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Dans le débat actuel qui porte sur les différentes demandes
des personnes homosexuelles, il me semble que l’on ne peut se taire.
Voici quelques repères simples qui expriment le point de vue de
l’Eglise catholique sur ce sujet. J’évoquerai tout
d’abord la dignité de tout homme. Ensuite, seront abordées
successivement les questions liées aux demandes de mariage entre
personne homosexuelles et les questions portant sur l’adoption
d’enfants par des personnes homosexuelles.
En premier lieu, il faut absolument se dire
que tout homme, chaque homme et chaque femme, possède une dignité inaltérable
et inaliénable simplement parce qu’il appartient au genre
humain. La dignité de chacun ne dépend pas de son nombre
de chromosome, du fait que son patrimoine génétique est
altéré ou pas, de son orientation sexuelle – qu’elle
soit hétérosexuelle ou homosexuelle – ou encore du
nombre de rides que le grand âge a déposé sur son
visage. La dignité d’une personne tient à son être
profond et ne dépend pas de ce qu’il fait ou ne fait pas.
Ensuite, les chrétiens se souviennent que tout homme est créé à l’image
de Dieu. Cela suffit à justifier la dignité de tous. De
plus, nous nous souvenons que Jésus-Christ est mort pour tous
et pour chacun. Chacun de nous possède ainsi la valeur du Christ.
De ce point de vue, le plus grand des criminels a la même dignité que
le plus grand des saints.
Première conclusion, toute discrimination, tout dénigrement,
toute moquerie, toute violence faite à qui que ce soit pour ce
qu’il est, ce qu’il a ou n’a pas, est indigne et inadmissible.
La lutte contre l’homophobie se joue là.
Ceci dit, ce n’est pas parce que une personne est digne que tout
ce qu’elle fait est digne ou bon. Nous le savons tous.
Ainsi, il faut avoir le courage tranquille de dire qu’une relation
homosexuelle est moins humanisante que la relation hétérosexuelle.
Cette affirmation repose autant sur des arguments anthropologiques (sciences
de l’homme) que des arguments théologiques (propres à la
foi chrétienne).
Ainsi, il faut refuser fermement l’équivalence entre homosexualité et
hétérosexualité. Dans la relation hétérosexuelle,
le partenaire est de l’autre sexe. Il est d’un sexe différent
du mien et quelque part, cette différence tranche sur toutes les
différences. Cette différence oblige le partenaire à sortir
de lui-même pour faire l’effort de comprendre l’autre
personne qui, en définitive, toujours échappera à une
compréhension totalitaire. Cette différence est irréductible,
elle ne pourra jamais être comblée. Elle nous aide à sortir
de notre narcissisme latent, de notre égoïsme. C’est
pourquoi, nous disons que la relation hétérosexuelle est
vraiment plus humanisante et plus structurante que la relation homosexuelle.
La relation homosexuelle, quant à elle, est structurellement beaucoup
plus narcissique. La stérilité de cette relation engendre
aussi des angoisses de mort dont on ne peut dire que ce soit une bonne
chose pour les personnes.
Du point de vue théologique, la seule relation humaine qui porte
l’image de Dieu, c’est le couple hétérosexuelle.
En effet, « homme et femme » il les créa, dit l’Ecriture.
Et plus loin, on lit : « l’homme quittera son père
et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils ne feront
plus qu’une seule chair ». L’alliance conjugale est
clairement hétérosexuelle. Et c’est la seule qui
permette la reproduction humaine.
Regardons maintenant les choses d’un peu plus haut. S’il
est clair pour les scientifiques que le modèle conjugal d’un
homme et d’une femme pour toute la vie, n’est pas l’unique
modèle que l’on trouve dans l’histoire de l’humanité,
il est non moins sûr que jamais une société n’a
vécu sans un modèle fort pour gérer les alliances
humaines et la filiation entre les hommes. L’enjeu de l’organisation
de la vie sexuelle est double : éviter la violence qui détruirait
la société ; permettre à chacun de se repérer
par rapport aux autres (père, fils, cousin, tante, nièce,
fille, …). La grande nouveauté dans notre société occidentale
est que pour la première fois nous avons instauré ou nous
voulons instaurer plusieurs modes de vie conjugaux en même temps
au risque majeur que nous perdions nos repères et que la société toute
entière se déstructure.
Il ne faut jamais oublier que derrière toute loi, se trouve à la
fois un aspect normatif et un autre aspect moral. La loi donne l’adjectif
législatif mais elle a aussi une dimension légitimante.
Accorder la possibilité de se marier aux personnes homosexuelle
c’est automatiquement dire aux jeunes de notre société que
cette relation est équivalente à la relation hétérosexuelle.
Or à l’âge adolescent 15% des jeunes se disent indéterminés
quant à cette question. Si on ne les aide pas par des repères
clairs, ils ne pourront mûrir et grandir sainement.
Je sais bien que les personnes ont un désir exacerbé de
reconnaissance. Mais il faut avoir le courage de dire que cette reconnaissance
ne peut venir par le chemin de la loi.
En revanche, je pense que la société française comme
toutes les autres d’ailleurs peut tolérer, au sens fort
du mot, des comportements atypiques sans pour autant leur donner le cadre
de la loi.
Autrement dit, dans le débat qui porte sur le mariage des personnes
homosexuelles, il faut bien entendre que n’est pas seulement en
jeu les liens affectifs et privés que se vouent deux personnes
du même sexe, mais qu’il en va aussi de la force symbolique
et morale de l’organisation de la société.
C’est pourquoi, l’Église catholique refusera fermement
le mariage des personnes homosexuelles.
En ce qui concerne l’adoption d’enfants par des personnes
homosexuelles, le débat se complexifie.
L’Église catholique comprend tout à fait le désir
de ces personnes d’avoir un ou des enfants et de les élever.
Seulement pour légitime que soit un tel désir, il ne peut être
honorer. Et il ne suffit pas de dire que deux personnes homosexuelles
s’aiment pour dire que c’est possible.
En effet, un enfant, pour grandir et se connaître comme garçon
ou fille, comme futur homme ou future femme, doit pouvoir s’identifier à l’un
de ses parents mais aussi se distinguer de l’autre. « Ainsi
dit-il, je serai comme papa et non comme maman ».
Je me souviens d’un débat télévisé où le
président de l’association des parents gays et lesbiens
militait pour l’adoption. Lui-même avait été marié et
avait eu une petite fille. Quelques années après il divorçait
de sa femme pour aller vivre avec un homme et il s’étonnait
du rejet de son choix par sa fille. Il ne comprenait pas en fait que
quittant une femme pour un homme il envoyait un message très clair à sa
fille comme quoi sa féminité n’était pas intéressante.
Le choix de rejoindre un homme et non une autre femme était vécu
par sa fille comme un déni de sa féminité et de
son statut de future femme. Il ne suffit donc pas qu’un enfant
soit aimé, il faut encore qu’il ait en face de lui un modèle
conjugal qui l’aide à grandir. Le privé d’emblée
de la confrontation à l’hétérosexualité,
c’est en fait ne pas l’aimer vraiment.
Enfin, dans ce débat, où l’affectif et l’électoralisme
l’emportent trop souvent sur le raisonnable, il faut considérer
que la plupart de ceux qui plaident pour l’adoption sont des personnes
qui ont acquis leur équilibre psychoaffectif dans une famille
avec un père et une mère. Et du haut de leur équilibre,
ils demandent que des enfants soient privés de cette chance. C’est
un véritable scandale et c’est d’une malhonnêteté intellectuelle
grave.
Pour conclure, vous aurez compris que l’Église s’oppose
clairement et au mariage homosexuel et à l’adoption d’enfants
par ces personnes. Et cette opposition philosophique et anthropologique,
ce n’est pas de l’homophobie. C’est simplement le courage
de la vérité. Et cette vérité rendra libres
aussi les personnes homosexuelles. Les souffrances de reconnaissance
et de fécondité qui sont les leurs doivent être entendues,
accompagnées, respectées mais certainement pas résolues
par le mariage et l’adoption.
Ce sera l’honneur de l’Église de trouver ces nouveaux
chemins.
© Père Bruno Feillet. 10 juillet 2004.
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