INTRODUCTION : Nous affrontons un certain nombre de crises
depuis 35 ans.
1. Au niveau du droit de la famille
2. Au niveau institutionnel
3. Au niveau de la gestion de la fécondité
4 . Au niveau symbolique
5 . Au niveau politique
6 . Au niveau économique
7. Au niveau de la foi
8. Au niveau de la sexualité
9. Au niveau des statistiques
I. Un peu de perspective historique
A. Hier n'était pas forcément mieux
B. Des remèdes économiques pour améliorer
le taux de nuptialité
C. Tout n'est pas mauvais loin de là
II. Des repères pour aujourd'hui
A. Tenir que tout ne se vaut pas.
B. Travailler au niveau systémique
C. Articuler les dimensions du temps
D. Chasteté, continence et virginité sont
toujours d'actualité
1. De la continence à la chasteté
2. La virginité
3. Le sens de la sexualité des relations sexuelles
a. La sexualité.
b. Ne pas disjoindre les trois dimensions de la sexualité
: plaisir, relation et fécondité.
c. Articuler le ludique et le grave
d. Se préparer à l'engagement du mariage, c'est d'abord
se préparer à un engagement.
4. Deux exemples pour mettre en uvre nos critères
a. L'éducation affective au collège : La
mallette " le bonheur d'aimer "
b. L'hétérosexualité ne fait pas
nombre avec l'homosexualité
5. Vocation des familles chrétiennes dans la société
d'aujourd'hui
6. Introduire l'image du corps Christ par le corps de
l'Eglise dans la société. L'histoire de Zachée.
Conclusion

Nous affrontons un certain nombre
de crises depuis 35 ans.
Un peu comme un tremblement de terre lorsque deux plaques s'ajustent l'une
à l'autre. Certes, là où il y a crise, il y a vie.
Mais en général, ce n'est pas très facile à
vivre ; Ce n'est qu'après, lorsque les choses se sont calmées
que l'on comprend la mutation que l'on vient de vivre.
Ce n'est pas tant l'absence de repères que l'impossibilité
de hiérarchiser ces repères. Risque du relativisme
1. Au niveau du droit
de la famille
Loi sur les régimes matrimoniaux (1965)
Loi sur l'autorité parentale, égalité entre époux,
supériorité da la femme seule (1970).
Loi sur la filiation (1972)
Loi sur le divorce (1975)
Le Pacs et le concubinage (1999)
Loi sur le réajustement de l'ordre d'attribution de l'héritage
(2000).
2. Au niveau institutionnel
Désinstitutionnalisation juridique
Désinstitutionnalisation formelle
La famille, une institution qui tient plus du roseau que du chêne
3. Au niveau de la gestion de la
fécondité
Adoption par une personne seule (1966)
Loi sur la contraception (1967)
Loi sur l'avortement (1975)
Evolution de la science et de la reproduction humaine
4. Au niveau symbolique
La place de l'autorité
La prime à l'individu
La prime au libéralisme
La place du père
5. Au niveau politique
Travail des femmes
Droit de vote des femmes
Egalité (théorique) des femmes et des hommes au travail
Parité dans les listes électorales
6. Au niveau économique
Une période de chômage depuis près
de 30 ans
Un libéralisme un peu sauvage
La question de la mondialisation
Mondialisation économique
Mondialisation des modes de vie
7. Au niveau de la foi
Moins de monde dans les églises
Des demandes sacramentelles déconnectées d'une vie ecclésiale
Moins de vocation
8. Au niveau de la sexualité
Sexualité des adultes
Sexualité des jeunes
Education à la vie affective
9. Au niveau des statistiques
Tout ceci n'est évidemment pas sans conséquences
sur la vie des familles
Au niveau des modes de vie conjugaux
Déconnexion de la conjugalité et de la parentalité
Faut-il un emploi pour se marier ?
Il y a des déterminismes sociaux qui diminuent la liberté
de se marierDu mariage
Du Pacs
Des divorces
I. Un peu de perspective historique :
A. Hier n'était pas forcément
mieux
C'est assez classique d'entendre des remarques comme
: " Tout fout le camp ; avant c'était bien, les jeunes savaient
se tenir ; de mon temps ce n'était pas pareil... " Autant
de propos prononcés dans l'amertume et l'incompréhension.
Là aussi, un peu de recul, cette fois-ci historique, nous remettra
les idées en place et nous aidera à relativiser la situation
actuelle.
Dans l'ouvrage collectif préfacé par Jack Goody, Histoire
de la famille tome III (1986), André Burguière a rédigé
un chapitre très intéressant à propos de la formation
des couples.
A. Burguière montre qu'il existait du concubinage notoire au XVIII°
et XIX° siècles dans l'arc alpin et dans les pays scandinaves
dont l'importance pouvait se percevoir à travers le taux de naissance
illégitime qui pouvait aller jusqu'à 80 % des naissances
comme en Carinthie. Ce taux de naissances illégitimes n'est en
fait pas dû à la seule pratique laxiste de certaines époques
ou de certaines régions européennes.
En fait, " l'illégitimité est aggravée dans
certains états par une législation qui interdit pratiquement
le mariage aux pauvres " . " La pauvreté était
la raison principale qui poussait les couples à se dispenser des
formes légales, mais non la seule. La situation d'immigré,
coupé de sa communauté d'origine, dépourvu de statut
social
et de domicile fixe, incitait également à vivre
à l'écart des lois ".
Pour récapituler ces observations, il est clair que les questions
de naissances illégitimes et de cohabitation ne sont vraiment pas
nouvelles non seulement à titre de réalité observable
mais aussi comme " phénomène de masse ". Ensuite,
A. Burguière met ces questions en relation avec des données
économiques (immigration) et des données politiques (législation).
Ces deux domaines ont certes des liens avec les valeurs de la société
mais l'analyse est loin d'indiquer que ces réalités étaient
dues à une chute des valeurs. Cela renforce notre axe de travail
qui consiste à chercher ailleurs que dans la chute des valeurs
une des causes de la chute très réelle des mariages en France
à la fin du XX° siècle.
Pour remonter le temps, sachez par exemple au XVIII° siècle
dans la ville de Rennes un enfant sur quatre était conçu
avant ou en dehors du mariage. En 1880, un médecin parisien tempêtait
déjà : " Il est rare de trouver, dans l'état
de nos murs actuelles, des garçons qui soient restés
vierges passé dix-sept ou dix-huit ans ".
Sachez encore que l'on trouve dans les premiers siècles du christianisme
des homélies qui réclament de la prudence lors des fêtes
de mariage afin que les vierges ne soient pas entraînées
à commettre l'irréparable. Il en est de même pour
les jeunes hommes qui sont exhortés à le demeurer aussi
: " Tu cherches une fille intacte ? Sois-le toi-même ! "
. C'est ainsi que s'exprimait Jonas d'Orléans au début du
IX° siècle. De telles expressions supposent bien sûr
que ce n'était pas toujours le cas.
B. Des remèdes économiques
pour améliorer le taux de nuptialité
Les études de Kaplan citées par André
Burguière montrent qu'en " 1770, un rapport de police mentionne
à Paris "un grand nombre de ménages de gens pauvres
qui n'avaient pas été conjoints à l'Eglise".
La réaction des autorités fut d'imposer aux paroisses le
mariage gratuit pour les indigents. "
Toutes ces petites remarques montrent que ce n'est pas d'aujourd'hui que
la société civile se préoccupe du mariage du point
de vue de son accessibilité par le biais de l'économie.
Aujourd'hui, cette question revient dans les études à cause
du travail féminin.
" Pour une proportion toujours plus forte de la population, on retrouve
l'association mariage-travail des femmes, situations qu'on ne peut qualifier
de nouvelle. Et cependant, depuis vingt ans, la sociologie, à force
de se spécialiser, a étudié chacune pour leur compte,
la famille d'une part, l'activité professionnelle de l'autre. Il
a fallu que les femmes entrent massivement sur le marché du travail
pour qu'il y ait conjonction des deux approches et que l'on découvre
l'interaction fondamentale entre vie familiale et professionnelle. La
sphère de la famille et la sphère du travail ont de multiples
répercussions croisées : pour ne citer que quelques exemples,
le calendrier féminin des naissances - fait familial - est désormais
ajusté au projet professionnel ; le choix d'un emploi peut être
déterminé par la proximité avec la résidence,
la souplesse des heures de travail ; toute aggravation des conditions
de travail, toute diminution des salaires a des conséquences sur
la vie domestique. "
C. Tout n'est pas mauvais loin de là
Gardons-nous d'avoir un discours diabolisant.
Un certain nombre de réformes sont à mes yeux très
bonnes comme tout ce qui a trait à l'égalité homme-femme.
La redistribution de l'ordre de l'héritage au profit du conjoint
survivant.
La valeur du temps présent
La connaissance rapide de ce qui se vit a aussi du bon pour la solidarité
familiale et internationale (force des liens familiaux).
Bien des jeunes cherchent le sens de ce qu'ils vivent. Voir le travail
d'associations comme SESAME ou CLER.
II. Des repères pour aujourd'hui
A. Tenir que tout ne se vaut pas.
Un concept de la tolérance et de la bienveillance
distinct du laxisme
La tolérance est un concept pluriforme au service d'attitude éducative,
gouvernementale mais parfois démissionnaire.
A un premier niveau, l'objet de la tolérance est d'admettre que
peuvent exister dans une même société des modes de
vie différents voire opposés et cependant chacun valorisable
comme les différentes religions.
A un second niveau, la tolérance peut aussi admettre qu'il est
moralement bon de permettre des choses moralement mauvaises pour peu que
cela en reste à un niveau individuel et que cela ne nuise pas à
la vie du groupe. C'est un pari au niveau philosophique que l'on trouve
dans les évangiles dans la parabole du bon grain et de l'ivraie.
Il s'agit de croire que l'adhésion au vrai ne peut se faire par
aucune pression.
Il reste que tout ne se vaut pas. Mais en matière de tolérance
il y a manifestement plus de place au pluralisme sexuel qu'au pluralisme
des comportements sociaux où toute forme de violence est interdite.
B. Travailler au niveau systémique
Difficile car on n'a pas prise sur tout mais passionnant.
Ce qui est neuf c'est qu'on en prend conscience en particulier grâce
aux moyens d'informations qui sont à notre disposition.
Suppose du temps. Faire confiance au temps, en faire notre allié
au sein d'une société qui nous stresse.
Suppose aussi une approche de la vie plus responsable, plus forte. L'appel
à la conscience de chacun, à la capacité de décision
laisse entendre que tout ceci est fait pour des " forts ". Comment
tous ceux qui ont du mal à prendre un peu de recul parviennent-ils
à conduire leur vie où l'individu est roi ? Ne pas nier
l'importance de la sagesse populaire, du flair et du bon sens lequel n'est
peut-être pas réparti uniformément mais qui aide à
vivre et nous aide chacun, bien probablement.
C. Articuler les dimensions du temps
Passé-Présent-Futur
Passer de la sincérité à la vérité
D. Chasteté, continence et virginité
sont toujours d'actualité
1. De la continence à a chasteté
La continence se comprend comme l'absence de plaisir
sexuel.
La chasteté peut être vécue au sein du mariage comme
du célibat. Elle se définit d'abord en effet par la prise
en compte des limites et des différences dans l'expérience
de la sexualité. Elle fait renoncer à la toute puissance
des désirs au sein de l'existence humaine. La chasteté libère
de l'esclavage de la convoitise qui vient investir les pulsions sensibles
et affectives. Elle suscite l'ouverture du coeur au respect des autres
dans l'ensemble des rapports humains. Elle s'exprimera donc par une régulation
volontaire des attirances et pulsions charnelles.
Chasteté est cette vertu qui est l'effort d'organiser ses pulsions
de façon libérante au service d'un projet et dans le respect
de la parole d'autrui.
Loin d'être asexué, le regard chaste supporte la distance
et respecte l'altérité. Chaste est le regard qui perçoit
le corps à partir de son visage. La chasteté est liberté
ou, plus précisément, liberté vis-à-vis du
désir. La difficulté que nous avons à poser un regard
innocent sur un corps dévêtu est signe certes de l'accès
à la pudeur, c'est-à-dire au sens de l'intimité,
mais aussi des limites de l'unification en nous du désir et de
la liberté. La notion de pureté du regard serait à
redécouvrir, en lien avec celle de pureté du cur.
Il ne faut donc surtout pas confondre chasteté et continence. C'est
en définitive la chasteté qui donne le sens de la continence
ou des rapports sexuels.
2. La virginité
Il y a bien des manières de parler de la virginité.
Elle est évoquée plusieurs fois au long de notre travail.
On parle de moins en moins de la virginité aujourd'hui. C'est dommage.
Avoir su se garder pour mieux se donner est sûrement une richesse
; cela vaut pour le garçon comme pour la fille. Sans trop forcer,
on pourrait aussi dire que la virginité est le signe d'une fidélité
par anticipation au mariage attendu, souhaité ou à la vie
consacrée à laquelle on se destine .
Le vocabulaire de la virginité, employé plus volontiers
pour le sexe féminin, évoque l'intégrité de
la personne, en son corps comme en son cur, pure de toute blessure
physique ou de toute trace psychique par des relations sexuelles ; demeurent
vierges ceux qui ont préféré aux relations sexuelles
l'intensité des relations spirituelles aux autres et à Dieu.
Etre vierge, dit encore X. Lacroix, c'est aussi accepter la solitude,
ne pas être seulement une moitié en quête de son autre
moitié. Etre capable d'attendre, de se réserver, de différer.
En ce sens, la virginité est liberté, aptitude à
se donner librement, gratuitement et non sous la dépendance d'un
besoin psychique qui pousserait à s'accrocher à l'autre
comme à une bouée de sauvetage. La virginité est
une victoire sur le hasard, sur l'absence de décision.
On pourrait encore dire qu'elle est promesse de fidélité,
puisqu'elle est le signe d'une fidélité anticipée.
Elle peut-être permanente et mise au service de l'Eglise par amour
de Dieu et des hommes, dans une disponibilité plus grande.
Mais elle n'est pas une chose, un talent que l'on
ressort intact le jour de son mariage, après l'avoir enfouie dans
la terre jusqu'au jour où arrive le mari ou l'épouse. Toutes
les définitions qui précèdent montrent combien la
virginité procède d'une dynamique. La virginité a
la valeur qu'on lui donne, gagnée sur le temps qui passe dans la
rencontre de l'autre et la prière à travers les épreuves
du quotidien. Il n'y a pas de virginité authentique qui ne s'abreuve
de chasteté.
3. Le sens de la sexualité des
relations sexuelles
a. La sexualité.
La sexualité est cette dimension masculine
ou féminine dont est informée toute la réalité
de l'individu dès les premiers moments de sa conception. Toute
relation aux autres et à Dieu est sexuée. Cela signifie
que tous nos désirs sont marqués par l'expérience
que nous avons de la sexualité depuis notre plus tendre enfance.
Mais cela veut aussi dire que même notre vie de prière, nos
façons de voir Dieu, nos activités apostoliques sont "colorées"
par notre manière d'assumer le sexe.
Il est clair qu'aujourd'hui, la sexualité est surdimensionnée
aujourd'hui, survalorisée au point qu'on lui fait porter plus qu'elle
ne peut.
b. Ne pas disjoindre les trois dimensions de la sexualité
: plaisir, relation et fécondité.
Il est important de vérifier dans tout discours
comment ces trois dimensions sont prises en compte; la ou les quelles
sont valorisées ou sur valorisées; la ou lesquelles sont
ignorées.
c. Articuler le ludique et le grave
Dans l'ordre phénoménologique, les relations
sont décrites par Xavier LAcroix comme pouvant être : fonctionnelle
(opératoire), érotique, de tendresse ou d'alliance ? Evidemment,
selon les cas, elles n'ont pas le même poids moral.
Eric Fuchs, quant à lui décrit une relation sexuelle réussie
: Libre, adulte, créatrice et intégrée
- Libre parce qu'il ne peut y avoir de relation sexuelle authentique
sans liberté des partenaires : le viol, quoi qu'il en soit des
fantasmes qu'il véhicule depuis toujours, n'a jamais été
reconnu par l'humanité comme un modèle de relation réussie
!
- Adulte, parce que, dans cette perspective, une relation sexuelle
réclame que les partenaires sexuels soient le plus possibles libérés
de leurs dépendances infantiles : maturité physique et maturité
psychique ne se confondent pas forcément !
- Créatrice, c'est-à-dire cherchant à créer
avec le partenaire sexuel une réalité nouvelle qui soit
autre chose et plus que la somme des deux individus en cause : l'enfant
sera le signe par excellence de cette réalité nouvelle créée
par le couple, mais pas le seul ; tout un réseau de relations se
tisse entre les deux partenaires et à partir d'eux, lequel constitue
une réalité sociale, culturelle, affective, nouvelle.
- Enfin, intégrée, parce qu'on ne saurait séparer
la sexualité du reste de l'existence et quelle est appelée
à signifier et à permettre une relation plus totale, englobant
toute l'activité des deux membres du couple, et pas seulement leur
désir sexuel.
C'est pourquoi je résiste un peu au titre du dernier OKAPI : "
La sexualité, c'est perso ". Le but des articles et d'insister
sur la dimension intime et privée. C'est juste. Mais ce gros titre
laisse entendre que la sexualité n'a pas de dimension sociale alors
que c'est une réalité éminemment sociale et que c'est
le travail de l'autorité publique que de gérer ces élans
affectifs, de leur donner un cadre d'exercice de telle sorte que la violence
qui est inscrite dans cette réalité humaine ne dégénère
pas. Je rappelle qu'on n'a jamais mis autant de monde en prison aujourd'hui
pour des fautes et des crimes liés à la sexualité.
Dimension sociale car avec la sexualité se joue inévitablement
et intrinsèquement la question de la fécondité et
partant celle de la filiation et du repérage de qui est qui dans
la société.
On notera tout spécialement que la réussite de la relation
amoureuse ne dépend pas d'abord de l'intensité de la jouissance
ou de l'orgasme contrairement aux visions des rapports amoureux imposées
par la culture occidentale.
Bref ! Les relations sexuelles, pour qu'elles prennent
tout leur sens, toute leur place mais pas toute la place, doivent intégrer
la dimension sérieuse qu'elles supposent et impliquent. Mais pour
autant, elles ne doivent pas non plus perdre leur dimensions ludiques,
ce "jeu" qui appartient à l'intimité de chaque
couple. Chacune de ces deux dimensions n'a de sens qu'en faisant exister
l'autre pleinement. Un peu comme pour les vacances qui ne se comprennent
bien qu'au regard du temps de travail.
d. Se préparer à
l'engagement du mariage, c'est d'abord se préparer à un
engagement.
L'engagement est différent du contrat et du
contrat association en particulier.
L'engagement, c'est se mettre en gage soi à l'égard d'une
activité sociale ou d'un groupe de personnes ou encore d'une personne
particulière. Dans l'engagement, il y va de l'unification intérieure,
il en va d'une cohérence profonde entre ce que je crois, je sens
et je fais.
Il y a des engagements à durée déterminée
(associatif, armée, politique).Il y a des engagements à
vie.
Dans tout engagement, il en va d'une perte de soi, de son autonomie, puisque
l'on accepte de perdre un peu de sa liberté de décision,
il se joue une expérience kénotique. Mais dans le même
temps, celui qui s'engage espère que dans l'acte même de
l'engagement se joue une dilatation de son être.
Bien plus que de vivre ensemble, plus ou moins à
l'essai, il est important de vérifier sa propre capacité
à l'engagement, à tenir sa parole, à regarder l'autre
vivre un engagement, à être fidèle dans les aléas
de la vie.
Car ce qui fera la solidité du couple, c'est sa volonté
de s'aimer, d'accomplir l'engagement réciproque que les époux
ont pris l'un envers l'autre parce que l'autre le prenait envers l'un.
Certes chacun perd de son autonomie mais voilà qu'enfin un parcours
de vie s'ouvre, que les fécondités vont pouvoir se libérer
et s'exprimer le don sans réserve, le don intégral comme
dit Jean-Paul II.
Ainsi donc, il convient de dire que si la sexualité est fort importante
dans un couple, elle n'en est pas le premier et le dernier critère.
Elle travaille les conjoints de l'intérieur autant qu'elle se travaille.
Elle évolue en fonction de chacun et du temps qui passe. Elle ne
prend son sens que dans le don et l'accueil de l'autre mais elle ne peut
réaliser ce que trop de couple lui demandent : la fondation de
leur couple. Comme l'exprimait une femme dans la revue alliance, "
le plaisir, dans la relation sexuelle, c'est la cerise sur le gâteau.
Mais quand le gâteau n'est pas là, que vaut la cerise ? "
Là aussi, il s'agit de remettre les choses à leur place.
Et si le couple a la volonté de s'aimer, il finira bien par trouver
et retrouver autant de fois que nécessaire l'équilibre affectif.
L'inverse n'est pas vrai.
4. Deux exemples pour mettre
en uvre nos critères
a. L'éducation affective au
collège : La mallette " le bonheur d'aimer "
Elle est assez intéressante à travailler.
On voit que le ministère y a mis beaucoup d'argent, Vidéo
K7 ; 3 dossiers spécifiques pour l'infirmière, pour le professeur
charge d'enseigner les sciences de la vie et de la terre, pour l'équipe
éducative, des transparents polychromes ; 9 fiches à distribuer
pour animer une séance qui vont de thèmes comme " la
première fois ", la première contraception " ;
" l'homosexualité et l'homophobie " ; en passant par
le sexisme et le machisme "
Une première observation de cette mallette montre qu'elle n'est
sans valeurs. Bien sûr, la principale d'entre elle est la non discrimination
mais c'est un peu mieux que cela : " Apprendre à connaître
ses droits : en termes de protection des mineurs, de liberté et
de choix
Amener les jeunes à échanger sur les valeurs
de tolérance, liberté, respect de soi et d'autrui et à
différencier les valeurs du groupe des valeurs complémentaires
auxquelles il est attaché (issues de son appartenance familiale,
culturelle, religieuses,
) ". On voit bien la méthode
inductive mais aussi l'usage d'un concept de tolérance qui admet
une pluralité de valeurs qui peuvent être opposées
au niveau individuel.
A propos de la vidéo K7,il y aurait bien des
remarques à faire ; J'en retiens quelques unes. On peut regretter
que tout le travail autour de la fécondation se fasse à
travers un film d'animation où le spermatozoïde et l'ovule
sont personnalisés avec des désirs de rencontre et de fusion.
Ensuite, puisqu'il s'agit du bonheur d'aimer, on s'étonnera qu'il
n'existe aucune définition de ce que c'est qu'aimer.
Un des propos essentiel de la K7 est de poser la question à partir
de quand peut-on avoir des relations sexuelles et avec quelles précautions
? Ce sont les introduction et conclusion qui donnent la réponse.
Je cite :
Pour qu'il y ait un premier rapport sexuel, il faut se sentir prêt,
c'est-à-dire que ce soit un choix, un échange et que chacun
ne force personne. Ou encore :
Ecouter son cur, découvrir le plaisir d'être ensemble,
savoir se protéger, c'est tout ça qui rime avec le bonheur
d'aimer.
Vous conviendrez que ces approches sont assez limitées et à
mon sens ne tiennent pas assez compte de la jeunesse des interlocuteurs
qui sont des collégiens. En effet, que signifie se " sentir
prêt " ? Avoir envie, avoir du désir, aimer être
aimé(e), aimer sentir qu'on aime, ou bien vouloir aimer au point
de faire alliance. Lorsqu'on est collégien on est encore loin de
cette maturité affective. Le discours du ministère est à
la frontière de l'érotisme et de la tendresse. Ensuite la
réciprocité n'est que dans la liberté et dans l'idée
d'échange et d'échange du plaisir d'être ensemble.
C'est aussi un peu court. On peut rentrer dans une relation affective
de ce type de manière totalement inégalitaire et se tromper
considérablement sur ce que l'on croit donner et plus encore sur
ce que l'on croit recevoir.
Bref ! sans être complètement nulle, puisque cette K7 met
aussi en évidence l'importance de la liberté, du choix (qui
est plus fort qu'un simple élan) et de l'écoute du cur
(forme moderne de la conscience) je pense tout de même que l'objectif
d'une telle mallette, plutôt que de supposer évident qu'aimer
c'est avoir des relations sexuelles, aurait dû être un apprentissage
du bonheur d'aimer. Un meilleur titre aurait alors pu être "
le bonheur d'apprendre à aimer " avec un contenu revisité
dans cette perspective bien sûr.
b. L'hétérosexualité
ne fait pas nombre avec l'homosexualité
A l'égard de l'homosexualité de plus
en plus présente dans la culture cinématographique, publicitaire
et littéraire, légitimée en partie dans la possibilité
qu'ont les personnes homosexuelles de se pacser, quels repères
avons-nous ?
Je crois qu'ici, il faut être courageux. Si nous ne confondrons
pas les tendances avec les conduites, si nous ne réduirons ici
qui que ce soit à une orientation sexuelle, encore convient-il
de dire que " l'amour du semblable " pour reprendre une expression
de Xavier Lacroix est anormative.
En matière de sexualité, la norme qui structure les psychismes,
c'est celle de l'hétérosexualité. Il n'y a pas de
maturation psychique sans norme et la différence des sexes est,
avec la différence des génération la grande différence,
" la différence qui tranche sur les différences "
, qui est absolument irréductible et qui oblige toujours à
sortir de soi. " Si toute forme d'affectivité ou de vie sexuelle
est marquée par le narcissisme, force est de reconnaître
que l'orientation homosexuelle l'est d'une manière particulièrement
prégnante. L'attrait homosexuel a été défini
comme " la séduction exercée par l'image idéale
de nous-mêmes quand elle se manifeste dans un autre "
Aussi, tout en regrettant que le Pacs a légitimé une relation
affective homosexuelle dans une forme proche de celle du mariage, il faut
maintenir la " non-équivalence " de la relation homosexuelle
et de la relation hétérosexuelle. Elles ne font pas nombre.
5. Vocation des familles chrétiennes
dans la société d'aujourd'hui
Famille, cellule d'Eglise.
Votre vocation se nourrit à la Parole de Dieu et au corps du Christ
livré pour nous.
Votre fidélité rend celle des autres possibles.
Témoigner de vos pardons devant vos enfants.
Etre une famille parmi d'autres qui vit sans doute les mêmes difficultés
mais dont la foi et la volonté de mener au bout l'engagement permet
d'affronter ces difficultés autrement ;
6. Introduire l'image du corps Christ
par le corps de l'Eglise dans la société. L'histoire de
Zachée.
Dans l'Evangile, il n'en est pas autrement. Je ne
vous rappelle pas l'Evangile de Zachée en Lc 19, 1 -10.
Que lisons-nous ? Jésus a vu sa demande d'être
invité accueillie parce que Zachée avait au fond de lui
déjà un désir à l'égard du Christ.
Désir timide, mais suffisant. C'est lors du repas que Zachée
propose, comme un homme si j'ose dire, avec des chiffres des quadruples
et des moitiés (alors que la pécheresse pardonnée
choisira un geste beaucoup plus féminin pour manifester sa conversion
: de répandre un parfum très pur, très coûteux
aussi).
Mon interprétation est la suivante. Zachée
décide de se convertir alors que Jésus ne lui a fait aucun
reproche. Mais le seul fait que Jésus mange dans sa maison, se
nourrisse d'une nourriture acquise et préparée avec de l'argent
malhonnête devient insupportable à Zachée. Il ne peut
pas servir deux maîtres. Il choisit de garder le Christ.
En termes plus spirituels, il est assez clair que
si l'on accueille le Christ au coeur de sa maison, il est inévitable
qu'à plus ou moins court terme, il y a des attitudes, des gestes
qui nous seront absolument insupportables. Encore faut-il accueillir régulièrement
le Christ dans la prière et la confiance.
Lorsque nous accompagnons des personnes qui vivent
des choses difficiles par rapport à l'argent ou à la sexualité,
accueillir vraiment le Christ au milieu de cette vie, avant même
d'avoir vraiment changé de vie, c'est introduire l'eau vive là
où tout s'asséchait. Les accompagnateurs spirituels attestent
souvent de ce genre de parcours qui commencent alors que la conversion
n’est pas aboutie mais qui permettent d’y parvenir.
Voyez-vous, il ne faut pas attendre de changer de
vie pour accueillir le Christ dans sa maison. C'est bien tout le contraire.
C'est en accueillant le Christ que la vie peut changer.
Conclusion
Ne pas avoir peur, la famille et l'Eglise en ont vu
d'autres.
Se souvenir de la parabole de l'ivraie : Faire grandir ce qui est beau
et bon.
© Bruno Feillet
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