L’intervention de ce matin
s’origine dans la demande d’y voir plus clair du point de vue moral
sur cette impression assez répandue ou du moins galvaudée qu’il n’y
a plus de valeur, que tout fout le camp, qu’aujourd’hui n’est plus comme
hier…
Dans cette ambiance générale,
les chrétiens ne se sentent pas toujours à l’aise. Etre minoritaire
du point de vue de la foi, ce n’est déjà pas facile mais si en plus
il faut l’être du point de vue moral, on a l’impression de ne pas en
voir le bout.
Quel est, quel peut être encore
l’influence de l’Eglise dans ce domaine ? Faible soyons-en sûrs.
Notre archevêque le rappelait à la journée des secteurs pour les équipes
Notre-Dame, cette année.
Mon propos sera donc de mettre
de l’ordre dans tout cela. Dans une première partie, il consistera à
poser de manière plus consistante quelques unes des causes du trouble
que nous vivons. J’évoquerai avec vous la question du monde libéral
et de la mondialisation dans lequel nous vivons, que nous le voulions
ou non. Ensuite, je manifesterai devant vous que loin d’être dans un
monde sans repère, nous sommes dans un monde du supermarché des repères
(ce qui est cohérent avec le monde libéral). Dans un second temps, je
tâcherai de présenter en six points comment, nous les chrétiens, nous
pouvons vivre dans ce monde.
S’intéressant tout spécialement
au point de vue moral, l’exposé n’insistera pas sur quelques aspects
de théologie fondamentale sur lesquels il conviendrait d’insister tout
particulièrement : ce que Henri Jérôme Gagey décrivait comme le
« oui et le non de Dieu sur le monde ». Souvenons-nous que
ce monde, notre monde, Dieu l’aime si fort qu’il a envoyé son Fils pour
le sauver. Ce qui dit à la fois l’estime de Dieu pour sa création, la
souffrance du péché dans laquelle elle s’est fourvoyée mais aussi sa
capacité de participer à son salut ce qui en manifeste toute la dignité
intrinsèque.

La société de consommation
repose sur le dynamisme de cette consommation. On l’entend suffisamment,
la consommation est le moteur de la croissance. Mais, le monde économique
perturbe depuis longtemps déjà le présent de notre vie. Pour pousser
à la consommation, il crée des désirs et suscite leur assouvissement
dans la foulée. Si l’on ajoute à ce paysage la culture de la « non-frustration »,
chacun comprendra combien la sexualité, lieu de puissants désirs, peut-être
marquée par un tel environnement. Aujourd’hui, le plaisir est devenu
un tyran.
Ce libéralisme se fonde aussi
sur une culture de l’initiative individuel. Quoiqu’on en dise, les valeurs
sociales ont du mal à résister.
Enfin, nous connaissons bien
un des aspects de la mondialisation (je n’évoque pas la complexité des
jeux économiques) celui de la mise à disposition immédiate de toute
information, de tout mode de vie, de toute morale sur notre table, à
la radio, à la télé ou sur internet. La coexistence de systèmes éthiques
dans les médias ne peut pas ne pas causer des troubles et des bouleversements.
Voyons cela de plus près.
Les éthiques de la responsabilité
(Max Weber, Emmanuel Lévinas et le visage de l’autre, Hans Jonas et
son principe responsabilité que les politiques ont converti en principe
de précaution). Avec le risque du situationnisme ou du conséquentialisme
et d’un certain immobilisme politique.
Les éthiques procédurales.
Avec le risque que les valeurs produites soient déconnectées d’une vision
globale de la dignité humaine.
Les éthiques utilitaristes.
Avec le risque de trouver acceptable qu’il y ait des victimes du progrès.
Les éthiques libérales. Avec
le risque d’une vision pessimiste de l’homme
Les éthiques communautariennes.
Avec le risque sectaire ou des totalitarismes.

Lorsque l’on a l’impression
que notre présent ne va pas, on a toujours tendance à idéaliser le passé.
Or un peu d’histoire nous rappelle que tout n’était pas si rose.
Il faut bien se dire lors
de la période d’industrialisation, fin XVIII° mi-XIX°, la montée dans
les villes, le changement des rythmes de vie, la promiscuité des logements,
… ont bouleversé considérablement la vie affective des gens. Et c’est
l’état qui pour stabiliser cette population a imposé que L’Eglise célèbre
gratuitement les mariages.
Un médecin de Paris disait
alors qu’il était bien rare de trouver un jeune homme de 17 ans qui
soit encore vierge.
Un siècle plus tôt, on trouve
dans certaines régions un taux de 80% de naissances hors mariage.
Tout cela ne nous console
pas des écarts et des difficultés d’aujourd’hui, mais cela permet de
nous dire que la situation n’est si catastrophique que cela.

Intention – Moyen – Fin (conséquence).
Pour qu’un acte moral soit bon, il faut que ses trois composantes soient
bonnes. Il peut arriver que la fin obtenue ne soit pas à la hauteur
des espérances. Mais si tout avait été mis en œuvre pour l’obtenir,
cela n’entâche pas la valeur morale de l’acte.
Ce que la sagesse populaire
connaît bien par l’usage de quelques proverbes :
·
L’enfer est pavé de bonnes intentions.
·
La fin ne justifie pas les moyens.
Il n’est jamais permis de
faire le mal et l’on doit toujours faire le bien.
La nature du bien n’est pas
toujours connue de manière évidente
Mais suivre sa conscience
que l’on éclaire est un chemin sûr pour progresser (GS 16).
Cette anthropologie se fonde
sur le fait que l’homme est créé à l’image de Dieu et qu’il est appelé
à le rejoindre, lui le Souverain Bien, dans la béatitude éternelle.
Comme le dit si bien st Thomas d’Aquin reprenant l’ecclésiaste :
« l’homme a été confié à sa propre providence ».
La vertu est une disposition
intérieure, acquise et mise en œuvre régulièrement. Elle est une voie
moyenne entre deux extrêmes, deux vices au dire d’Aristote (lâcheté
– courage – témérité). Le progrès dans la vertu se fait dans l’excellence.
Je modifie cette approche
au profit d’un moteur à quatre temps : lâcheté – prudence – courage
– témérité. Les vertus s’équilibrent et ce système laisse de la place
à un jeu d’interprétation et à la diversité des psychologies.
Les quatre vertus cardinales :
prudence, justice, force et la tempérance organisent toutes les autres.
En régime chrétien, la charité est la forme de toutes les vertus.
| Passé |
présent |
futur |
| Joie |
plaisir |
bonheur |
| Particulier |
singulier |
universel |

Avoir un beau langage pour
décrire les diverses dimensions de notre vie est fondamental. En effet,
les mots colorent notre imaginaire, guident nos gestes, donnent sens
à nos actes. En particulier pour tout ce qui touche à la vie familiale
et sexuelle.
Chez les enfants en particulier,
l’apprentissage tôt à un beau langage et la résistance aux « gros
mots » met sur la voie d’une certaine maîtrise de soi pour plus
tard sur une approche plus ajustée de leur vie affective et de l’autre
sexe.
Chacun fait ce qu’il veut
Des éléments contradictoires
peuvent coexister
Etant donné que l’adhésion
au bien ne peut s’imposer, alors il faut patienter pour peu que la communauté
ne se sente pas en danger. (Tolérable comme supportable).
