemble ? Que devons-nous faire
pour être heureux ensemble, nous qui sommes chrétiens ?"
Chacun l'aura compris, la question éthique ou morale concerne l'agir
quotidien et les outils pour obtenir la réponse à la question
"Que dois-je faire ?" dépendent non seulement du contexte
mais aussi des valeurs des personnes qui mettent en oeuvre leur discernement
ainsi que de certaines valeurs que l'on peut qualifier d'universelles
et qui seront reconnues dans la déclaration des droits de l'homme
de 1948 par exemple.

1. Chez les spécialistes
Les "spécialistes", quant à
eux sont bien sûr plus nuancés. En effet, la réflexion
sur l'agir humain comme aide à la décision pratique et concrète,
comme outil de relecture de ce qui vient dêtre vécu est un
domaine très vaste. Cette réflexion ne date pas d'aujourd'hui.
Il y a donc une très longue tradition qui remonte sans doute à
l'origine même de l'humanité sur la manière de répondre
à la question "que dois-je faire ?" Sans devoir tout
dire ici, il est assez facile de repérer ainsi des domaines très
généraux et théoriques et d'autres très pratiques
et concrets.
Les questions portant sur les principes, les valeurs
universelles, les vertus, le rapport à la loi, la place du temps,
la capacité de croissance et de progrès de l'être
humain, l'acceptation ou non d'un créateur de l'univers, ... sont
des questions fondamentales.
Il existe aussi des questions très concrète
qui ne prennent leur sens que dans la singularité des situations.
Ainsi ce qui relève des domaines très particulier des activités
humaines : le travail, la vie familiale, le sport, les affaires, ...
Bien sûr, tout le travail des "spécialistes"
est de savoir articuler les grands principes avec les situations concrètes
dans lesquelles chacun est impliqué. Les écoles sont très
nombreuses et la façon d'user du vocabulaire et de répondre
à la question "que dois-je faire ?" et propre à
chacune. Aussi, l'important n'est pas d'abord quel est le vocabulaire
que l'on utilise que la rigueur d'utilisation des mots de telle sorte
que le lecteur soit aidé par la cohérence de la pensée.
C'est donc d'abord à cela qu'il faut faire attention lorsque l'on
lit des textes à propos de morale ou d'éthique.
Pour des raisons de simplifications, voici trois manières
d'utiliser le vocabulaire. On parle aujourd'hui volontiers de philosophie
morale, d'éthqique philosophique et d'éthique procédurale.

2.1 La philosophie morale.
C'est sans doute l'expression la plus ancienne et
la plus traditionnelle. Son objet consiste à étudier les
grands principes qui permettront de dire à quelles conditions un
acte moral pourra être bon ou juste. Lorsque son travail s'attardera
aux domaines plus concrets et spécailisés, les auteures
parleront volontiers des éthiques particulières. Notez le
pluriel. Ainsi on connaît l'éthique des affaires, l'éthique
sportive et la bioéthique, sans doute la plus connue aujourd'hui.
La déontologie est ici un synonyme des éthiques particulières.
On parle alors de code de déontologie c'est-à-dire des manières
concrètes de faire dans une profession particulière (avocat,
médecin, commercial, ...). Le code de déontologie le plus
ancien et le plus célèbre est celui du médecin Hypocrate.
Chez les chrétiens, les catholiques sont plus
familiarisés ave cette approche. Ils font de la philosophie morale
ou de la théologie morale selon les appuis de leur réflexion.
Mais ils gardent un faible pour le terme de morale qui a pour lui une
longue et riche histoire.

2.2 L'éthique philosophique
Ici, l'usage du vocabulaire est inversé par
rapport au paragraphe précédent. Le domaine de l'éthique
sera celui des grands principes et on parlera de morale dans les affaires...
Si l'usage du vocabulaire différe, sans doute
pour des raisons plus affectives que théoriques, les partisans
de la philosophie morale et ceux de l'éthique philosophique partagent
souvent les même méthodes de recherche et dialoguent sans
trop de difficultés ensemble dans les colloques. Parmi les chrétiens,
ce sont les protestants qui utilisent le plus volontiers les expressions
d'éthique philosophique ou théologique.
Toutes ces différences ne sont pas d'ailleurs
à couper au couteau. L'important est la cohérence dans l'usage
des mots.

2.3 L'éthique procédurale
La seconde moitié du XX° siècle
a fait l'expérience de la pluralité des manières
de vivre. Parfois, cette pluralité était si diverse que
toutes les options n'étaient pas compatibles entre elles. C'est
ainsi qu'une école allemande a développé une approche
nouvelle de la réflexion morale. Puisqu'il n'était pas possible
de se mettre d'accord a priori sur des grands principes ou des valeurs
que l'on tiendrait en commun, une méthode de procédure a
été mise au point.
L'éthique procédurale, pour faire très
bref, consiste à insister sur la qualité de l'établissement
des lois morales et non pas sur la loi morale elle-même. Ainsi,
on pourra dire qu'une norme ou une loi morale sera bonne si elle a été
élaborée selon des critères éthiques précis.
La procédure est ici plus importante que le résultat. On
perçoit assez vite le danger d'une telle approche qui risque de
nier certaines valeurs que beaucoup considèrent comme universelles,
puisque, a priori, il n'y a plus d'universel dans cette théorie
sinon la capacité rationnelle de l'homme.
Même si elle n'est pas sans risque, cette approche
a permis de résoudre un certain nombre de problèmes. Ainsi
les comités d'éthique dans les hôpitaux se sont d'abord
inspiré de cette méthode parce que les membres des commités
étaient de sensibilités philosophiques et spirituelles très
diverses. Mais en général, l'éthique procédurale
n'est jamais utilisée de façon pure et toujours interviennent
aussi de grands principes comme l'universalisation de telle attitude ou
l'instrumentalisation de la personne humaine ou non, ...

3. Sur ce site
Nous sommes plus familiers avec la première
approche. C'est pourquoi les grands thèmes relèveront de
la morale tandis que les domaines particuliers relèveront, quant
à eux, de l'éthique. Au lecteur de voir, de lire si nous
sommes cohérents avec nos propres critères.

© Bruno Feillet
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