I. L’homme est créé pour
aimer.
A. A l’image de Dieu amour et par le moyen de l’amour.
B. Chaque personne est capable d’aimer.
1. Ce que présuppose l’acte d’aimer.
2. Aimer, c’est vouloir aimer.
II. Homme et femme il les fit.
A. La différence hétérosexuelle
est structurante.
B. La sexualité : un cadeau formidable
et exigeant.
III. Le mariage comme sacrement.
IV. Ne pas idolâtrer le mariage
pour autant.
A. Ne pas éviter les conflits.
B. Savoir accompagner une séparation.
C. Nullité et non pas annulation.
Conclusion : Il est possible d’espérer.
Il est bien difficile de présenter en si peu de temps le mariage
tel que les catholiques le pensent et essayent de le vivre jour après
jour. Deux mille ans de vie chrétienne ont apporté beaucoup
de richesses tant dans les fondements de l’union conjugale, les
ressources pour poursuivre au quotidien un engagement pris pour la vie,
que dans la gestion des séparations. Mon intervention relèvera
donc d’une esquisse.
Je parle ici au nom de l’Eglise catholique. Aussi, s’il m’arrive
de parler des chrétiens, ce sera plus par commodité de
langage que par volonté de récupération de l’ensemble
des traditions chrétiennes qui existent en France. Ne croyez pas
que j’engage Mme le Pasteur qui est ici présente et que
je salue fraternellement.
I. L’homme est créé pour aimer.
Avant de parler de mariage, commençons par parler des personnes.
L’anthropologie chrétienne catholique comprend la personne
humaine en la référant à son origine telle que la
Bible la présente. Au moyen des images et des références
de leur époque, les croyants juifs d’alors ont essayé d’exprimer
leur foi en un Dieu qui a voulu chaque être humain pour lui-même,
comme un partenaire libre. A la suite de Jésus-Christ, les chrétiens
ont approfondi cette relation si originale qui demeure quelque soit l’état
de vie choisi et en particulier celui du mariage.
A. A l’image de Dieu amour et par le moyen de l’amour.
Dans son exhortation apostolique sur la famille, Les tâches de
la famille chrétienne dans le monde d’aujourd’hui
(familiaris consortio), publiée en 1981, Jean-Paul II a cette
très belle expression : « Dieu a créé l'homme à son
image et à sa ressemblance: en l'appelant à l'existence
par amour, il l'a appelé en même temps à l'amour. » (N°11).
Pour les chrétiens, si chacun de nous est capable d’aimer,
c’est parce qu’à l’origine il y a un « Dieu
qui n’est pas solitaire » mais qui est Trinité. Dieu
est amour en lui-même. Être créé à l’image
de ce Dieu, c’est être capable d’aimer à son
tour.
Ensuite, l’acte de création est motivé par l’amour.
Chaque être humain, homme ou femme, est voulu pour lui-même.
Dieu, s’il est vraiment Dieu, ne peut pas avoir d’intérêt à la
création des hommes. Son acte créateur relève donc
d’un mystère qu’aucune théologie n’a
pu percé mais seulement approché via l’expérience
de l’amour.
C’est ainsi que dans l’Eglise catholique, nous affirmons
que la vocation fondamentale de chaque homme et de chaque femme est d’aimer.
Reste à le réaliser concrètement et ne pas se contenter
de belles paroles.
B. Chaque personne est capable d’aimer.
Il y a plusieurs lois inscrites dans le cœur de l’homme :
•
vouloir le bien et de s’éloigner du mal ;
• être capable d’aimer comme celui à l’image de
qui nous avons été créé.
Les chrétiens pensent que tous, nous sommes capables de donner
de nous-mêmes pour que d’autres vivent (conjoint et enfants).
C’est alors que l’homme comprend sa manière de vivre
comme une réponse à la création de Dieu. Jean-Paul
II n’hésitera pas à dire que lorsque l’homme
aime, « il participe à la sagesse créatrice de Dieu ».
1. Ce que présuppose l’acte d’aimer.
Pour les catholiques, il ne peut y avoir d’amour authentique que
si la personne s’investit dans son intégralité. Entendons
par là avec son corps, son intelligence et son âme. Nous
déplorons toutes ces théorisations qui, après avoir
séparé les unions de la fécondité, ont conduit à disjoindre
le corps de l’esprit. Les couples fissionnels qui disent s’aimer
tout en s’autorisant des écarts de conduite sexuelle se
mentent à eux-mêmes.
Aimer, ce n’est pas seulement s’investir intégralement
dans le temps présent mais aussi totalement, pour toute la vie.
Que serait un amour qui ne s’engagerait que pour huit jours ou
dix ans ? « Amour toujours » se répètent les
amoureux.
Cependant, une chose est de le dire, une autre de le vivre concrètement
et dans la durée.
2. Aimer, c’est vouloir aimer.
En régime chrétien, l’amour ne se résume pas
au sentiment amoureux, à la passion. Les sentiments ne forment
pas un projet de vie. Si éros est tout à fait compatible
avec l’agapè, c’est l’agapè qui oriente éros
et lui donne tout son sens :
«
L’amour est longanime ; l’amour est serviable ; l’amour
n'est pas envieux ; l’amour ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas
; il ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt,
ne s'irrite pas, ne tient pas compte du mal ; il ne se réjouit
pas de l'injustice, mais il met sa joie dans la vérité.
Il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. L’amour
ne passe jamais. » 1 Co 13
Il s’agit du texte le plus souvent choisi par les époux
qui se marient dans l’Église catholique.
Cela dit, ils ne peuvent célébrer leur mariage que s’ils
se sont réellement engagés à le faire en signant
un projet de mariage qu’on appelle aussi une déclaration
d’intention. S’aimer ne suffit pas pour se marier. En réalité,
il faut aussi la volonté de s’aimer.
Cela suppose de longues discussions pour élaborer un projet de
couple et de famille et une vraie décision. C’est la grandeur
et la dignité de l’être humain que de pouvoir cela
dire un Oui qui engage sa vie, toute sa vie.
II. Homme et femme il les fit.
A. La différence hétérosexuelle est structurante
Si chaque être humain porte en lui-même l’image de
son créateur à travers sa capacité d’aimer
vraiment, il faut aussitôt dire que la relation humaine qui porte
le mieux l’image de Dieu est celle du couple humain hétérosexuel.
Il faut avoir le courage d’affirmer la non-équivalence des
relations hétérosexuelles par rapport aux relations homosexuelles.
Dans le couple hétérosexuel, chacun éprouve la différence
des sexes comme la différence qui tranche sur les différences.
Cette différence est telle qu’elle oblige toujours le conjoint à sortir
de lui-même pour comprendre l’autre. Cette différence
provoque à la générosité, à l’accueil
du conjoint, à l’accueil de vies nouvelles. C’est
en cela qu’elle est vraiment structurante et humanisante.
B. La sexualité : un cadeau formidable et exigeant.
Les chrétiens sont de plus en plus attentifs à reconnaître
dans le mystère de la sexualité une richesse source d’épanouissement à condition
que les hommes ne perdent pas de vue son lien avec l’ensemble des
valeurs humaines. La sexualité comporte toujours en elle-même
les dimensions de légèreté et de gravité,
de jeu et de sérieux. Vouloir supprimer l’une ou l’autre,
survaloriser l’un ou l’autre, c’est entrer sur le chemin
du non-sens.
C’est bien la grandeur des hommes et des femmes que de savoir donner
du sens à leurs actes et de refuser de se considérer comme
des animaux pour qui la sexualité n’est que génitale
et instinctive.
Les chrétiens cherchent à éclairer le sens de leurs
actes aux deux sources de la raison et de la foi. L’Église
catholique est très attachée à reconnaître
combien l’homme à l’aide de sa raison et de sa sagesse
est capable de gouverner sa vie. Pour elle, honorer les capacités
de l’homme à prendre en charge la conduite de sa vie, c’est
honorer son Créateur. C’est pourquoi elle fait volontiers
appel aux sciences humaines. Cependant, cette autonomie ne trouve pleinement
son sens qu’en maintenant vivant un lien avec Celui qui la lui
a donnée. Autonomie oui ! Autarcie non !
III. Le mariage comme sacrement.
Le concept d’engagement peut nous aider à comprendre au
plan philosophique ce que les chrétiens comprennent par sacrement
de l’alliance conjugal.
A la différence du contrat qui porte sur un bien ou un service à obtenir
dans une durée limitée en échange d’un autre
bien ou service, l’engagement porte sur l’être même
de la personne, sans durée de temps. Chacun s’engage sur
lui-même à vouloir le bonheur de l’autre parce que
l’autre en fait autant à son égard.
Dans l’Église catholique, on parle de sacrement. Celui-ci
donne une grâce spéciale au mariage : Celle de l’assouplissement
du cœur lorsque la tentation des calculs mesquins se fait jour.
Nous disons aussi que le mariage entre deux baptisés est indissoluble,
c’est-à-dire qu’il acquiert une solidité particulière
que personne ne peut défaire.
Mais ne croyez pas que cette solidité vienne seulement de l’extérieur
du couple, comme une chape de plomb qui les recouvrirait. C’est
le vœu même de l’amour que de durer toujours. C’est
le plus beau cadeau que les époux se font : « rien jamais
ne pourra détruire notre projet ». Je ne nie pas la part
d’idéalisation qui existe dans ce genre de propos, mais
au fond du cœur, tous ici nous avons le désir de dire une
parole que nous tiendrons toute notre vie parce se joue dans cette parole
le sens même de notre vie.
L’Église catholique accompagne, vérifie et bénit
cet engagement lorsqu’il est pris avec suffisamment de maturité.
IV. Ne pas idolâtrer le mariage pour autant
Vous le savez sans doute, les Évangiles bénissent le mariage
(Jésus se rend à une fête de mariage à Cana)
et le Christ milite pour sa durée (ce que Dieu a uni, que l’homme
ne le sépare pas).
Mais le Christ n’idolâtre pourtant pas le mariage. Dans une
parabole, il montre un couple de jeunes mariés qui est tout à la
joie de sa nouvelle vie et qui prétexte de cela pour renoncer à se
rendre au Royaume de Dieu. En fait, même pour les chrétiens,
le mariage n’a de sens qu’en vue de ce Royaume. Les époux
se choisissent et font alliance entre eux pour marcher ensemble vers
Dieu lui-même. Le sens du mariage n’est pas dans le mariage
mais dans le terme de la vie : ce que les chrétiens appellent
la béatitude, le bonheur éternel.
Cependant, nous le savons, pour vieillir ensemble les époux ont
dû traverser bien des épreuves, en particulier des conflits.
A. Ne pas éviter les conflits.
Le pire serait d’éviter les conflits. A propos de la gestion
d’une crise ou d’un conflit, les chrétiens ont une
longue expérience : Apprendre se disputer ; savoir dire comment
on ressent les événements, les gestes ou les paroles de
l’autre plutôt que de prêter au conjoint des intentions
assassines qu’il n’a probablement pas ; apprendre à nommer
l’objet du conflit ; ne pas mélanger les problèmes
; inviter un tiers… Les traditions monastiques et religieuses,
les associations de conseillers conjugaux comme le CLER sont les héritiers
de toute une expérience deux fois millénaire en la matière.
Mais comme je crois que tout ceci est votre spécialité,
je n’insiste pas.
B. Savoir accompagner une séparation.
L’Église catholique ne veut pas l’unité du
couple à tout prix. Lorsqu’il y a de la violence conjugale,
de la violence sur les enfants ; lorsque le couple est mort petit à petit,
mais qu’il est vraiment mort. Lorsque l’un des deux ne veut
plus du tout le couple, … le divorce s’avère parfois
nécessaire.
L’Église catholique n’interdit pas la séparation.
Ce qu’elle demande, c’est que, l’on recherche d’abord
les chemins de réconciliation. Et si c’est vraiment impossible,
alors que dans ce moment très douloureux où le deuil de
tant d’espoirs doit être mis en œuvre, il n’en
soit pas rajouté sur l’injustice et le mensonge. Que l’on
n’utilise pas les enfants. Trop de divorces sont l’occasion
d’accroître la violence et l’injustice, parfois à l’instigation
des avocats.
C. Nullité et non pas annulation.
Il me faut ici lever une ambiguïté du langage. Beaucoup pensent
que l’Église catholique peut annuler dans certaines conditions
un mariage. Annuler voudrait dire qu’il y aurait eu mariage. Dans
l’Église catholique, nous disons plutôt que les conditions
nécessaires au mariage chrétien (engagement pour la vie, à la
fidélité, désir d’enfants, dans un contexte
de liberté et de maturité suffisantes, …) n’étaient
pas remplies au jour du mariage. Et si un procès (tout se fait
par écrit) manifeste que ces conditions n’étaient
pas remplies, l’Église catholique déclare alors qu’il
n’y a jamais eu mariage, qu’il a toujours été nul
sur le plan juridique. C’est pourquoi, les personnes concernées
n’ayant jamais été juridiquement mariées peuvent
alors se marier à l’église.
La déclaration de nullité est bien à prendre au
plan juridique et non au plan moral. La plupart du temps les époux
ont fait de réels efforts pour construire leur couple et leur
famille. Parfois, certains refusent d’engager une telle procédure
au simple fait qu’ils ne veulent pas remuer des souvenirs douloureux
ou encore parce qu’ils ne veulent pas que leurs enfants aient l’impression
d’être nuls, ou le fruit de quelque chose de nul. Il faut
savoir leur dire que la déclaration de nullité a un effet
uniquement juridique.
A vous qui êtes des professionnels et qui accueillez parfois des
chrétiens convaincus, il est important que vous sachiez leur rappeler
cela. Le fait d’être croyant redouble parfois la souffrance
liée à un échec. Ouvrir la possibilité d’un
procès sur la nullité d’un mariage peut ouvrir des
horizons et apaiser bien des conflits.
Les demandes pour déclaration de nullité doivent s’adresser à Monsieur
l’official au siège de l’évêché du
diocèse où les époux se sont mariés. La procédure
dure en général deux ans et coûte aux environs de
500 € (chacun donnant à la mesure de ses moyens).
Conclusion : Il est possible d’espérer.
Les chrétiens sont des hommes comme tous les autres, affrontés
aux mêmes difficultés que tous les autres. Ceux qui vivent
de leur foi bénéficient, me semble-t-il, d’une vision
de leur couple plus idéalisée. Cela les aide à persévérer
mais lorsqu’ils vivent un échec, ils risquent de tomber
de plus haut. Pourtant, même en cas d’échec grave,
ils disposent de ressources originales car leur projet conjugal ne repose
pas sur leur seul sentiment amoureux c’est-à-dire sur eux-mêmes,
mais sur un projet, la volonté réelle de le mettre en œuvre
et plus encore sur leur foi au Christ qui lui, ne déçoit
jamais.
Je n’ai pas eu l’espace pour vous parler du pardon. Mais
lorsqu’il est vécu en profondeur et avec droiture, le couple
ressort de son conflit plus fort. C’est une chose formidable que
d’être aimé non seulement parce que ceci ou cela mais
aussi malgré ce que l’on a dit ou fait. Je rappelle seulement
que le pardon n’est pas l’oubli mais qu’il est une
décision d’ouvrir et de préférer l’avenir
commun et l’engagement à ne pas faire mémoire de
la faute de l’autre contre lui.
Et je veux croire que si, vous, les médiateurs familiaux, vous êtes
tout à fait capables d’aider à trouver des accords
pour gérer les séparations, vous ne vous interdisez pas
de proposer des chemins de réconciliation. Sous la cendre, il
peut y avoir encore de la braise
© Bruno Feillet
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