A. DIFFERENTES SOCIOLOGIES DE LA FAMILLE
Ce n’est un mystère pour personne qu’il y a différentes
approches de la famille en France. Le récent débat sur le
Pacs, les différentes enquêtes et rapports sur la famille
du professeur Hauser et de Mme Théry montrent à l’envie
combien la sociologie de la famille doit se décliner au pluriel.
Un article de Jean Kellerhals et de Louis Roussel à propos des
« sociologues face aux mutations de la famille »(22)
ainsi qu’un travail plus récent de Jean-Hugues Déchaux
à propos des « orientations théoriques en sociologie
de la famille »(23) attestent
de la conscience de la pluralité des approches sociologiques de
la famille dans la communauté des chercheurs depuis quelques décennies.
1. Approche diachronique
Le premier article de Kellerhals et Roussel montre non seulement la pluralité
des approches mais aussi l’extrême variété des
directions dans lesquelles sont menées les recherches en sociologie
de la famille entre 1965 et 1985. Les auteurs relèvent 12 «
problèmes-clés que l’actualité, démographique
surtout, a posés à la sociologie de la famille. Ils tentent,
à travers eux, de repérer les tendances dominantes des recherches
dans ce domaine »(24) .
1. Le choc de l’évolution démographique à travers
ses indicateurs les plus courants : Taux de nuptialité, taux de
fécondité, taux de naissance hors mariage, taux de divortialité.
Comment rendre compte de ces mutations ? Les points qui suivent présentent
des tentatives d’explicitation.
2. La place de plus en plus importante des femmes sur le marché
du travail salarié a bouleversé le marché de l’emploi
mais aussi la vie familiale dans toutes ses dimensions.
3. Un rapport à la fécondité modifié par des
causes exogènes comme la contraception et la législation
afférente ; une diminution du taux de fécondité ;
un autre rapport à l’enfant (sens de l’enfant, rang
de l’enfant dans la fratrie, programmation des naissances en fonction
du travail, …) ont fait l’objet de nombreuses études.
4. L’augmentation du taux de divortialité n’est pas
sans lien avec l’accès des femmes au travail et donc à
une autonomie de revenu. Cette augmentation se traduit par une croissance
corrélative des familles « recomposées ». Les
ruptures seraient entre autres causées par un certain irréalisme
quant à ce que l’on peut attendre de la vie de couple ou
à une baisse de l’homogamie.
5. De nouveaux modèles familiaux. Les familles se fondent sur d’autres
principes que dans les décennies précédentes et l’on
peut repérer une plus grande diversité des styles relationnels
familiaux (fusionnel, consensuel, communicationnel, …)
6. L’homogamie qui perdure. Ce point semble en contradiction avec
le point 4. En fait si elle demeure majoritaire, les études montrent
qu’elle baisse un peu.
7. Un réseau familial fort.
8. Croissance des unions libres
9. La hantise de la normalité
10. Evolution du droit de la famille.
11. Une intervention de l’état croissante dans la politique
familiale.
12. Une évolution des familles qui se ferait au carrefour de trois
dominantes : privatisation, pluralisation et normalisation.
Une petite analyse de l’article et de cette
grille de lecture montre que le rapport entre vie familiale, vie conjugale
et vie économique n’est pas traité pour lui-même.
Ce n’est pourtant pas faute d’y avoir pensé. Les auteurs
de l’article écrivent en effet à propos de la chute
du taux de nuptialité et des indicateurs familiaux : « La
crise économique aurait pu être avancée comme explication
générale. Mais les changements démographiques l’avaient
devancée et les pays qui paraissent aujourd’hui les mieux
protégés contre la récession sont souvent ceux-là
mêmes qui accusent les plus fortes perturbations dans le domaine
de la famille. »(25)
Cette remarque sur la crise économique me semble bien rapide. En
1987, date à laquelle l’article est publié, Les chiffres
disponibles étaient probablement ceux de 1985. La crise battait
déjà son plein et il me semble qu’il était
déjà possible de lui reconnaître une influence importante
sur l’évolution des indicateurs familiaux que sont les taux
de nuptialité et de naissance hors mariage. Si de 1965 à
1975 les courbes des taux de chômage et de nuptialité semblent
sans rapport l’une avec l’autre, on ne peut en dire autant
entre 1975 et 1985.
Il est possible que les rédacteurs de l’article n’aient
pas eu l’occasion de construire ce graphe. Il témoigne pour
eux en ce sens que les 10 premières années de leur période
d’étude apparaissent sans lien aucun avec le taux de chômage,
mais aussi parce qu’effectivement, la chute du taux de nuptialité
précède de deux ans la très forte augmentation du
taux de chômage. En revanche, il me semble que notre graphe 5 révèle
une analyse de Roussel et Kellerhals par trop approximative pour la dernière
décennie de leur étude (75-85).
2. Approche synchronique
L’article de Jean-Hugues Déchaux porte essentiellement sur
l’actualité de l’édition en sociologie de la
famille au cours des années 1992-1993. A partir des ouvrages de
François de Singly, Irène Théry, Jean-Claude Kaufmann
et de Martine Ségalen (26),
l’auteur montre qu’il est possible de distribuer les publications
en sociologie(s) de la famille selon quatre critères. D’une
part la sociologie de la famille adopte soit le point de vue de la conjugalité
soit le point de vue de la parentalité. D’autre part, si
chacune de ces approches atteste d’une désinstitutionnalisation
du mariage, les auteurs ne lui attribuent pas forcément la même
importance. Ce qui permet de construire le tableau suivant (27):
Tableau 1 : Répartition
de sociologues français selon leur approche de la désinstitutionalisation
de la famille.
| F. de Singly |
J.-Cl. Kaufmann |
| I. Théry |
M. Ségalen |
Disons, pour commenter la notion de version +, qu’il
s’agit pour les auteurs d’accompagner cette désinstitutionnalisation
soit parce qu’ils la croient inévitable soit parce qu’ils
l’appellent de leurs vœux ; tandis que pour ceux qui sont concernés
par la version -, il s’agit plutôt de dire : « oui,
il y a une désinstitutionnalisation mais l’institution revient
autrement ».
J.-H. Déchaux ne place pas les auteurs dans son tableau, mais il
me semble qu’après une analyse des commentaires qu’il
fait et notre propre lecture des ouvrages cités, on ne peut aboutir
qu’à ce résultat.
Il faut aussi noter que l’auteur de l’article adresse un reproche
collectif à ceux qui concluent à la désinstitutionnalisation
familiale qui interprètent le concept d’institution surtout
dans un sens plus juridique que sociologique(28)
. Ce reproche s’adresse principalement à F. de Singly et
I. Théry.
Enfin, la conclusion de Jean-Hugues Déchaux montre combien il est
difficile aux sociologues de ne pas se laisser influencer par leurs valeurs
personnelles : « L’analyse du traitement de la temporalité
confirme par ces différentes sociologies de la famille la pertinence
de notre grille d’analyse et met donc en évidence les positions
morales et politiques qui sont les leurs quant à la modernité.
Se trouve par-là rappelé que le débat moral n’est
jamais véritablement absent des discussions scientifiques. »(29)
Toute la question, en ce qui nous concerne, est lorsque nous ferons le
choix d’une sociologie de la famille, sera-ce pour des raisons scientifiques
ou pour des raisons morales ?
Reprenons ces auteurs de manière un peu plus précise.
a. François de Singly
François de Singly est actuellement professeur à la Sorbonne,
Directeur du centre de recherches en sociologie de la famille. C’est
un des ténors de la sociologie de la famille en France. Il publie
beaucoup, des livres comme des articles. Il est invité régulièrement
dans des colloques universitaires et autour des micros de la télévision
ou de la radio. C’est dire l’importance de son influence.
L’ouvrage qu’il a publié en 1993, Sociologie de la
famille contemporaine, Paris, Nathan université, Coll. 128, 128
pages, fait partie d’une collection destinée aux étudiants
en sociologie avec objectif pédagogique. Il s’agit, en 128
pages, de fournir une présentation didactique des enjeux d’une
question et de proposer une bibliographie commentée (très
utile et bien faite).
Une lecture attentive du plan et de l’introduction montre à
l’évidence le chemin que l’auteur nous propose de parcourir.
Il y a selon l’auteur un mouvement radical vers l’individualisation
de la réalité familiale. Et à mesure que cette individualisation
s’opère, on peut observer une intervention croissante de
l’état ou encore « une socialisation de la sphère
privée ». Les trois têtes de chapitre le montrent aisément
:
1. La dépendance de la famille par rapport à l’état.
2. L’autonomie de la famille contemporaine par rapport à
la parenté.
3. L’autonomisation de l’individu par rapport à la
famille contemporaine
Cette évolution que F. de Singly interprète
comme individualisation de la vie familiale est une constante qu’il
maintient et réaffirme régulièrement. Cette position
de 1993 se retrouve encore en 1996 lorsque François de Singly publie
Le soi, le couple et la famille, où il affirme en quatrième
de couverture : « Oui, la famille a changé. Non seulement
son cadre institutionnel a craqué, mais sa fonction centrale s’est
également modifiée. Son rôle premier a longtemps été
la transmission du patrimoine, économique et moral, d’une
génération à l’autre. Aujourd’hui la
famille tend à privilégier la construction de l’identité
personnelle, aussi bien dans les relations conjugales que dans celles
entre parents et enfants. »(30)
Plus récemment encore, François de Singly et Véronique
Munoz-Dardé ont publié un article dans Le Monde
(31) intitulé : « Pour
le pluralisme des formes de la vie privée ». Cette chronique,
par-delà l’analyse du Pacs qu’elle propose, permet
aux auteurs de dévoiler leur vision de l’avenir sur l’intervention
de l’état dans la conjugalité et la parentalité.
L’option libérale est mise en avant pour tout ce qui concerne
la conjugalité :
A plus long terme, au nom de quoi justifier que l’Etat ait pour
fonction centrale de reconnaître, de valider certaines unions plutôt
que d’autres ? Pourquoi la vie à deux, toute vie à
deux, ne serait-elle pas exclusivement une vie privée sans statut
public ? Pourquoi l’Etat n’interviendrait-il pas uniquement
(au niveau d’un statut) lorsque apparaît un tiers, l’enfant,
dont il se porterait garant ? En s’engageant à élever
tel enfant, les hommes et les femmes obtiendraient la reconnaissance du
statut de " parent ". La " famille avec enfant " serait
publique (avec statut), et le couple serait privé (sans statut).
Cette option plus libérale, revenant à remettre en question
le mariage, a pour intérêt de limiter l’influence de
l’Etat et, par-là, sa zone de contrôle. L’Etat
n’aurait plus à codifier les bonnes formes de vie commune,
il limiterait son action à définir les bonnes conditions
pour la vie des enfants.
Nous sommes ici en présence d’une option très libérale
qui s’appuie sur la neutralité de l’état. La
désinstitutionnalisation du mariage est pour l’auteur un
vœu. Il a à notre sens une position militante dans sa sociologie.
Cela confirme les conclusions de Jean-Hugues Déchaux à propos
de la morale qui se révèle dans la sociologie. Peut-on en
déduire que les analyses déployées par François
de Singly dans son ouvrage sur la sociologie de la famille en France sont
sous-tendues par une telle vision ? C’est plus que probable. En
tout cas, le passage de la description à l’interprétation
est ici tout particulièrement sujet à caution.
b. Irène Théry
Mme Irène Théry est aussi très connue dans le paysage
français de la sociologie de la famille. Elle a publié Le
démariage (32) qui fait
l’objet d’une analyse de Jean-Hugues Déchaux, et parmi
une bibliographie abondante, elle a aussi publié un article (33)
qui est une forme de synthèse de ses positions : « Différence
des sexes et différence des générations » en
1996. Sa notoriété lui a valu la commande d’un rapport
important sur la famille en France commandé par la Garde des Sceaux
Ministre de la Justice, Mme Elisabeth Guigou et par la Ministre de l’Emploi
et de la Solidarité, Mme Martine Aubry. Ce rapport intitulé
Couple, filiation et parenté aujourd’hui. Le droit face aux
mutations de la famille et de la vie privée a été
publié en juin 1998.
Mme Théry est une sociologue spécialiste du droit. Son attachement
à cette discipline est sensible dans l’ensemble de ses écrits.
Jean-Hugues Déchaux le constate aussi à sa manière
: « On sent chez I. Théry un authentique regret du déclin
symbolique profond que connaît le droit »(34).
Et l’on sent bien qu’elle n’est pas prête à
brader aussi facilement que F. de Singly le cadre juridique qui entoure
la réalité complexe de la famille en France tant au niveau
de la conjugalité qu’au niveau de la parenté.
Irène Théry est à l’origine du concept de «
famille recomposée » pour essayer de rendre compte de la
réalité sociale en voie de modification rapide. Mais ce
qui nous intéresse ici, c’est surtout le concept de démariage
que l’on ne peut assimiler purement et simplement à celui
de divorce dans la pensée d’Irène Théry. Le
démariage traduit pour I. Théry la remise en cause par la
société contemporaine de la place symbolique que tenait
le mariage il n’y a pas si longtemps encore. Se fondant sur des
observations semblables à celles de F. de Singly, elle réalise
dans son rapport rédigé en juin 1998 une synthèse
de son concept du démariage : Mme Théry affirme que «
c’est la place sociale de l’institution matrimoniale qui a
changé avec la transformation des représentations du couple
: le choix de se marier ou non devient une question de conscience personnelle
et le mariage cesse d’être l’horizon indépassable
des relations entre les hommes et les femmes. C’est ce phénomène
social que l’on a nommé le "démariage" »(35).
Ce concept n’est pas réductible au divorce dans la pensée
de Mme Théry même s’il l’inclut. En fait elle
le définit sur trois niveaux : « au sens juridique, le démariage
n’est pas autre chose que le divorce ; au sens social et culturel,
c’est le bouleversement de l’ordre symbolique qu’entraîne
la privatisation du lien matrimonial. Mais le démariage a aussi
un sens idéologique : c’est un certain idéal de ce
que doit être, hors du droit, la négociation d’une
rupture amoureuse »(36). Le
concept de démariage inclut donc non seulement les séparations
mais aussi le refus du mariage, le phénomène de cohabitation
durable et sans doute aussi les recompositions familiales.
Le démariage a pour conséquence la désarticulation
de la conjugalité et de la filiation. Il est vrai que l’évolution
récente du droit de la famille a entériné deux évolutions
inverses : d’une part il est possible de divorcer à l’amiable,
c’est donc une prime à l’individualisation de la conjugalité
; d’autre part on ne peut abandonner sa responsabilité de
parent, on ne « divorce » pas de ses enfants. Ce qu’exprime
parfaitement l’auteur dans sa conclusion : « L’idéal
d’indissolubilité de la filiation doit désormais se
substituer à celui de l’indissolubilité matrimoniale,
sous peine de mettre en cause les droits et les devoirs que tout adulte
doit assumer dès lors que, par cet autre acte de volonté
qu’est la reconnaissance de l’enfant, il a assumé d’en
être le parent. C’est la conséquence de la liberté
des adultes de ne pas se marier, de se marier, de se démarier,
et cela implique forcément, en cas de séparation, de respecter
les liens de l’autre parent à l’enfant. »(37)
En fait, il faudrait dire plus encore, car l’état oblige
non seulement au respect de l’autre parent mais aussi le parent
lui-même à ne pas abandonner toute responsabilité
quant à l’éducation de son enfant. L’état
intervient alors de manière très ferme en contraignant à
la coresponsabilité en matière d’éducation,
malgré le divorce et quoiqu’il coûte de la complexité
qu’apporte l’arrivée d’un ou de deux beaux-parents.
Sans doute est-ce cela qui amène I. Théry à dire,
dans son article de 1996, que « la famille n’est plus pensée
comme une institution parce qu’elle est devenue une institution
impensable »(38). Cependant,
la juste perception de la complexité de la situation conduit l’auteur
à penser que « le démariage, qu’on le perçoive
ou non, a mis à l’ordre du jour la nécessité
de refonder, autrement, mais véritablement l’ordre symbolique
de la famille et de la parenté »(39).
Or, suffit-il d’un livre pour fonder ou refonder un ordre symbolique
qui s’est construit au fil des siècles ? Ou, en sens contraire,
peut-on croire sérieusement qu’un ordre symbolique qui aurait
tant de racines, puisse s’effondrer en à peine trente ans
? Quel est le sens de l’histoire longue, de la tradition longue
de notre auteur qui est pourtant si attaché au droit ?
Manifestement, ce qui emporte son jugement pour ouvrir la symbolique du
droit aux nouvelles situations est non seulement leur nombre (de fait
incontestable) mais aussi une certaine complaisance aux discours convenus
de cette fin de siècle qui font une place sans équivalent
dans l’histoire à la nature privée, individuelle,
de toute personne. Le droit doit accompagner cette volonté privée
et I. Théry a beau vouloir tenir au droit et vouloir le réintroduire
pour rééquilibrer la tendance à l’hyperindividualisation
de notre fin de siècle, le choix qu’elle fait de prendre
en compte les situations de fait et de les accompagner par la proposition
d’un droit plus adapté, montre qu’en définitive
c’est la volonté individuelle du sujet qui l’emporte.
« Se réapproprier cette culture (du droit), ce n’est
pas remettre en cause le privé, c’est tenter de lui redonner
la dimension qu’il a perdue, et faire qu’au sein même
de sa vie privée, chacun de nous demeure un sujet de droit, et
l’autre un alter ego »(40).
I. Théry semble plus nuancée que F. de Singly dans sa proposition
de mettre du droit dans la vie privée au niveau de la conjugalité
là où de Singly ne voulait que liberté individuelle.
Cependant, ses propositions sont plus fortes dans le sens où elle
est d’accord pour donner la force du droit à une multitude
de formes de vie privée au seul motif de la situation de fait.
L’adoption de la loi sur le Pacs, qui ne reprend pas toutes ses
propositions, montre qu’en définitive, c’est sa pensée
qui a eu le plus de fécondité chez le législateur.
« Le débat moral n’est jamais véritablement
absent des discussions scientifiques ».
c. Martine Ségalen
Des quatre auteurs présentés par Jean-Hugues Déchaux,
Martine Segalen est celle qui intègre le plus dans sa sociologie
de la famille le sens de l’histoire longue. Elle a co-dirigé
avec André Burguière, Christiane Klapish-Zuber et Françoise
Zonabend une histoire de la famille (41)
en trois tomes dont nous nous sommes inspirés pour la dimension
historique de notre travail. Elle a récemment publié dans
la collection 128 chez Nathan « Rites et rituels contemporains »
qui contient un chapitre sur le mariage et à propos duquel nous
aurons l’occasion de revenir. L’ouvrage qui fait l’objet
de la recension « sociologie de la famille » (1993) a depuis
été réédité en 1996 mais sans remaniements
fondamentaux. C’est de cette dernière version dont nous tirerons
les références. L’effort de M. Segalen d’inscrire
la sociologie de la famille dans le grand mouvement de l’histoire
lui permet de ne pas se laisser emporter par des événements
récents. « L’expérience historique révèle
la formidable puissance de résistance et d’adaptation d’une
institution : peu d’entre elles ont ainsi su traverser les changements
économiques et sociaux fondamentaux qui ont fait passer des sociétés
fondées sur une économie paysanne à des sociétés
fondées sur une société industrielle et postindustrielle.
Bref la sociologie contemporaine de la famille ne peut se bâtir
sans intégrer une perspective historique. »(42)
L’ethnologie, quant à elle, permet de montrer la multiplicité
des modèles familiaux selon les sociétés. Ce qui
l’amène à regarder la famille contemporaine à
l’intérieur de cette multiplicité : « L’organisation
familiale contemporaine n’est ainsi qu’un des arrangements
possibles dans l’univers des cultures »(43).
Martine Segalen fait donc l’effort d’une sociologie non cloisonnée
sur sa propre méthode mais en dialogue profond avec d’autres
sciences humaines que sont l’histoire, l’ethnologie, mais
encore l’économie, le droit, … Les nombreuses études
dans les divers domaines évoqués montrent que l’on
ne peut proposer des théories monocausales pour rendre compte de
l’évolution de l’institution familiale. C’est
donc un principe sociologique fort pour Martine Segalen que l’affirmation
« qu’il "n’existe de théories scientifiques
du changement social que partielles et locales". Cela ne doit cependant
pas pour autant faire renoncer à l’usage des modèles,
instruments indispensables de la connaissance, à condition d’être
conscient du fait "qu’ils sont toujours débordés
par la réalité"(44)
, comme l’écrit Raymond Boudon. »(45)
Bref, il n’y a de sociologie de la famille que prudente et modeste.
Une telle approche qui se place résolument du côté
de la parenté et de la pluridisciplinarité montre en fait
que l’auteur se place résolument du côté du
maintien de l’institution de la famille mais dans des formes variables.
« Il y a dix ans, on parlait encore de "crise" de la famille
; aujourd’hui il n’est plus question que de retrouvailles
avec une institution méconnaissable et rajeunie »(46).
Loin donc d’admettre une désinstitutionnalisation, Martine
Segalen préfère reconnaître qu’il existe des
formes nombreuses de la parenté et que celle qui émerge
dans notre société contemporaine existe peut-être
de manière préfigurée dans des sociétés
différentes ou anciennes (47).
Claude Lévi-Strauss, dans la préface du tome 1 à
l’histoire de la famille que co-dirige M. Segalen, pose la question
de savoir s’il existe « un modèle de famille dont on
puisse dire qu’il constitue la base commune de toutes les sociétés
humaines ou le terme de famille n’est-il qu’une étiquette
commode pour désigner des formations plus ou moins hétérogènes
? »(48) Forcé de reconnaître
qu’il est impossible de trouver un modèle universel de la
famille, Claude Lévi-Strauss opte pour la seconde solution : «
Il se pourrait (…) que dans sa puissance inventive, l’esprit
humain eût très tôt conçu et étalé
su la table presque toutes les modalités de l’institution
familiale. Ce que nous prenons pour une évolution ne serait alors
qu’une suite de choix parmi ces possibles, résultant de mouvements
en sens divers dans les limites d’un réseau déjà
tracé. »(49) Dans ce
contexte, il est clair que le concept d’institution à propos
de la famille est loin d’être réductible à son
seul aspect juridique mais sert à manifester qu’il existe,
de manière universelle cette fois-ci, un cadre socialement repérable
qui organise la sexualité des relations hommes - femmes.
Cette approche qui n’ignore pas l’existence de quelques modèles
plus majoritaires comme celui de la monogamie suppose l’abandon
de tout dogmatisme et partant semble moins idéologique et militant
que les approches de François de Singly et d’Irène
Théry. Le risque, car il y en a un, est de tomber dans un certain
relativisme moral. C’est un risque que Martine Segalen évite
soigneusement dans les remarques de son introduction en évitant
de confondre ses valeurs avec ses observations. Mais, au moins dans un
premier temps, cette approche a pour intérêt d’aider
le sociologue à ne pas se crisper sur le présent, à
ne pas vouloir y lire une évolution par trop déterministe,
et à demeurer modeste dans les résultats obtenus. Nous devons
en tout cas à Martine Segalen cette prudence scientifique et cette
idée de regarder dans l’histoire pour voir si ce qui se vit
aujourd’hui dans l’institution familiale en France (naissances
nombreuses hors mariage, concubinage lié à la pauvreté
ou à une législation contraignante) n’était
pas attesté en d’autres lieux, à d’autres époques.
Et, comme nous l’avons montré, c’est bien le cas.
d. Jean-Claude Kaufmann
Jean-Claude Kaufmann est le dernier des quatre auteurs étudiés
par Jean-Hugues Déchaux. Si Martine Segalen montre que l’institution
familiale fait mieux que de la résistance en cette fin de siècle
à travers des analyses qui prennent en compte l’ethnologie
et l’histoire et en réintégrant le conjugal dans la
parenté, il semble bien que J. Cl. Kaufmann en ne portant son intérêt
que sur le couple contemporain admette aussi que s’il existe un
discours anti-institutionnel, en fait, l’institution familiale se
repère dans la pratique de la conjugalité en particulier
au niveau du propre et du rangé. Dans ce contexte aussi, il faut
se garder de comprendre le concept d’institution dans un sens juridique.
Pour le dire avec Jean-Hugues Déchaux, J.-Cl. Kaufmann «
montre que des logiques sociales sont à l’œuvre derrière
la "légèreté conjugale" qui caractérise
la vie des jeunes couples et explique comment, au fil du temps, s’engendrent
ou réapparaissent des rôles sociaux et des normes relationnelles,
alors qu’aucune référence ne s’impose d’elle-même
par son autorité morale, sa légitimité »(50)
. C’est tout l’objet de son ouvrage La trame conjugale.
(51)
La difficulté essentielle pour le lecteur est de garder une distance
par rapport à l’analyse de l’enquête qui s’est
fait à l’aide d’entretiens. Reproduisant nombre de
dialogues, il faut savoir y repérer les concepts utilisés
par Kaufmann.
Une des thèses centrales de l’ouvrage consiste dans le repérage
d’un décalage entre le discours égalitaire des deux
membres du couple à propos de la répartition des tâches
ménagères et leur répartition effective après
quelques mois ou quelques années de vie commune. C’est dans
le chapitre IV, Couple et individu, dont est extrait la citation suivante
que J.-Cl. Kaufmann rend compte le plus explicitement de ce décalage.
« Certains jeunes l’utilisent (la disponibilité) pourtant
avec sincérité, comme instrument pour atteindre l’égalité.
Sans comprendre, là encore, la logique cachée de reconstruction
des rôles sexuels. "On a fonctionné à partir
de la disponibilité de chacun", déclare Michel Chouchern,
(…). Carine confirme : elle avait "plus de temps" et a
donc pris en charge davantage de travaux, malgré leur référence
à une norme égalitaire. »(52)
Kaufmann essaye de rendre compte de ce décalage entre discours
et pratique par le concept « d’injonction ». L’injonction
est ici une force intérieure qui pousse la personne (souvent la
femme) à mettre en œuvre des habitudes incorporées
(par l’éducation, les images sociales,…) non seulement
dans la gestion du propre et du rangé mais aussi dans la répartition
des tâches. Il faut noter enfin que plus l’injonction est
inconsciente et plus elle est forte « L’injonction la plus
fortement structurante des pratiques est silencieuse et invisible »(53).
Kaufmann montre bien qu’en définitive, ce sont ces habitudes
incorporées qui reprennent le dessus la plupart du temps malgré
une volonté affichée d’une répartition égalitaire
des tâches ménagères. Et si l’inégalité
survient, alors on trouvera des discours pour la justifier comme la disponibilité
citée plus haut. Il faut noter que J.-Cl. Kaufmann est très
sensible au concept d’habitude. Il n’hésite pas à
le décliner sous de multiples formes tout au long de l’ouvrage
: culture sédimentée (43), habitudes constituées,
héritage sédimenté (53), héritage caché
(53), sédimentations d’habitudes comme processus d’accumulation
linéaire (85)… Le concept de sédimentation, (inspiré
par Schütz ?) (54), laisse entendre
qu’il y a des couches de pratiques habituelles qui sont plus anciennes
que d’autres et par conséquent plus difficilement remaniables
que d’autres. Il est bien connu que parmi les petits conflits du
début d’une vie conjugale on retrouve des questions ayant
trait à la place du beurre (au réfrigérateur ou au
placard), la manière de ranger ses affaires de toilettes autour
du lavabo (dentifrice, …) et bien d’autres petits détails
que l’on a incorporés depuis toujours. La difficulté
des négociations sur ces détails est proportionnée
à la profondeur et à l’ancienneté de leur incorporation.
Plus ils sont profonds et plus ils sont silencieux, et plus ils s’apparentent
à des évidences.
Dans un article (55) postérieur
à la publication de la trame conjugale, Kaufmann fait l’effort
d’une synthèse plus théorique. « L’auteur,
dit le résumé, analyse comment l’évolution
des trente dernières années est caractérisée
par l’affaiblissement d’une définition identitaire
par les rôles, progressivement relayée par un mécanisme
plus implicite : la réactivation et la négociation des habitudes
incorporées » (303). En trente ans, on serait passé
du dit au non-dit, de l’explicite à l’implicite, du
rôle conscient à l’habitude incorporée inconsciente.
L’article porte sur cette distance qui existe entre le rôle,
le statut actuel que l’on met effectivement en œuvre et la
justification que l’on en donne, l’identité que l’on
croit avoir. Parfois ils sont ajustés l’un à l’autre,
mais pas toujours.
Ce travail s’inspire directement des études théoriques
faites à l’occasion de la trame conjugale. Elles sont ressaisies
ici de manière plus universitaire. La sociologie connaît
bien les difficultés de vocabulaire entre statut et rôle
ou encore entre statut latent et statut actuel et Kaufmann ne les ignore
pas. Notre auteur montre avec pertinence, semble-t-il, que « l’identité
(…) se forge essentiellement par une prise successive de rôles
» qui s’exercent plus ou moins en contradiction avec les habitudes
incorporées par le sujet (liées à l’image de
la mère quand ces habitudes portent sur le propre et le rangé)
et dans une négociation explicite ou sourde avec le conjoint, avec
des justifications théoriques qui ne sonnent pas toujours justes
(disponibilité, ça s’est fait comme ça, …).
Cela montre deux choses fondamentales : d’une part que le discours
tenu pour justifier de rôles effectifs n’est pas nécessairement
à prendre au comptant ; d’autre part si au départ
les membres d’un couple sont prêts à adopter des rôles
très éloignés du schéma incorporé,
il arrive souvent que ce soit le profond qui finit par l’emporter
ou dont on regrette qu’il ne puisse être actualisé.
Nous avons donc là un modèle d’analyse
des discours de chaque sujet à propos de son identité lorsque
cette identité se construit et se pose aussi en présence
d’un autre avec qui l’on vit au quotidien. Ce modèle
nous a paru particulièrement intéressant pour une analyse
de notre société à l’égard du statut
matrimonial. Finalement, ce que la société ou plutôt,
ceux qui parlent dans la société, et parfois un peu trop
facilement, en son nom, ont-ils des discours ajustés à ce
qui se vit réellement ? Ce qui se vit est-il vraiment de l’ordre
du choix d’un autre mode de vie ou habité du regret de ne
pouvoir ajuster la pratique de la conjugalité à une habitude
incorporée ? Pour être explicite, le concubinage est-il un
refus du mariage ou bien un espace intermédiaire entre le célibat
et le mariage ? Pour reprendre une expression de Martine Segalen, l’institution
du mariage ne ferait-elle pas preuve une fois encore d’une formidable
capacité d’adaptation à des conditions de précarité
?
Conclusion
Le passage par les quatre auteurs, tous ténors dans la sociologie
française dans le domaine de la famille, mais à des titres
différents, nous a fait comprendre diverses options d’interprétation
de la chute du taux de nuptialité. De plus, les deux premiers,
François de Singly et Irène Théry, accompagnent leurs
interprétations d’un certain militantisme qui s’exprime
de manière libérale ou qui fait appel à l’encadrement
juridique. Martine Segalen et Jean-Claude Kaufmann en sentent moins la
nécessité sans doute parce qu’ils considèrent
l’institution familiale plus stable qu’il n’y paraît.
Le modèle de Jean-Claude Kaufmann nous a paru le plus intéressant
pour servir de cadre théorique à notre recherche. Il a le
mérite d’exister et s’inscrit sur un concept d’habitude
incorporée qu’il n’est pas le premier à utiliser.
Nous le choisissons comme plate-forme de départ pour un travail
conceptuel plus affiné. Plusieurs raisons à cela :
• Ce modèle a semble-t-il fait ses preuves ;
• Il est cohérent avec le travail de Martine Segalen (il
vérifie au présent ce qui se vérifie dans l’histoire)
;
• C’est un travail plus fouillé et plus subtil que
la simple décision d’accompagner l’évolution
des mœurs ;
• Enfin, je ne veux pas ignorer les valeurs qui m’habitent
à l’égard de l’institution du mariage. Le modèle
de Kaufmann permet, plus que d’autres d’honorer du point de
vue sociologique ce que la foi affirme de son côté : «
L'institution du mariage n'est pas une ingérence indue de la société
ou de l'autorité, ni l'imposition extrinsèque d'une forme;
elle est une exigence intérieure du pacte d'amour conjugal qui
s'affirme publiquement comme unique et exclusif pour que soit vécue
ainsi la pleine fidélité au dessein du Dieu créateur.
»(56) Je ne pense pas qu’il
faille craindre cette question de la valeur. Pire encore serait de l’ignorer.
Comme cela s’écrit dans les manuels : « Le sociologue
vise à la fois à décrire les pratiques des membres
des autres groupes et à élucider le rapport qu’il
entretient envers elles. De la collecte des données jusqu’à
l’écriture, la construction d’objet porte la marque
de ce double souci. » (57)
Il reste encore à préciser le concept
d’habitude incorporée de manière plus fondamentale
pour le sujet qui nous préoccupe.
Par ailleurs, l’apparition du concept de rôle, très
voisin de celui de statut, dans son article « Rôles et identité
: l’exemple de l’entrée en couple » nous invitera
aussi à approfondir ce concept de statut. Quel rapport y a-t-il
en définitive entre une habitude incorporée au sens où
Kaufmann l’entend et un statut matrimonial ?
Pour répondre à cette question, il nous faut admettre qu’entre
le corps propre d’un sujet et le corps social il est des passages
suffisamment nets pour transposer le modèle. En définitive,
la question fondamentale est la suivante : existe-t-il des habitudes socialement
incorporées qui conditionnent l’acquisition d’un statut
matrimonial ? C’est à ce travail que nous allons nous atteler
maintenant.
B. LE CONCEPT « D’HABITUDE
SOCIALEMENT INCORPOREE »
La difficulté, en sociologie, est que nous croyons que les réalités
sociales ne sont pas isolées les unes des autres et qu’à
ce titre elles existent dans un rapport systémique. Evoquer l’une
d’entre elles c’est supposer une précompréhension
sur les autres. Les concepts d’habitus, de statut et de corps social
sont extrêmement intriqués. Pour des raisons d’exposition,
il faudra les disjoindre un temps mais ils se supposent et s’appellent
les uns les autres.
1. Discussion du concept d’habitude
:
Lorsque l’on lit attentivement les publications de Jean-Claude Kaufmann,
il est indéniable qu’il préfère l’usage
du mot « habitude » à celui d’habitus. Il reste
que parfois, il demeure des hésitations de langage et l’on
peut se demander si ces deux mots ont une réelle distinction. Ainsi,
dans son article sur rôles et identité, il affirme que les
acteurs sociaux ont en effet la possibilité de puiser dans leurs
habitus incorporés pour ramener l’imaginaire aux dimensions
du possible le plus évident(58).
Nous avions été habituées à lire habitude
incorporée. Mais le paragraphe suivant s’intitule La découverte
des habitudes. L’hésitation sur le vocabulaire se trouve
en fait justifiée dans la note de la page 319.
« Nous employons le terme d’habitude non dans son sens commun
mais comme un concept, qui a une longue tradition en philosophie (Héran,
1987) et n’a pas toujours été absent en sociologie
(Camic, 1986). Le lecteur non familier de ces débats pourra lire
habitus pour mieux comprendre, concept qui lui est proche et dans lequel
il s’est même souvent fondu (Héran, 1987). La connotation
prise aujourd’hui par le concept d’habitus tend toutefois
à le faire se distinguer de l’habitude. Si l’habitus
est parfaitement opératoire pour rendre compte de la mécanique
des rapports entre intériorité et extériorité,
l’habitude par contre (qui est à la fois un schéma
incorporé et des gestes observables) permet seule d’étudier
le rapport au corps, la mémoire du corps (Connerton, 1989) et les
processus concrets d’incorporation. Si l’habitus est un instrument
privilégié pour définir et classer socialement les
dominantes de l’identité (nous serions tentés de dire
: les rôles), l’habitude est mieux à même d’appréhender
les contradictions, les incertitudes et la dynamique de la construction
identitaire. »
Cette note appelle quelques commentaires car elle est aussi une prise
de position à l’égard du travail de Pierre Bourdieu
dont pourtant il n’est pas fait mention. L’habitus est un
concept central dans la pensée de P. Bourdieu et nous ne prétendons
pas ici faire une présentation exhaustive d’un concept qui
a été travaillé et affiné pendant 20 ans de
recherches. Il reste qu’à lire l’approche ramassée
de ce concept qu’en fait P. Bourdieu dans son livre-interview Questions
de sociologie (59), on peut affirmer
ceci. Au terme de sa recherche, Bourdieu estime que l’habitus englobe
l’ethos. L’ethos est ici compris comme l’approche pratique
de l’éthique qui est, quant à elle, une approche de
la morale au plan systématique et rationnel. L’habitus englobe
l’ethos et se trouve donc être un concept plus vaste que l’ethos
ou l’éthique. Bourdieu reprend quelques aspects d’Aristote
à l’égard de la vertu. L’habitus est une disposition
incorporée de manière durable, une disposition permanente.
Mais l’habitus est plus vaste que ce qu’apporte la vertu aristotélicienne
: l’habitus est quelque chose de puissamment générateur,
c’est une « espèce de machine transformatrice qui fait
que nous "reproduisons" les conditions sociales de notre propre
production, mais d’une façon relativement imprévisible,
d’une façon telle qu’on ne peut pas passer simplement
et mécaniquement de la connaissance des conditions de production
à la connaissance des produits. (…) L’habitus est un
principe d’invention qui produit par l’histoire est arraché
à l’histoire. (…) Bref, en réaction contre le
mécanisme instantanéiste, on est porté à insister
sur les capacités "assimilatrices" de l’habitus
; mais l’habitus est aussi adaptation, il réalise sans cesse
un ajustement au monde »(60)
. Disposition incorporée, durable, fruit d’une histoire mais
capable d’inventer, de générer, d’assimiler,
de s’adapter au monde, l’habitus de Bourdieu est un concept
vaste et souple. Cependant, on voit bien que chez Bourdieu, l’habitus
reste la condition de possibilité du passage de l’intériorité
à l’extériorité, tout en restant une dimension
intérieure. C’est là une distinction notable qui le
sépare de l’habitude de Kaufmann, laquelle intègre
le passage à l’acte. La possibilité de cette nuance
entre les concepts de Bourdieu et de Kaufmann est exprimée dans
l’article de François Héran.
F. Héran (61),
dans son article cité par Kaufmann, fait une analyse très
stimulante du concept d’habitus et de ses formes dérivées,
habitude, habit, avoir. C’est un article dense dont le propos se
trouve aux frontières de l’épistémologie du
concept, de l’histoire de la philosophie et de l’usage en
sociologie de mots chargés d’histoire. De cet article, nous
allons retenir principalement deux éléments. L’un
ayant trait aux trois modalités de l’acte chez Aristote.
L’autre portant sur le fait que l’habitus appartient aux concepts
intermédiaires et repose sur le schème de médiation
et de commutation.
a. L’habitus : une
modalité du comportement humain.
« Aristote, nous dit Héran, distingue trois modalités
du comportement humain : la puissance, l’habitus et l’acte
accompli. »(62) Ce qui peut
se comprendre à l’aide de l’éducation aux règles
de grammaire. Il y a la capacité ou l’aptitude d’apprendre
ces règles, c’est ce qui correspond à la puissance
; vient ensuite le fait que c’est acquis, c’est le domaine
de l’habitus (hexis) ; enfin reste l’usage effectif de ces
règles dans le langage, il s’agit de l’acte. Cet habitus
est le passage obligatoire, intermédiaire entre la puissance et
l’acte auquel l’homme, comme être historique, ne peut
se soustraire. C’est la condition de possibilité de la vertu
aristotélicienne mais qu’il ne faut pas confondre avec la
vertu elle-même qui est un équilibre, une voie moyenne entre
deux excès. En sociologie, l’habitus, disposition incorporée
et durable, se comprend comme une approche anthropologique avant d’être
un élément d’une éthique fondamentale. L’habitude
de Kaufmann reprend bien l’habitus plus l’acte. Ce qui fait
que l’habitude se voit toujours à l’œuvre alors
que l’habitus de Bourdieu est toujours induit par un passage à
l’acte, il n’est pas visible en soi.
Pour revenir au travail de Kaufmann dans la trame conjugale, il est clair
aussi que le concept d’habitude incorporée inclut une dimension
temporelle importante puisqu’il relève un écart important
entre le discours d’origine et les pratiques des débuts de
la mise en couple et la réalité de la répartition
des tâches après quelques mois ou quelques années.
Kaufmann a bien montré que l’habitus pouvait reprendre la
main sur la gestion du quotidien et pousser à une redéfinition
pratique des rôles de chacun pour la vie quotidienne. Cette redéfinition
demeurant plus facile à faire qu’à dire puisque le
discours ne suit pas toujours ces réaménagements subtils
et progressifs. En définitif, nous comprenons que l’on peut
qualifier tel ou tel geste de concept d’habitude incorporée
lorsqu’il est possible de montrer qu’il est homogène,
cohérent avec l’habitus. Au contraire, Bourdieu attribue
au terme d’habitude ce qui relève de l’aspect «
mécanique » ou « automatique »(63)
des gestes afin de bien le distinguer de l’habitus, disposition
incorporée et durable.
Ainsi donc, le concept d’habitude incorporée de Kaufmann
est bien distinct de celui de Bourdieu. Il suppose non seulement un habitus
mais aussi un passage à l’acte cohérent à celui-ci
et le temps éventuellement nécessaire pour y parvenir ou
y revenir. D’une certaine manière, il s’appuie sur
le travail de Bourdieu mais l’intègre dans une approche plus
pratique, plus dynamique. Enfin, le concept d’injonction, l’expression
de couches sédimentées montrent que la sociologie de Jean-Claude
Kaufmann flirte avec la psychosociologie.
b. L’habitus : un concept intermédiaire
entre l’individuel et l’institutionnel.
C’est aussi l’intérêt de l’article de François
Héran de montrer que l’habitus fait partie de ces concepts
à l’emploi large. « Dans le cas de l’habitus,
la structure récurrente des emplois se fonde sur ce que l’on
pourrait appeler un schème de médiation et de commutation.
L’habitus s’inscrit dans la lignée de ces concepts
intermédiaires que nombre d’auteurs ont tenté d’imposer
entre le subjectif et l’objectif, l’individuel et l’institutionnel
: ainsi "aliénation", "attitude" ou "ethos".
»(64)
Derrière l’expression « schème de médiation
et de commutation », il y a beaucoup à entendre et à
recueillir. Deux sens principaux sont inclus dans ce schème. Le
premier consiste à manifester que les mots ou réalités
qui relèvent de ce schème sont à même de manifester
à la fois le résultat d’une action et le processus
engendré par la même action. Ainsi appartiennent à
cette catégorie : construction, succession, institution et on peut
ajouter mariage, métier, … On peut, par voie de conséquences,
affirmer que les concepts qui relèvent de ce schème ont
un déploiement historique, une dimension diachronique.
L’autre sens que nous retenons est plus lié au concept même
de commutation. Il signifie que la richesse sémantique de certains
mots (liée à leur histoire et leur mode d’insertion
dans la syntaxe) leur permet de servir par exemple des dimensions à
la fois individuelles ou institutionnelles, de passer du monde intérieur
au monde extérieur. Puisque les significations sont simultanées,
c’est que le schème honore aussi une dimension Synchronique.
C’est chez Kant, dans la Critique de la raison pure, que François
Héran va chercher l’argument philosophique qui permet une
telle affirmation : « Le schème, précisément
, est, selon ses propres termes, une "représentation intermédiaire"
fournie par l’imagination, un "troisième terme"
qui permet aux catégories de l’entendement de s’appliquer
aux phénomènes sensibles. Nous ne pouvons connaître
la réalité sensible qui si nos catégories de perception
et de jugement sont "schématisés" en profondeur
»(65). L’existence de
ces concepts intermédiaires, capables d’un dualisme de commutation,
et qu’il est sans doute difficile d’expliquer en dehors de
leur capacité opératoire, nous montre qu’il est pratiquement
possible de passer du corps propre au corps social et dans les deux sens.
« L’habitus dira encore Bourdieu est intériorisation
de l’extériorité et extériorisation de l’intériorité
»(66).
Etant donné que dans son concept d’habitude incorporée
Kaufmann intègre le concept d’habitus, il semble que l’on
puisse dire qu’il relève aussi de la catégorie des
schèmes intermédiaires doués de cette propriété
de commutation, de dire l’intériorité à l’aide
de l’extériorité et l’extériorité
à l’aide de l’intériorité.
2. Vers un concept « d’habitude
socialement incorporée »
Ainsi donc, il nous semble possible, à l’aide de l’existence
de ces schèmes intermédiaires que sont l’habitus mais
aussi la conscience, le corps, de comprendre la sociologie non seulement
comme l’étude d’une société dont «
les faits sociaux sont à traiter comme des choses » mais
aussi de la société comme un organisme vivant. S’il
existe un concept d’habitude incorporée au sens de Kaufmann
et que l’on peut utiliser pour décrire une partie de ce qui
se joue entre une personne et la relation conjugale dans laquelle elle
s’est impliqué, il est aussi possible, en nous appuyant sur
cette propriété de commutation propre aux schèmes
intermédiaires, qu’il nous aide à décrire ce
qui se passe dans la société française.
Nous pourrions garder la même expression « d’habitude
incorporée » en vertu de sa seule propriété
de commutation. Il nous a paru plus clair d’introduire explicitement
la dimension sociale de cette habitude afin de bien montrer que c’est
sur le versant social du concept que nous allons désormais travailler.
Nous posons donc la possibilité d’un concept d’habitude
socialement incorporée à la suite du travail de Jean-Claude
Kaufmann. Il sera opératoire si nous pouvons montrer dans le cas
qui nous intéresse, la relative dépendance du taux de nuptialité
à l’égard du taux de chômage, que malgré
des discours qui accompagnent la désinstitutionnalisation non seulement
de la famille mais aussi du mariage, il existe une habitude socialement
incorporée durable qui se maintient et se révèle
dans le temps et qui veut qu’en définitive on acquière
le statut matrimonial que si l’on a acquis préalablement
un statut professionnel.
Nous l’avions annoncé, statut et habitude
entretiennent des rapports étroits. Essayons d’expliciter
maintenant ce que l’on entend par statut.
C . LE STATUT MATRIMONIAL
Nous partons ici à la recherche et à
l’établissement du concept de statut matrimonial. De fait,
le concept de statut est complexe, variable, historiquement situé
et cependant très utilisé. Ce chapitre a pour but de nous
aider à faire le tri entre plusieurs options que l’on peut
repérer dans l’histoire de la philosophie ou de la sociologie
afin de bâtir notre propre concept de statut matrimonial qui ne
semble pas avoir été établi comme tel.
Dans la littérature sociologique et philosophique,
le concept de statut serait, si l’on garde la distinction de François
Héran, un concept plus « opératoire » que «
thématique ». Pour mémoire, rappelons que le concept
thématique fait l’objet d’une étude ou d’une
théorie, il est étudié pour lui-même. Les concepts
opératoires, quant à eux, « peuvent courir à
travers tout le texte sans faire l’objet d’une réflexion
particulière et cependant étant extrêmement décisifs
dans l’articulation du système »(67)
que l’on veut décrire.
1. Le concept de statut
L’approche thématique de ce concept est
une étape indispensable pour avancer dans notre sujet. Une fois
ce parcours accompli, modeste sans doute, nous aurons acquis un concept
alors opératoire qui nous permettra de bâtir les étapes
suivantes.
Sources
Le concept de statut se trouve dans les livres et
articles de sociologie parfois comme concept thématique mais plus
souvent comme concept opératoire. Ainsi dans l’ouvrage de
Martine Ségalen « Sociologie de la famille »(68)
, il n’y a aucun chapitre ayant trait au statut mais il existe dans
son glossaire une entrée « status » dont la définition
est la suivante : « rang occupé par un individu dans une
certaine hiérarchie sociale qui confère droits et devoirs
et implique un jeu de rôles sociaux ». L’introduction
à la sociologie de Ferréol et Noreck, traite le concept
de statut de manière plus thématique dans un troisième
chapitre portant sur les « stratifications et hiérarchies
sociales ».
Définir le concept de statut n’est pas
si simple qu’il y paraît au premier abord. L’histoire
du mot même de statut en sociologie a ses racines dans les controverses
du XIX° siècle. Il servait à décrire les nouveaux
rapports sociaux surgis de la révolution française et pour
lesquels le concept de « classe » n’était plus
suffisant, du moins pour certains sociologues. Le chapitre Le statut dans
l’ouvrage de Nisbet (69) rend
compte surtout de cet aspect. Mais, la sociologie a beaucoup utilisé
ce concept pour décrire les fonctionnements des organisations.
L’article Statut dans le dictionnaire critique de la sociologie
de Boudon et Bourricaud se fait plutôt l’écho de cette
seconde approche, même s’il n’ignore pas d’autres
applications du concept de statut. Sans doute y en a-t-il d’autres.
Synthèse
(1) Le concept de statut comme fruit de l’évolution
politico-économique.
Le travail de Nisbet montre que les lumières et la révolution
française ayant apporté le concept d’égalité
entre les hommes d’une part, et la révolution économique
ayant apporté l’argent comme nouvel étalon des rapports
sociaux d’autre part, il n’était plus possible de se
contenter du concept de classe pour décrire les relations sociales
et politiques qui venaient au jour.
Le modèle, le type, de la classe sociale était alors le
propriétaire foncier de l’aristocratie anglaise. «
Son existence n’était liée à aucun système
juridico-politique ni à aucune force extérieure apparente
; elle se définissait par son unité économique qui
reposait largement sur la propriété foncière ; cette
propriété demeurait généralement dans les
mains d’une même famille de génération en génération
; remarquable par son unité politique plutôt consensuelle
; il était possible d’intégrer cette classe même
si cela était difficile (donc ce n’était pas une caste)
; les membres bénéficiaient d’une éducation
privilégiée, ils appartenaient tous à l’église
anglicane ; bref c’étaient des gentlemen repérables
au goût, à l’accent, aux vêtements et aux opinions
». A ne considérer que ce modèle, qui servit de référence
à la réflexion des sociologues du XIX° siècle,
on perçoit qu’une des caractéristiques fondamentales
de la classe sociale est sa stabilité. D’autre part, elle
suppose que la société est hiérarchiquement organisée.
Si l’on pouvait gravir des échelons au sein de sa classe
sociale, on n’imaginait guère changer de classe (70).
Les classes entretenaient entre elles des rapports économiques,
politiques ou de pouvoirs. Il arrivait même que ces relations de
classes se transcrivaient par delà des générations
dans des relations entre deux familles. Ainsi a-t-on constaté nombre
de familles de serviteurs fidèles à telle famille de maîtres
à travers les générations. La notion d’état
(71) que l’on trouvait sous
l’ancien régime est encore une manière de décrire
ce concept de classe sociale.
Les révolutions politiques et économiques
du XIX° siècles ont bouleversé les rapports sociaux.
L’idéologie de l’égalitarisme entre les personnes
a modifié en profondeur le rapport a priori entre les personnes.
Cette première révolution associée à l’arrivée
d’une économie capitaliste qui donnait à l’argent
une valeur supérieure à celle de la terre, de la propriété
foncière a engendré de nouvelles approches théoriques
des rapports sociaux. Tocqueville et Marx en sont des exemples types tant
pour la fécondité de leur pensée que pour les positions
opposées qu’ils ont tenues.
Tocqueville s’est petit à petit affranchi de la notion de
classe sociale pour lui préférer celle de statut social
faisant ainsi le passage « d’une conception selon laquelle
le nouvel ordre social reposerait sur l’existence de classes sociales
stables et bien définies à une autre conception, fondée
elle sur l’idée de l’érosion des classes sociales
et de leur remplacement par des groupes de statut fluctuants et mobiles
et par des individus à la recherche d’un statut ».
(2) Le concept de statut dans la sociologie des organisations.
Selon Boudon et Bourricaud relisant Linton et Parsons, il y a des statuts
qui sont acquis naturellement par l’âge ou le sexe (72)
mais il en est qui sont acquis par le travail et le mérite que
Linton appelle les groupes de spécialités (73).
Les statuts socio-professionnels relèvent de cette dernière
catégorie. L’attribution d’un statut socio-professionnel
sanctionne un accomplissement intellectuel ou moral ou une combinaison
des deux. Il importe que dans une organisation, la hiérarchie des
statuts puisse être aisément lisible pour l’efficacité
de la dite organisation. Au contraire la confusion des statuts (repérées
par une mauvaise transmission de l’information par exemple) est
source de désorganisation.
Il reste que les études montrent qu’il y a plusieurs structures
au sein d’une même organisation. Entre la structure formelle
et la structure effective, il peut y avoir des écarts non négligeables.
Par ailleurs selon les personnes la hiérarchie de statuts sera
bâtie sur des critères différents comme « qui
décide » ou « qui est le plus compétent »
ou encore « qui est le plus populaire ». On peut imaginer
qu’une organisation sociale est d’autant plus solide que diverses
hiérarchies se recouvrent, ce qui doit être rarement le cas.
Mais on peut aussi imaginer que la force d’une organisation est
de savoir « jouer » des diverses hiérarchies selon
les circonstances.
Ainsi nous voyons que selon les critères utilisés pour établir
une hiérarchie des statuts dans une organisation, une personne
peut avoir simultanément plusieurs statuts dans l’ordre de
la fonction pour laquelle elle a été embauchée, de
la compétence effective, de sa popularité, … Perdre
sa fonction entraîne par le fait même la perte des autres
statuts au sein de l’entreprise. Mais il est bien connu qu’il
existe des personnes en fonction qui n’ont pas ou plus la compétence
requise et qui demeurent à leur poste pour des raisons diverses.
Autrement dit, il y a certainement un statut principal et des statuts
secondaires. La pérennité de l’organisation et le
bien-être des personnes supposent tout de même le recouvrement
de divers statuts en particulier celui de la fonction et de la compétence.
(3) Interdépendance des statuts
Dans la sociologie des organisations qui étudie en particulier
le monde de l’entreprise, il est bien clair que les statuts peuvent
manifester des rapports hiérarchiques entre les personnes ou entre
les fonctions. Chaque personne d’une organisation peut bénéficier
de plusieurs statuts simultanés fonctionnels, de compétence
ou de popularité ainsi que nous l’avons vu plus haut ou encore
successifs comme celui de la compétence professionnelle et de l’engagement
dans un syndicat. Il faut alors distinguer entre statut (l’aptitude
à effectuer telle ou telle tâche) et rôle (l’effectuation
de la tâche correspondante au statut), entre statut actuel (celui
dont le rôle s’exerce effectivement) et statut latent (74)
(celui qui n’est pas actualisé, mais qui reste disponible).
Ainsi divers statuts peuvent s’actualiser et passer à l’état
de latence au cours d’une même journée : statut familial,
statut professionnel, statut du groupe des fumeurs, puis à nouveau
le statut familial, et s’il sort en soirée il peut encore
recouvrer statut de président d’association…
Notre question de fond est de savoir s’il existe
une interdépendance réelle entre deux statuts d’abord
au niveau théorique, ensuite dans le cas particulier qui nous intéresse
à propos des statuts matrimonial et professionnel.
L’interdépendance des statuts peut s’observer soit
du point de vue de l’acquisition, soit du point de vue de la perte.
D’un point de vue théorique, il est clair que du point de
vue de l’acquisition, acquérir un statut permet l’acquisition
de beaucoup d’autres à ne considérer que l’univers
de l’entreprise. Mais l’inverse n’est pas nécessairement
vrai. Perdre tel ou tel statut secondaire n’entraîne pas nécessairement
la perte du statut principal qui avait permis l’acquisition des
autres statuts. En revanche, perdre le statut principal entraîne
la perte des statuts secondaires qui dépendaient directement du
premier.
L’interdépendance des statuts peut encore se comprendre en
observant les temps de conflits. Dans la vie ordinaire, il revient à
l’individu de faire l’effort d’ajuster les divers rôles
(75) qui actualisent ses différents
statuts. Le décalage temporel permet en général d’éviter
que les rôles qui leur sont associés se heurtent de front.
Il reste que l’investissement temporel qu’exige chacun des
statuts peut engendrer des conflits qui peuvent se résoudre soit
par une révision des rôles effectifs dans leur rapport au
temps soit par la perte d’un des statuts en conflit.
Le rapport théorique d’interdépendance entre les statuts
peut donc se vérifier à trois niveaux différents
: l’acquisition, la perte et les conflits.
Conclusion
Le concept de statut suppose englobe donc un nombre
important de significations :
• Il est apparu dans un contexte de révolutions politiques
et économiques qui ont valorisé l’égale dignité
entre les individus, les citoyens.
• Il se contre-distingue de la classe ou du parti.
• Il présuppose une égalité entre les citoyens,
une capacité a priori d’être acquis par tous.
• Le statut confère des droits et des devoirs et implique
un jeu de rôles sociaux.
• Il suppose de la mobilité dans le sens où il peut
se perdre ou se gagner.
• Un statut peut entrer en confit avec d’autres statuts, en
particulier au niveau de la gestion du temps.
• Le statut manifeste une hiérarchie des individus.
Comment tout ceci peut-il nous aider à situer
le mariage dans la société française d’aujourd’hui
?
2. Application à l’institution
du mariage
a. Le mariage n’est ni une classe,
ni un parti.
A titre d’école, nous pourrions chercher à savoir
si chacune des distinctions weberienne pouvait s’appliquer au mariage
: classe, parti, statut ou groupe de statuts.
Il est assez simple de comprendre que le mariage n’est pas un concept
de classe dans le sens où chez les théoriciens de la société
sous forme de classes, le mariage se retrouve comme une propriété
accessible à toutes les personnes appartenant à chacune
des classes. Le mariage n’est pas un parti politique non plus puisque
l’expérience nous montre que l’on trouve des gens mariés
dans tous les partis politiques.
En fait le mariage transcende tous ces types de description de la vie
sociale. Il est accessible a priori par tous, du moins indépendamment
des critères de classe ou de parti. S’il n’est ni une
classe ni un parti, il lui reste celui de statut ou de groupe de statuts.
Nous garderons l’expression statut matrimonial même s’il
est clair que l’acquisition de ce statut modifie plusieurs statuts
comme la place dans la société, vis-à-vis de la fiscalité,
au regard des deux familles dont sont issus les nouveaux époux…
Acquérir le statut matrimonial modifie en fait beaucoup de statuts.
C’est en quelque sorte acquérir un groupe de statuts.
Enfin comme contre exemple, nous pouvons regarder
un tableau à propos de l’homogamie. Il existe deux approches
de l’homogamie soit entre époux, soit entre pères
d’époux .
Une homogamie stricte devrait être le signe que le mariage est plus
lié au concept de classe qu’à celui de statut. On
verra qu’il n’en est rien. D’une part parce que si l’homogamie
entre époux se vérifie à peu près (autour
de 50%), elle est très loin d’être absolue ; D’autre
part, ce qui est plus frappant encore, l’homogamie calculée
en fonction des catégories socio-professionnelles des pères
des époux montrent une grande mobilité entre les classes
d’une génération à l’autre. Tout ceci
corrobore le fait que le mariage relève bien plus du concept de
statut que de classe.
Bien sûr, nous parlons ici d’homogamie initiale. En effet,
s’il est possible de la constater à l’origine du couple,
elle est aussi susceptible d’évoluer au gré des carrières
professionnelles de chacun des époux. L’homogamie pour un
couple n’est pas forcément une réalité permanente.
Tableau 2 : Répartition des mariages
par catégories socioprofessionnelles des époux en 1995.
| |
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
TOTAL |
| 1. Agriculteurs exploitants |
409 |
73 |
155 |
903 |
2 029 |
401 |
18 |
989 |
34 |
5 011 |
| 2. Artisans, commerçants et chefs d’entreprise |
25 |
1 363 |
880 |
2 509 |
4 440 |
494 |
44 |
3 025 |
112 |
12 892 |
| 3. Cadres et professions intellectuelles supérieures |
16 |
495 |
8 656 |
10 648 |
6 391 |
416 |
71 |
5 273 |
149 |
32 115 |
| 4. Professions intermédiaires |
40 |
731 |
3 920 |
19 280 |
20 120 |
2 024 |
72 |
8 985 |
303 |
55 475 |
| 5. Employés |
35 |
529 |
1 710 |
8 100 |
22 476 |
2 069 |
107 |
10 474 |
353 |
45 853 |
| 6. Ouvriers |
119 |
897 |
1 315 |
9 641 |
39 883 |
10 466 |
168 |
23 369 |
823 |
86 681 |
| 7. Retraités |
12 |
110 |
130 |
367 |
829 |
151 |
1 236 |
948 |
35 |
3 818 |
| 8. Autres personnes sans activité professionnelle |
5 |
151 |
557 |
2 113 |
2 730 |
469 |
28 |
5 964 |
71 |
12 088 |
| 9. Non déclarée ou sans objet |
- |
7 |
21 |
97 |
219 |
37 |
5 |
140 |
192 |
718 |
| TOTAL |
661 |
4 356 |
17 344 |
53 658 |
99 117 |
16 527 |
1 749 |
59 167 |
2 072 |
254 651 |
| |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
| |
Sources : INSEE.
Les cellules en jaune indiquent les valeurs les plus importantes pour
chaque colonne.
|
Tableau 3 : Répartition
des mariages par catégories socioprofessionnelles des pères
des époux en 1995.
| |
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
TOTAL |
| 1. Agriculteurs exploitants |
2 316 |
897 |
457 |
851 |
833 |
2 575 |
1 093 |
152 |
1 297 |
10 471 |
| 2. Artisans, commerçants et chefs d’entreprise |
841 |
2 241 |
1 916 |
2 224 |
1 670 |
3 413 |
2 093 |
355 |
2 230 |
16 983 |
| 3. Cadres et professions intellectuelles supérieures |
511 |
1 873 |
4 715 |
2 825 |
1 593 |
2 071 |
2 207 |
229 |
2 060 |
18 084 |
| 4. Professions intermédiaires |
837 |
2 055 |
2 747 |
4 104 |
2 359 |
4 467 |
2 682 |
430 |
2 712 |
22 393 |
| 5. Employés |
802 |
1 666 |
1 385 |
2 562 |
2 840 |
4 574 |
2 041 |
439 |
2 534 |
843 |
| 6. Ouvriers |
1 992 |
3 186 |
1 993 |
4 759 |
4 697 |
15 973 |
4 693 |
1 330 |
6 410 |
45 033 |
| 7. Retraités |
1 497 |
3 232 |
3 457 |
4 700 |
3 558 |
7 865 |
18 847 |
1 172 |
12 232
|
56 560 |
| 8. Autres personnes sans activité professionnelle |
91 |
317 |
232 |
393 |
426 |
1 323 |
660 |
685 |
928 |
5 055 |
| 9. Non déclarée ou sans objet |
1 511 |
2 907 |
2 908 |
3 892 |
3 519 |
8 726 |
12 631 |
1 392 |
23 743 |
61 229 |
| TOTAL |
10 398 |
18 374 |
19 810 |
26 310 |
21 495 |
50 987 |
46 947 |
6 184 |
54 146 |
254 651 |
| |
Sources : INSEE.
Les cellules en jaune indiquent les valeurs les plus importantes pour
chaque colonne.
Si l'on compare les deux tableaux, on constate assez
facilement que l'homogamie entre époux est plus forte que celle
entre pères des époux.
b. L’institution du mariage.
C’est sous l’appellation d’institution
que l’on parle généralement du mariage. Pour faire
bref, l’institution relève toujours du droit social ou civil
; elle est un ensemble juridique qui entoure, accompagne la coutume en
vue de l’intérêt public ; elle a des buts, des objectifs
à remplir ; elle est appelée à durer ; elle se fonde
sur l’autorité civile, qui, dans les démocraties,
est issue d’une volonté générale ; elle est
source de droits et d’obligations et s’exerce dans un rapport
inégalitaire envers les personnes. Cela vaut pour l’école,
l’armée, le mariage, …
On notera que statut et institution reposent sur la même racine
sémantique : statuo en latin dont le sens premier est de mettre
dans une position (76) déterminée.
En ce sens, entrer dans une institution c’est acquérir une
certaine position , un certain statut déterminé. Appartenir
à une institution, c’est donc aussi avoir les droits et devoirs
afférents dont disposent la totalité des membres institués.
Il est donc tout à fait pertinent de dire que lorsqu’une
personne se marie, elle acquiert le statut de personne mariée.
Il est pertinent de parler de statut matrimonial.
Par son aspect plus individuel, par la liberté
de l’acquérir ou pas, par les critères repérables
(législatifs, mode de vie, signes publics…), il est clair
que le statut matrimonial relève de la seconde catégorie
repérée par Linton et Parsons : celle du statut acquis (achieved)
par le mérite ou l’effort intellectuel ou moral. Nous savons
que l’attribution de ce statut particulier est sanctionnée
par l’état, institution par excellence, selon des critères
qui attestent de la validité des conditions d’acquisition
: certificats médicaux, liberté, solidarité, …
(77)
Les époux qui acquièrent le statut matrimonial se voient
attribuer un rôle précis et clair qui entraîne des
droits et des devoirs, à savoir : vie commune, relations sexuelles,
présomption de paternité, solidarité à l’égard
des dettes du conjoint, … Nous sommes bien dans le cadre théorique
du statut tel que nous l’avons décrit plus haut.
c. Mobilité du statut matrimonial.
Le propre du statut est sa mobilité. Il peut
s’acquérir ou se perdre. C’est un fait établi
que s’il est possible d’acquérir le statut matrimonial
par le rite du mariage il est aussi possible dans la législation
française (78) de perdre ce
statut par le divorce ou par le décès du conjoint. Cette
mobilité peut se vérifier au niveau des statistiques.
Graphe 2 : Taux de divorces prononcés
au regard des mariages célébrés la même année.

Sources : INSEE.
Par ailleurs l’INSEE (79)
rapporte qu’en 1995 le taux de mariage incluant au moins un veuf
est de 1,6% (1,5% avec une veuve) et celui incluant au moins un divorcé
est de 16,5% (15,6% avec une divorcée). Un rapide calcul montre
ainsi qu’en 1996 ce sont 70 183 couples dont l’un des membres
au moins était divorcé qui se sont marié. Ils représentent
25,05% des mariages civils. Ces remariages attestent, si nécessaire
était, de la mobilité du statut matrimonial au sens où
s’il peut se gagner, il peut aussi se perdre et se retrouver.
Conclusion
Pour l’instant, nous avons bien montré que la réalité
conjugale d’époux mariés relevait bien du concept
de statut par sa mobilité, dans son rapport à l’institution
(et dans son origine étymologique même), dans sa distinction
d’une classe ou d’un parti.
Il reste maintenant à montrer si le statut matrimonial est un statut
comme tous les autres, il possède deux originalités importantes
: d’une part il ne peut s’acquérir sans l’acquisition
d’un statut préalable à savoir celui d’un statut
professionnel et d’autre part la perte du statut professionnel n’entraîne
pas nécessairement la perte du statut matrimonial. Autrement dit,
si le statut matrimonial est subordonné à un autre pour
son acquisition, une fois acquis, il possède une stabilité
indépendante du mode d’acquisition, nous pourrions dire une
autonomie. C’est l’objet de notre enquête principale.
© Bruno Feillet
Notes
22.
Jean KELLERHALS et Louis ROUSSEL, « Les sociologues face aux mutations
de la famille : quelques tendances des recherches 1965-1985 », in
L’année sociologique, N°37, 1987, p. 15-43.
23. Jean-Hugues DECHAUX, «
Orientations théoriques en sociologie de la famille : autour de
cinq ouvrages récents », in Revue française de sociologie,
XXXVI, 1995, p. 525-550.
24. Jean-Hugues DECHAUX, p.
16.
25. Jean KELLERHALS et Louis
ROUSSEL, « Les sociologues face aux mutations de la famille : quelques
tendances des recherches 1965-1985 », in L’année sociologique,
N°37, 1987,p. 17.
26. Références dans
la bibliographie.
27. Jean-Hugues DECHAUX, « Orientations
théoriques en sociologie de la famille : autour de cinq ouvrages
récents », in Revue française de sociologie, XXXVI,
1995, p. 527.
28. Jean-Hugues DECHAUX, « orientations
théoriques en sociologie de la famille : autour de cinq ouvrages
récents », in Revue française de sociologie, XXXVI,
1995, p. 531.
29. Jean-Hugues DECHAUX, « orientations
théoriques en sociologie de la famille : autour de cinq ouvrages
récents », in Revue française de sociologie, XXXVI,
1995, p. 548.
30. François de SINGLY, Le
soi, le couple et la famille, Paris, Nathan, 1996, 4° de couverture.
31. François de SINGLY et Véronique
MUNOZ-DARDE, « Pour le pluralisme des formes de la vie privée
» in Le Monde, 1999.
32. Irène THERY, Le démariage.
Justice et vie privée, Paris, Odile Jacob, Coll. Opus N° 22,
1996.
33. Irène THERY, « Différence
des sexes et différence des générations. L’institution
familiale en déshérence », in Esprit, N° 12, 1996.
34. Jean-Hugues DECHAUX, « Orientations
théoriques en sociologie de la famille : autour de cinq ouvrages
récents. », in Revue française de sociologie, XXXVI,
1995, p. 537, note 15.
35. Irène THERY, Couple, filiation
et parenté aujourd’hui. Le droit face aux mutations de la
famille et de la vie privée. Rapport à la ministre de l’Emploi
et de la Solidarité et au garde des Sceaux, ministre de la justice,
Paris, Odile Jacob et La documentation française, 1998, p. 32.
36. Irène THERY, Le démariage.
Justice et vie privée, Paris, Odile Jacob, Coll. Opus N° 22,
1996, p. 184.
37. Irène THERY, Le démariage.
Justice et vie privée, Paris, Odile Jacob, Coll. Opus N° 22,
1996, p. 413.
38. Irène THERY, « Différence
des sexes et différence des générations. L’institution
familiale en déshérence », in Esprit, N° 12, 1996,
p. 67.
39. Irène THERY, Le démariage.
Justice et vie privée, Paris, Odile Jacob, Coll. Opus N° 22,
1996, p. 16.
40. Irène THERY, Le démariage.
Justice et vie privée, Paris, Odile Jacob, Coll. Opus N° 22,
1996, p. 19.
41. BURGUIERE André, KLAPISH-ZUBER
Christiane, SEGALEN Martine et ZONABEND Françoise (dir.), Histoire
de la famille, Paris, Armand Colin, Livre de poche N° 420, 421, 422,
1986.
42. Martine SEGALEN, Sociologie de
la famille, Paris, Armand Colin, 1996, 4° éd. p. 8.
43. Martine SEGALEN, Sociologie de
la famille, Paris, Armand Colin, 1996, 4° éd. p. 12.
44. Raymond BOUDON, La place du désordre.
Critique des théories du changement social. Paris, PUF, 1984.
45. Martine SEGALEN, Sociologie de
la famille, Paris, Armand Colin, 1996, 4° éd. p. 15.
46. Martine SEGALEN, Sociologie de
la famille, Paris, Armand Colin, 1996, 4° éd. p.5.
47. Cf. Jean-Hugues DECHAUX, «
Orientations théoriques en sociologie de la famille : autour de
cinq ouvrages récents », in Revue française de sociologie,
XXXVI, 1995, p. 546.
48. André BURGUIERE, Christiane
KLAPISH-ZUBER, Martine SEGALEN et Françoise ZONABEND (dir.), Histoire
de la famille, tome 1. Mondes lointains, Paris, Armand Colin, Livre de
poche N° 420, 1986, p. 13.
49. André BURGUIERE, Christiane
KLAPISH-ZUBER, Martine SEGALEN et Françoise ZONABEND (dir.), Histoire
de la famille, tome 1. Mondes lointains, Paris, Armand Colin, Livre de
poche N° 420, 1986, p. 15.
50. Jean-Hugues DECHAUX, « Orientations
théoriques en sociologie de la famille : autour de cinq ouvrages
récents. », in Revue française de sociologie, XXXVI,
1995, p. 532.
51. Jean-Claude KAUFMANN, La trame
conjugale. Analyse du couple par son linge, Paris, Nathan, Coll. Agora
Pocket, 1992.
52. Jean-Claude KAUFMANN, La trame
conjugale. Analyse du couple par son linge, Paris, Nathan, Coll. Agora
Pocket, 1992, p. 109.
53. Jean-Claude KAUFMANN, La trame
conjugale. Analyse du couple par son linge, Paris, Nathan, Coll. Agora
Pocket, 1992, p. 25.
54. Alfred SCHÜTZ, Le chercheur
et le quotidien, Paris, Méridiens-Klincksiek, 1987.
55. Jean-Claude KAUFMANN, «
Rôles et identité : l’exemple de l’entrée
en couple », in Cahiers internationaux de Sociologie, Vol. XCVII,
1994, p.301-328.
56. JEAN-PAUL II, Familiaris consortio,
1981, N°11. Il y a sûrement là, dans le rapprochement
du concept d’habitude incorporée avec ce que Jean-Paul II
appelle une exigence intérieure, une piste pour la recherche théologique.
57. CHAMPAGNE Patrick, LENOIR Rémi,
MERLLIE Dominique, PINTO Louis, Initiation à la pratique sociologique,
Paris, Dunod, 1996, 2° éd. p. 50.
58. Jean-Claude KAUFMANN, «
Rôles et identité : l’exemple de l’entrée
en couple », in Cahiers internationaux de Sociologie, Vol. XCVII,
1994, p. 316.
59. Pierre BOURDIEU, Questions de
sociologie, Paris, Editions de minuit, 1980, p. 133-136.
60. Pierre BOURDIEU, Questions de
sociologie, Paris, Editions de minuit, 1980, p. 134-136.
61. François HERAN, «
La seconde nature de l’habitus Tradition philosophique et sens commun
dans le langage sociologique », in Revue française de sociologie,
Vol. XXVIII, 1987, p. 385-416
62. François HERAN, «
La seconde nature de l’habitus Tradition philosophique et sens commun
dans le langage sociologique », in Revue française de sociologie,
Vol. XXVIII, 1987, p. 399.
63. Pierre BOURDIEU, Questions de
sociologie, Paris, Editions de minuit, 1980, p. 134.
64. François HERAN, «
La seconde nature de l’habitus Tradition philosophique et sens commun
dans le langage sociologique », in Revue française de sociologie,
Vol. XXVIII, 1987, p. 393.
65. François HERAN, «
La seconde nature de l’habitus Tradition philosophique et sens commun
dans le langage sociologique », in Revue française de sociologie,
Vol. XXVIII, 1987, p. 395.
66. Cité par François
HERAN, « La seconde nature de l’habitus Tradition philosophique
et sens commun dans le langage sociologique », in Revue française
de sociologie, Vol. XXVIII, 1987, p. 396.
67. François HERAN, «
La seconde nature de l’habitus Tradition philosophique et sens commun
dans le langage sociologique », in Revue française de sociologie,
Vol. XXVIII, 1987, p. 385.
68. Martine SEGALEN, Sociologie de
la famille, Paris, Armand Colin, 1996, 4° éd. p. 289.
69. Robert NISBET, La tradition sociologique,
Trad. Martine Azuelos, Quadrige/P.U.F., Paris, 1996, p. 219-274.
70. Voir par exemple les efforts ridiculisés
par Molière d’un bourgeois qui voulait devenir gentilhomme.
71. Cf. les trois états : clergé,
noblesse et roturier.
72. Ralph LINTON, Le fondement culturel
de la personnalité, Trad. Andrée Lyotard, Paris, Dunod,
1968, p. 60.
73. Ralph LINTON, Le fondement culturel
de la personnalité, Trad. Andrée Lyotard, Paris, Dunod,
1968, p. 64.
74. LINTON Ralph, Le fondement culturel
de la personnalité, Trad. Andrée Lyotard, Paris, Dunod,
1968, p. 72-73.
75. LINTON Ralph, Le fondement culturel
de la personnalité, Trad. Andrée Lyotard, Paris, Dunod,
1968, p. 74.
76. R. Linton mentionne dans son ouvrage
sus-cité que le terme de « position » a été
utilisé dans des recherches sociologiques dans un sens très
voisin de celui de statut. (Linton p.71.).
77. Voir la liste précise en
Annexe 1.
78. Mais nous pourrions vérifier
cela de manière beaucoup plus universelle au niveau ethnologique
tant au niveau synchronique que diachronique.
79. INSEE-RESULTATS, Démographie
et Société 1995. Tableau 9.
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