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Introduction
I. Quelques manuels de théologie morale depuis 1945.
II. Le commentaire du « jeune homme riche »
par Jean-Paul II.
III. Le Notre Père, âme de la théologie
morale.
A. Structure du Notre Père
B. Esquisse d’une présentation de la théologie
morale à partir du Notre Père.
1. Notre Père qui es aux cieux
2. Sur la terre comme au ciel…
a. Que ton Nom soit sanctifié,
b. Que ton Règne vienne,
c. Que ta volonté soit faite.
3. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
4. Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés
5. Ne nous laisse pas entrer en tentation mais délivre-nous
du Malin.
Conclusions.
Introduction
Une rencontre entre membres d’équipes
d’animation de grands séminaires fut organisée en
octobre 2002 à l’initiative de l’IFEC (1).
Un des ateliers conviait les enseignants à se regrouper par spécialité
et à échanger sur leur plan et leur pédagogie. Dans
le groupe des moralistes, aucun d’entre nous n’avait le même
plan ni la même pédagogie. Il s’en fallait de beaucoup.
Pourtant nous dépendions tous de la même ratio institutionis
sacerdotalis qui gouverne le programme des études dans les séminaires
de France. Cela m’a conduit à relire et à modifier
le cours de théologie morale que je donne pour la sixième
fois en cette année universitaire 2003-2004.
Comment avais-je bâti mon cours, six ans auparavant ? Disons que,
très loyalement, je suis allé lire la ratio, qui est en
quelque sorte le cadre de la « commande » qui est faite à
tout enseignant dans les grands séminaires, et je l’ai confrontée
aux réalités des volumes horaires effectivement disponibles,
de la très grande diversité des séminaristes (âges,
expériences de vie, de foi,…) et des cours que j’avais
moi-même suivis auprès de maîtres dont je suis encore
le débiteur. Le temps de préparation disponible et mes propres
choix face aux diverses écoles de philosophie et de théologie
morales ont fourni le contexte ultime d’un cours qui fut donné
pendant quatre ans, jusqu’à la rencontre organisée
par l’IFEC.
La question est de savoir s’il est possible
de fonder un plan d’exposition des bases de la théologie
morale autrement qu’en s’appuyant sur ses seuls goûts
ou les seuls thèmes obligés par la ratio. L’article
proposera une relecture rapide de quelques manuels écrits entre
1945 et 2000. L’analyse de leur plan nous donnera une indication
sur la pratique majoritaire des théologiens moralistes aînés.
En second lieu, dans l’histoire contemporaine de l’enseignement
de la théologie morale, le premier chapitre de Veritatis splendor
de Jean-Paul II doit être considéré à part.
Non pas qu’il faille considérer l’encyclique comme
un manuel, ce serait la dénaturer. Mais dans ce premier chapitre
il y a un changement méthodologique dans le rapport qu’entretient
la théologie morale avec l’Ecriture. Ce premier chapitre
de l’encyclique constitue l’étape sans laquelle cette
étude n’aurait, peut-être, pas vu le jour.
Il me semble, en effet, qu’il est possible de recevoir le Notre
Père, cœur du Sermon sur la Montagne, comme la structure fondamentale
d’un exposé de théologie morale. Pour être plus
précis et pour faire écho au Concile Vatican II, la Sainte
Ecriture serait ainsi la nourriture fondamentale de la théologie
morale (2). Mieux encore, étant
donné le statut éminent de la prière du Seigneur
dans la tradition chrétienne comme la première des prières,
le Notre Père serait véritablement l’âme (3)
de la théologie morale. L’article ne permettra pas de déployer
toutes les potentialités d’une telle hypothèse. Néanmoins
quelques esquisses tenteront de convaincre le lecteur.
I. Quelques manuels
de théologie morale depuis 1945.
Commençons par voir comment ont écrit les maîtres
des cinquante dernières années (4).
Ils héritaient, eux aussi, de différentes manières
de faire. Ils ont reçu le Concile Vatican II et certains, comme
Bernhard Häring, ont réécrit complètement leur
théologie morale dans ce nouveau contexte. Il existe de nombreux
manuels qui prétendent exposer la morale chrétienne, la
théologie morale, de manière plus ou moins exhaustive. Il
ne s’agit pas ici de juger s’ils ont réussi. Il me
suffit de voir qu’ils prétendaient le faire pour les retenir
dans cette étude (5).
Si pour un certain nombre de manuels on trouve des plans originaux et
cohérents, il est frappant de voir que pour six des manuels, la
structure d’exposition repose fondamentalement sur le texte des
dix Paroles, précédé d’une réflexion
sur les actes humains, la conscience et les vertus dans un ordre que saint
Alphonse de Liguori a initié au milieu du XVIII° siècle.
Pour mémoire, faut-il rappeler que le plan de la grande théologie
morale de saint Alphonse consiste en un livre inaugural sur les actes
humains, suivi d’un second portant sur les préceptes et les
vertus théologales, prolongé d’un commentaire des
dix commandements et se concluant sur les sept sacrements.
Le texte des dix Paroles a inspiré nombre de commentaires moraux
tant par sa structure que par les thématiques qu’il permettait
de déployer. Le Christ lui-même a dû prendre position
à plusieurs reprises sur ce texte fondamental, soit pour répondre
aux questions des scribes et pharisiens, soit de sa propre initiative.
Loin de les remettre en cause, il les a assumés et articulés,
de manière très personnelle, dans un dialogue bien connu
:
« " Maître, quel est le plus grand commandement de la
Loi ? "
Jésus lui dit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout
ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà
le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable
: Tu aimeras ton prochain comme toi-même ". » Mt 22,
36-39.
Il est donc tout à fait légitime et compréhensible
que la tradition de l’Église ait retenu ce texte comme fondateur
pour la compréhension de la vie morale. Aujourd’hui encore,
le Catéchisme de l’Église catholique fait du commentaire
des dix Paroles une des deux grandes sections de sa partie morale : la
vie dans le Christ (N° 2052 à 2557). Mais on notera avec intérêt
que demeure une première section, de longueur équivalente
(N° 1691 à 2051), qui présente toute une anthropologie
ainsi que l’affirmation du soutien que l’homme peut attendre
de Dieu et de ses frères pour vivre libre et responsable, lutter
contre le péché et parvenir à la sainteté.
La transition entre les deux sections se fait par l’introduction
de la loi morale sous l’autorité de l’Église
mère et éducatrice.
Si la seconde section est structurée par le texte des dix commandements
introduit par la rencontre entre le Christ et le jeune homme riche, comment
se fait-il qu’il n’y ait pas un texte aussi fort et structurant
pour la première section ? Comment se fait-il que le texte source
de la seconde section relève du Premier Testament et non du Nouveau
Testament ? Certes, le Christ ne pouvait commenter autre chose que les
Écritures qu’il recevait de sa Tradition. Encore une fois,
le simple fait que le Christ ait assumé ce texte fondateur suffit
à lui assurer sa légitimité. Et il faut dire également
qu’il est précieux et pratique pour déployer toute
la morale spéciale. Mais les chrétiens ont aussi accès
au Nouveau Testament qui présente le Christ comme celui qui accomplit
les Écritures. Pourquoi ne pas chercher dans les Evangiles, un
texte source pour réfléchir et organiser la théologie
morale ?
Demeure donc la question : existe-t-il un texte du Nouveau Testament,
qui permettrait de gouverner l’exposition de la théologie
morale fondamentale telle qu’elle est exposée dans les premiers
chapitres des manuels des cinquante dernières années ? Dans
le premier chapitre de Veritatis splendor, Jean-Paul II reprend et développe
l’introduction de la seconde section du Catéchisme. Une telle
méthode d’exposition de la théologie morale mérite
qu’on s’y arrête.
II. Le commentaire
du « jeune homme riche » par Jean-Paul II.
En reprenant ce commentaire de Jean-Paul II, nous ne voulons pas vérifier
comment il introduit ou éclaire la seconde partie de Veritatis
splendor. Nous voulons ici nous intéresser à la méthode
et au choix du texte. Il faut reconnaître à l’auteur
de l’encyclique d’avoir voulu fonder la question de la théologie
morale sur un texte du Nouveau Testament. Il a choisi une péricope
où l’évangéliste Matthieu relate une rencontre,
un dialogue sur la question morale par excellence : « Que dois-je
faire de bon pour obtenir la vie éternelle ? ». En fait,
plus qu’un thème, cette péricope « peut constituer
une trame utile pour réentendre, de manière vivante et directe,
l’enseignement moral de Jésus » (6).
Nous le savons, ce choix méthodologique s’inscrit dans le
droit fil du Concile Vatican II où les Pères avaient souhaité
que l’Ecriture soit pour la théologie morale comme son âme.
Le souhait était global. Comment fallait-il faire ?
Le Saint Père a choisi de partir directement d’un passage
de l’Evangile. Ce qui est très remarquable au regard de la
tradition antéconciliaire où l’Écriture n’était
pas forcément, loin s’en faut, la première source
de la théologie morale. Le Pape choisit de se laisser guider par
la structure du texte et commente l’Evangile en montrant combien
il est fondateur pour l’élucidation de la question morale
fondamentale : « Que faire pour avoir la vie éternelle ?
». Si l’option téléologique est classique, la
nouveauté réside dans le fait que ce commentaire s’appuie
sur un dialogue paradigmatique.
Le premier chapitre de Veritatis splendor, une fois
introduit, est structuré par un commentaire des dix Paroles. En
ce sens le Saint Père se raccroche à une tradition bien
établie. Mais il va plus loin en rapprochant sa réflexion
des dix Paroles de la magna carta de la morale évangélique,
le Sermon sur la Montagne. La promesse de l’Ancienne Alliance, la
terre promise, est promue dans la Nouvelle Alliance en promesse du Royaume
des cieux (7). Ce rapprochement se réalise
aussi au moyen la parole du Christ qui révèle qu’il
est venu non pas abolir mais accomplir la loi (8).
Les liens entre Moïse et Jésus, nouveau Moïse, sont tout
à fait pertinents et classiques. Il ne s’agit pas non plus
de remplacer le décalogue par le Sermon sur la Montagne. Jésus
n’a-t-il pas amplement commenté dans l’Evangile ces
commandements en les ramenant au commandement de l’amour de Dieu
et du prochain ? La thèse de Jean-Paul II est de montrer qu’ils
sont inclus dans les béatitudes : « Les Béatitudes
n’ont pas comme objet propre des normes particulières de
comportement (…) elles sont avant tout des promesses, dont découlent
aussi, de manière indirecte, des indications normatives pour la
vie morale » (9). La suite du
Christ est alors présentée comme une réponse possible
si la liberté de l’homme s’articule à la grâce
et à l’appel de Dieu.
Revenons sur le lien avec le texte du Sermon sur la Montagne. Il était
impossible pour l’auteur de l’encyclique de ne pas mentionner
le Sermon sur la Montagne dans un chapitre qui traite de la question morale
en lien avec le Christ. Lui-même le présente comme la magna
carta de la morale évangélique. Dans l’encyclique,
le commentaire du jeune homme riche veut introduire l’ensemble du
traité de la théologie morale alors que dans le Catéchisme,
il introduisait surtout au texte des dix Paroles. Ce déplacement
est tout à fait remarquable. Mais alors pourquoi ne pas prendre
comme texte de référence un texte directement tiré
des trois chapitres de Matthieu (Mt 5-7) ? Il s’agit, finalement,
d’aller jusqu’au bout de l’intuition de Jean-Paul II.
Deux textes dominent le Sermon sur la Montagne : les béatitudes
et le Notre Père. Les études ne manquent pas sur chacun
de ces textes. Les bibliographies de Jacques Dupont, Jean Carmignac ou
Marcel Dumais (10) l’attestent
amplement. Les béatitudes donnent l’orientation fondamentale
de la vie humaine : le bonheur. Elles constituent le porche d’entrée
de la réflexion du Christ sur la vie humaine. Pour autant, elles
ne sont pas au centre du Sermon sur la Montagne. D’accord avec Marcel
Dumais, le Notre Père est au cœur de ces trois chapitres,
le personnage du Père étant central. C’est pourquoi,
il nous a semblé intéressant de porter sur le Notre Père
un autre regard que celui que nous lui accordons habituellement. Son statut
de « prière du Seigneur » peut aussi nous renvoyer
aux liens qu’entretiennent les hommes avec Dieu et aux liens que
les hommes entretiennent entre eux. De ce point de vue, il est légitime
de se poser la question d’une théologie morale sous-jacente
à cette prière. La prière, si elle est chrétienne,
est nécessairement humanisante. Puisque le Notre Père nous
est donné par le Seigneur, il est, non seulement possible d’y
rechercher la vision de l’homme et du chemin de son humanisation
qui s’y dessinent, mais c’est nécessaire. Il est sûrement
un lieu fondamental pour y découvrir ou redécouvrir des
repères anthropologiques et moraux.
III. Le Notre Père, âme
de la théologie morale.
Le choix du Notre Père comme texte structurant de la théologie
morale suppose toute une étude sur sa place dans l’Écriture
et le Sermon sur la Montagne en particulier. Mais plus encore, il suppose
que l’on se désapproprie de l’évidence du genre
littéraire de ce texte qui est celui de la prière. Assurément,
il s’agit bien d’une prière. L’introduction l’atteste
: « Vous donc, quand vous priez, dites : … ». Et celui
qui prononce cette prière s’adresse bien à Dieu. Mais
c’est en le regardant avec d’autres yeux qu’il prend
une dimension supplémentaire. D’ailleurs, le Catéchisme
de l’Église Catholique montre bien, dès le premier
mot du commentaire, que toute une anthropologie se déploie derrière
cette prière : « L’homme est en quête de Dieu
(11)». Or, l’anthropologie
renvoie toujours à une métaphysique et une éthique
(12).
De fait, s’intéresser au Notre Père sous l’angle
de la théologie morale, c’est manifester qu’il appartient
au corps organique de la foi et qu’il n’est pas isolé,
par son statut de prière, de l’ensemble du mystère
de la révélation. Nous pensons même qu’il est
au cœur de cet ensemble.
A. Structure
du Notre Père
La structure du Notre Père est importante
à plus d’un titre.
Ainsi il est assez facile de constater qu’il se déploie selon
le mouvement traditionnel de la loi naturelle et de la sagesse universelle
: faire le bien et s’éloigner du mal. En régime chrétien,
cela se comprend sous la forme du pèlerinage vers le Royaume du
Père et la délivrance du Malin rendue possible par la passion
du Christ. Nous verrons pourquoi, finalement, finir le traité de
théologie morale sur ce point est tout à fait fondamental.
Il est classique de reconnaître dans le Notre Père deux parties.
Il faut se garder cependant de trop les simplifier en prière de
Jésus et prière des disciples (13).
Ce serait trop réducteur. Certes, la sanctification du Nom de Dieu
et l’accomplissement de sa volonté ne peuvent se faire sans
la grâce de Dieu. Mais la grâce n’agit pas sans la participation
libre de l’homme. C’est à cette articulation que s’intéresse
en particulier la théologie morale. Quant à la seconde partie,
les demandes du pain quotidien, l’éloignement de la tentation
et la délivrance du mal peuvent tout à fait être assumés
comme prière par le Christ et l’Evangile l’atteste
amplement.
Enfin, d’accord avec Marc Philonenko, nous considérons qu’il
y a bien six demandes et non sept. Les deux dernières sont coordonnées
par un « mais » qui donne plus une articulation des deux parties
qu’une manifestation de leur autonomie relative.
B.
Esquisse d’une présentation de la théologie morale
à partir du Notre Père.
1. Notre Père
qui es aux cieux
Tout homme peut lire ou réciter ce texte. Mais c’est de l’intérieur
de la foi, lorsque le sujet la prend à son compte, que cette récitation
peut devenir prière. Or, dans la foi, nul ne peut appeler en vérité
Dieu Père si cela ne lui a pas été révélé
par le Fils et si l’Esprit ne vient l’aider à crier
Abba, Père. Cet Esprit atteste lui-même à notre esprit
que nous sommes enfant de Dieu et qu’entre nous existe une fraternité
toute particulière. Cf. Rm 8, 15-16.
D’emblée, le Notre Père s’inscrit dans le cadre
d’une théologie trinitaire. Une théologie où
Dieu se révèle comme proche et familier de l’homme
mais aussi comme distant et insaisissable.
La prière du croyant le renvoie à son origine, à
son Créateur qui a voulu le créer à son image et
à sa ressemblance. Nous savons combien il est difficile de préciser
cela. En effet, est-ce chaque être humain dans sa singularité
qui porte l’image de Dieu ou est-ce le couple : homme et femme,
il les créa. Par ailleurs, à quel « modèle
» renvoyons-nous l’image ? A Dieu ? A la Trinité ?
Sans vouloir choisir l’une des options aux dépens des autres,
on voit combien des accents différents sur l’image ou le
modèle peuvent engendrer des anthropologies différentes
et des théologies morales diversifiées. Si elles sont théologiquement
justes, ces théologies ne doivent pas se contredire. En revanche,
leur diversité manifeste le Dieu familier et insaisissable qu’est
notre Père qui est aux cieux. Ainsi, il semble légitime
et même respectueux de la Révélation elle-même
que coexistent au sein même de l’Église une certaine
diversité de théologies morales, une pluralité d’éthiques
théologiques, restant sauve leur nécessaire non contradiction.
Une autre manière de considérer l’homme à partir
de son origine est de regarder la façon dont il a été
créé. « En l’appelant à l’existence
par amour, Dieu l’a appelé en même temps à l’amour.
» (14) Cette approche consiste
à dire l’homme à travers sa vocation fondamentale
: l’amour. Là aussi, on trouvera dans l’Église
plusieurs manières d’aimer radicalement selon l’état
de vie choisi, que ce soit au sein même de la vie conjugale ou d’un
célibat assumé avec dignité.
La théologie morale trouve ici une vision de l’homme enracinée
dans le mystère de la Révélation. C’est pour
cet homme qu’elle devra mettre en œuvre toutes ses ressources.
2. Sur la
terre comme au ciel…
Exprimons deux remarques avant de commenter les trois premières
demandes. En premier lieu, depuis Origène, « sur la terre
comme au ciel » se comprend pour les trois demandes de manière
distributive. Le plan choisi le manifeste plus facilement pour la langue
française. Ensuite, il faut rappeler que les verbes des trois demandes
sont à comprendre comme des passifs divins où Dieu est le
réalisateur principal de la demande. Cependant, chacun sait que
Dieu a délibérément voulu ne rien faire pour l’homme
sans son libre consentement. Dans cette participation, la théologie
morale trouve toute sa place.
a.
que ton Nom soit sanctifié,
Dès le début de la prière, l’adresse nous tourne
vers le Père. La première demande redouble cette orientation.
La sanctification qui se comprend aussi comme la glorification du Nom
de Dieu ne peut venir que de lui-même. Comment l’homme pourrait
apporter quoi que ce soit à la gloire ou à la sainteté
de son Dieu ? Cependant, il est possible qu’elle se manifeste en
lui et c’est bien de cela dont il s’agit.
Les exégètes nous apprennent que « la Bible et le
judaïsme ont deux manières de sanctifier Dieu : les rabbins
invitent les fidèles à sanctifier Dieu par l’obéissance
aux commandements et la reconnaissance de l’autorité de Dieu.
Les prophètes annoncent que Dieu va se sanctifier en se manifestant
comme le juste Juge et le Sauveur aux yeux de toutes les nations ».
(15) Le nouveau Testament n’est
pas en reste sur ce thème. « Glorifiez Dieu dans votre corps
» (1 Co 6, 20) nous dit saint Paul. Il n’hésite pas
non plus, avec Tite son compagnon, à présenter aux chrétiens
de Corinthe la grande quête de solidarité au profit de la
communauté de Jérusalem comme un « service que nous
entreprenons pour la gloire de Dieu lui-même » (2 Co 8, 19).
Enfin mentionnons une des phrases les plus célèbres dans
patristique : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant
et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu » (16)?
Il est donc juste de dire que la vie morale de l’homme est comprise
depuis les débuts de la vie chrétienne comme le lieu où
Dieu manifeste sa gloire. Et il faudrait se garder de croire que cette
gloire se manifestera uniquement au jour du jugement dernier. Prier le
Notre Père renvoie l’homme à la dignité de
sa vie quotidienne où Dieu peut trouver sa gloire lorsque l’homme
se laisse animer par les sentiments qui étaient en Christ. «
L’agir de l’homme ne produit donc pas le salut, mais il en
est le fruit » (17).
La liturgie et la morale entretiennent ici des liens particuliers. L’une
et l’autre relèvent de l’action, l’une et l’autre
veulent manifester la gloire de Dieu. La liturgie « est le sommet
auquel tend toute l’action de l’Église et la source
d’où découle toute sa vertu » (18).
Si l’action de l’Église n’est pas réductible
aux seules activités morales, ces dernières n’en sont
pas moins constitutives. L’eucharistie est le modèle éminent
de la liturgie. Or si, en communiant au corps livré pour nous,
nous recevons ce que nous sommes, comment ne pas voir qu’une participation
sincère au repas du Seigneur ne nous conduit pas à notre
tour à livrer notre corps et à mettre notre vie au service
de la vie nos frères ?
L’articulation entre la morale et la liturgie peut encore s’entendre
sous la forme bien connue d’une autonomie qui se reçoit de
la théonomie et qui ne trouve son sens plénier que dans
le lien vivant qu’elle maintient avec son origine.
La théologie morale trouve ici une compréhension globale
des actes humains comme profondément articulés au Créateur.
b.
que ton Règne arrive,
La seconde demande tourne le disciple vers son avenir dans lequel Jésus
l’invite à attendre la venue du Règne ou du Royaume
de Dieu. L’homme n’a pas à construire le Royaume de
Dieu. Le royaume vient, agit de multiples manières, il est présent
en la personne du Christ au milieu de nous, il appartient déjà
aux pauvres de cœur et aux persécutés pour la justice.
L’Evangile nous le présente comme désirable, comme
une bénédiction, comme ce pour quoi il vaut la peine de
tout dépenser pour l’obtenir. Il est la finalité de
notre vie. De ce point de vue, nous pouvons dire que la vie chrétienne
relève fondamentalement d’une téléologie. L’attente
active du Règne de Dieu ne peut se faire durablement sans les vertus
théologales, de la foi, de l’espérance et de la charité.
Si la porte d’entrée de la vie chrétienne concrète
s’inscrit dans une morale des vertus, on ne peut supprimer la loi
et les commandements pour autant. Nous savons que la maison du disciple
résiste à toutes les tempêtes parce qu’il a
entendu les paroles de son Seigneur et qu’il les a mises en pratique.
Le Notre Père inscrit résolument la morale chrétienne
dans l’univers des vertus mais la venue du Règne rappelle
aussi combien elles doivent être articulées au double commandement
de l’amour du Royaume de Dieu.
La théologie morale ne peut éviter de s’affronter
à la fameuse problématique qui semble opposer le Règne
de Dieu et la liberté du croyant. Est-ce que la venue du Règne
de Dieu diminue ou accroît la liberté des hommes ? Nous rejoignons
volontiers l’approche qu’en a faite Servais Pinckaers (19)
à travers l’opposition qu’il relève entre saint
Thomas d’Aquin et Guillaume d’Ockham, entre la liberté
de qualité et la liberté d’indifférence. La
liberté de qualité ne se comprend pas d’abord comme
un état natif qui permettrait à l’homme de pouvoir
choisir entre le bien et le mal mais bien comme le résultat d’une
libération obtenue par son Seigneur. A ce titre, plus le croyant
consent à faire dépendre sa vie du Règne qui vient
et plus il est libre. Le péché, dont nous reparlerons plus
loin, se comprend alors non plus comme l’objet d’un choix
libre mais bien comme une déficience de la liberté.
La théologie morale se comprend ici dans une perspective téléologique
et entretient avec l’éthique des vertus une relation privilégiée.
Elle doit aussi défendre une juste compréhension de la liberté.
c. que ta
Volonté soit faite.
La mauvaise compréhension de cette troisième demande est
souvent la cause de bien des souffrances chez le croyant et la source
d’accusations injustifiées contre Dieu lui-même. Beaucoup
pensent qu’en disant cela, ils demandent à accepter ce qui
est arrivé, ce qui vient d’arriver, comme étant la
volonté de Dieu. Or, passer de l’acceptation du réel
à la compréhension que l’événement était
voulu par Dieu lui-même n’est pas qu’une affaire de
nuances.
Soulignons que le subjonctif oriente la prière vers un futur proche.
La demande peut être traduite de la façon suivante : comment,
dans les événements douloureux ou heureux que je vis aujourd’hui,
puis-je connaître la volonté de Dieu et comment peut-il la
réaliser en moi ? La question peut être posée en «
nous ». Il n’y a pas de raison de cantonner le discernement
de la volonté de Dieu à une activité purement personnelle.
La théologie morale doit donc montrer comment il est possible à
l’homme de connaître cette volonté, de la discerner.
Le moraliste constate alors que les méthodes de discernement spirituel
et moral ne sont pas si éloignées que cela et qu’elles
ont à recevoir l’une de l’autre. Ensuite, si nous voulons
respecter le passif divin des trois premières demandes, il faut
se demander comment Dieu peut accomplir sa volonté en chacun de
nous ? Cela renvoie à la question de la grâce actuelle de
Dieu et de son mode d’action dans le cœur de l’homme.
Depuis les Pères de l’Église, le débat porte
sur ce que peut la grâce de Dieu et quelle est la participation
de l’homme dans l’accomplissement de la volonté de
Dieu en lui. L’homme ne peut rien sans la grâce de Dieu et
Dieu ne veut rien faire sans le libre consentement de l’homme. Rappelons
avec la tradition la plus classique que la grâce éclaire
l’intelligence et oriente la volonté à faire le bien.
Ainsi donc, demander à ce que la volonté de Dieu soit faite,
c’est demander de connaître le bien qui est à faire
dans une situation souvent complexe et d’avoir le courage d’accomplir
ce bien et d’éviter le mal. La recherche de la volonté
de Dieu ne pourra se vivre en dehors d’une conscience morale droite.
Le goût pour le bien qui est inscrit dans le cœur de tout homme
est le moteur principal de cette recherche.
La théologie morale pour être respectueuse de la collaboration
que Dieu veut vivre avec sa créature doit particulièrement
travailler la question du discernement et de la capacité concrète
de l’homme à connaître et accomplir la volonté
de Dieu. Elle doit pour cela approfondir en détail le champ de
la conscience morale.
3. Donne-nous
aujourd’hui notre pain de ce jour.
Deux questions surgissent lorsque l’on prononce cette demande. Pourquoi
cette demande du pain ? Pourquoi n’y a-t-il pas, comme pour la demande
de pardon, l’exigence du signe du partage entre nous de ce pain
pour pouvoir le demander aussi à Dieu ?
Il faut se rappeler que la première mention du pain dans l’Écriture
est faite lors du péché d’Adam et Eve : « A
la sueur de ton visage tu mangeras ton pain » Gn 3, 19. Autrement
dit, la demande du pain quotidien renvoie à la grande question
de la vie et de la mort, la mort qui a été engendrée
par le péché. Comme le suggère Isaïe, le don
du pain permet d’affronter l’angoisse à laquelle est
affronté l’homme en face de sa mort : « Dans l’angoisse,
le Seigneur te donnera du pain, et de l’eau dans ta détresse
». Is 30, 29.
La demande du pain renvoie donc à l’angoisse de la mort et
au péché. N’est-il pas vrai que nous allons au péché
parce que nous avons peur de mourir ? Le problème de traduction
suscité par epiousion, et très largement commenté,
ouvre à une double interprétation. La demande peut être
comprise sous le double registre du pain pour la vie quotidienne et du
pain de l’eucharistie. Le pain quotidien permet de reculer l’heure
de la mort. L’eucharistie permet de l’affronter au jour le
jour et de la traverser.
La théologie morale trouve ici tout l’espace nécessaire
pour traiter de cette importante question du mal et du péché,
du mystère qu’ils représentent pour l’homme
lui-même et de ses conséquences sur ses frères et
sur lui-même. Dans ce combat, l’homme n’est pas livré
à lui-même. Il peut compter sur l’aide originale de
l’Église, en particulier, par le moyen des sacrements.
4. Pardonne-nous
nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés
Après l’expérience du péché, il est
assez logique de voir venir la question du pardon et de la miséricorde.
On notera que c’est le seul acte éthique du Notre Père
où une réciprocité est exigée entre les frères.
Ensuite, remarquons l’exigence extrême que Jésus concernant
cette demande. En effet, le seul commentaire qu’il fait de la prière
qu’il enseigne à ses disciples porte uniquement sur cette
demande pour bien nous faire entendre qu’il en va de notre salut
que de vivre ou non le pardon entre nous. (Mt 6, 14-15).
Ces deux observations nous conduisent à conclure que nous avons
dans la miséricorde entre les frères l’acte éthique
par excellence. A part le Notre Père et la reprise qu’en
fait le Christ, la miséricorde est encore mentionnée deux
fois dans le Sermon sur la Montagne. Dans les béatitudes et dans
la geste du Père à l’égard des pécheurs.
Le pardon est probablement l’acte éthique qui revient le
plus souvent dans les Evangiles. Il est aussi l’un des derniers
actes du Christ sur la croix tant en priant pour nous qu’en accueillant
avec bienveillance la repentance du bon larron. (Lc 24, 34-43).
Le pardon, que l’on donne ou que l’on reçoit, a fait
l’objet de nombreuses études ces derniers temps. Le premier
lieu où il se vit, où on apprend à le vivre, c’est
la famille. De ce point de vue, c’est probablement l’acte
éthique le plus universel qui soit. Il n’est pas de culture
qui puisse se passer de l’apprentissage du pardon. L’expérience
de la miséricorde est universelle. Si l’on revient à
l’unique commentaire du Christ sur le Notre Père, il devient
possible de considérer que le salut des païens comme celui
des croyants se cristallise dans cet acte qui nous identifie le plus au
Christ. Parce que nous aurons expérimenté entre nous la
libération et la vie qu’engendre le pardon entre les frères,
nous n’aurons pas peur du pardon que Dieu nous proposera au dernier
jour. Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde.
Sans doute est-ce parce que le pardon est l’acte le plus difficile
qui soit et qu’il est en même temps le plus essentiel à
notre vie quotidienne et à notre salut que le Christ lui réserve
tant d’attention.
Notons enfin, qu’il y a aujourd’hui de véritables efforts
pour faire sortir le pardon de la seule sphère des relations interpersonnelles
afin de le faire entrer aussi dans les réalités sociales
et politiques.
La théologie morale devra s’investir particulièrement
sur cette partie car c’est sans doute dans le pardon quotidien que
se construisent ou se détruisent la plupart des relations humaines.
5. Ne nous
laisse pas entrer en tentation mais délivre-nous du Malin.
La structure du Notre Père, nous l’avons déjà
dit, commence par nous tourner vers Dieu et s’achève sur
la demande à être délivré du Malin. Le Christ
qui nous donne cette prière est celui qui expérimente que
bien que soumis à la tentation, la chute n’était pas
inévitable. Par sa passion, il nous annonce que nous sommes délivré
du Malin car il a été battu. En effet, si le Tentateur avait
pu faire plus pour entraîner le Christ à nier la beauté
de l’humanité face à l’angoisse de la mort,
soit en se sortant des difficultés de la vie humaine en «
profitant » de sa divinité, soit en péchant, il l’aurait
fait. Il est primordial de savoir si la façon dont le Christ nous
délivre du mal nous est accessible ou pas. Sinon notre foi est
vaine.
La tentation dont il s’agit dans la sixième demande renvoie
aux tentations que dut subir le Christ poussé au désert
par l’Esprit, immédiatement après son baptême.
Comment a-t-il pu résister aux tentations ? Comment a-t-il été
fidèle à sa vocation d’homme jusqu’au bout ?
Les tentations sont d’ordre multiple pour le Christ : elles tentent
d’opposer les deux natures du Christ, de pervertir le sens de l’Écriture,
de faire du corps un absolu, de dévoyer le rapport de l’homme
à son Dieu en le faisant tentateur à son tour, de l’aveugler
par les pouvoirs et les richesses. Si l’on considère les
trois attitudes qui encadrent le Notre Père que sont l’aumône,
la prière et le jeûne, il me semble qu’il y a là
trois lieux fondamentaux qui ont permis au Christ de se décentrer
de lui-même et de ne pas sombrer dans les pièges de la sensualité,
de l’égoïsme et de l’orgueil.
Si le Christ a résisté, c’est parce que, investi de
la confiance de son Père, il est un croyant qui prie, qui jeûne
et qui fait l’aumône, c’est-à-dire, qui est décentré
de lui-même. De ce point de vue, la morale évangélique
est vraiment à notre portée. Trop d’auteurs ont présenté
la morale évangélique comme un idéal inaccessible,
tout juste prétexte à expérimenter la miséricorde
d’un Dieu – qui serait alors pervers – face aux inévitables
échecs auxquels nous serions envoyés. En Christ, à
sa suite, il est possible d’accueillir le Sermon sur la Montagne
comme une bonne nouvelle pour nous.
La théologie morale est ici convoquée à montrer la
faisabilité concrète de la morale évangélique,
en particulier en l’inscrivant dans le cadre de la loi de gradualité.
Désormais, il nous est vraiment permis d’espérer.
Cette espérance ne se porte pas seulement sur une vie après
la vie mais bien sur le quotidien de chaque jour. Le Notre Père
est la prière humanisante par excellence qui nous inscrit dans
le sens de notre vie et nous en révèle la possibilité
concrète. Cela suppose que nous acceptions de persévérer
dans la prière, dans l’esprit des béatitudes et en
particulier de la première qui nous dit « heureux les pauvres
de cœur, le Royaume des cieux est à eux ».
Conclusions.
Nous pensons avoir montré que le Notre Père peut être
une source fondamentale pour la théologie morale. Il reste qu’un
tel parcours renvoie à une discussion portant sur les liens qu’il
faut ou non tenir entre la spiritualité et la morale, le discernement
éthique et le discernement spirituel. Longtemps il parut tout à
fait incongru de rapprocher ces deux disciplines, chacune ayant son autonomie
et ses traditions (20). Notre proposition
qui reçoit la prière du Notre Père comme la source
fondamentale de la théologie morale manifeste combien les disciplines
de la théologie sont profondément liées entre elles
et que nous gagnons à cultiver ces rapprochements. Il serait intéressant,
par exemple, de relire le livre des exercices spirituels de saint Ignace
avec les yeux de la philosophie et de la théologie morale.
La méthode utilisée pour cet article, qui consiste à
faire d’un texte de l’Écriture le plan ou la structure
d’une réflexion théologique, mériterait sûrement
d’être approfondie dans deux directions au moins. La première
consiste à se rappeler qu’une structure peut engendrer plusieurs
commentaires différents et qu’à ce titre elle ne bloque
pas la réflexion mais l’ouvre. Tous les commentaires des
dix commandements ne se ressemblent pas. L’arbre des vertus ne se
déploie pas toujours de la même façon selon les auteurs.
Certainement que le Notre Père pourrait engendrer des commentaires
différents et sans doute plus riches que celui qui a été
esquissé ici. La seconde renvoie à une recherche d’autres
textes, évangéliques en particulier, dont la structure pourrait
initier d’autres réflexions de ce type. Il n’y a sûrement
pas que le dialogue avec le jeune homme riche et la prière du Seigneur
qui soient capables d’initier des réflexions d’ordre
moral. Les exégètes, avec leurs différentes méthodes,
sont familiers de la recherche de ces structures signifiantes et les collaborations,
en particulier dans les colloques, ne sont pas rares. Bien des articles
montrent les résultats de cette interdisciplinarité. Xavier
Thévenot (21) nous avait déjà
montré la voie en commentant le récit du péché
d’Adam et Eve comme une « décréation »
et celui des pèlerins d’Emmaüs comme une recréation
à travers la structure même de ces textes.
Il faut aussi noter l’intérêt pédagogique d’une
telle méthode. Une prière, un récit, sont des plans
faciles à retenir. N’est-ce pas d’ailleurs l’option
des évêques de France qui proposent la structure de la liturgie
pascale pour « aller au cœur de la foi » ?
Enfin, cette méthode de réflexion théologique est
bien différente de celle qui consiste à « illustrer
» une réflexion théologique de citations de l’Écriture.
Il faudrait encore réfléchir si le choix d’un texte
évangélique est simplement une manière de trier des
connaissances acquises autrement ou si ce texte oblige à une mise
en ordre telle de la pensée théologique que celle-ci se
trouve en partie renouvelée. Nous ne sortirons sans doute jamais
de cette ambiguïté. Il semble, néanmoins, que choisir
un texte convie le théologien moraliste à une rigueur qui
ne vient pas de lui et, par conséquent, à faire de son travail
une réponse plus « objective » aux appels des Pères
du Concile Vatican II à faire de l’Écriture l’âme
de sa théologie.
© P. Bruno Feillet
Séminaire de Lille, Décembre 2004.
Notes de bas de page
1. L’Institut
de Formation des Educateurs du Clergé.
2. « On s'appliquera, avec un
soin spécial, à perfectionner la théologie morale
dont la présentation scientifique, plus nourrie de la doctrine
de la Sainte Ecriture, mettra en lumière la grandeur de la vocation
des fidèles dans le Christ et leur obligation de porter du fruit
dans la charité pour la vie du monde. » OT 16.
3. « On mettra un soin particulier
à enseigner aux séminaristes l’Écriture Sainte,
qui doit être comme l’âme de toute la théologie.
» OT 16. Voir aussi DV 24.
4. La Theologia moralis de
saint Alphonse de Liguori, ed. Gaude, (1905) ; la théologie morale
de Jean-Benoît Vitrant (25° édition en 1953) ; La loi
du Christ de Bernhard Häring (1955) mais aussi sa seconde synthèse
réalisée après le Concile Vatican II, Libres dans
le Christ (1979) ; Le quatrième tome à propos de l’éthique
dans la collection Initiation à la pratique de la théologie
(1983) ; Les chrétiens et leur vision de l’homme dans le
manuel de théologie de Marcel Neusch (1985) ; Pour une redécouverte
de la morale de Théodule Rey-Mermet (1985) ; L’abrégé
de la morale catholique de Jean-Marie Aubert (1987) ; La morale…
tout simplement d’André Barral-Baron (1992) ; Le catéchisme
de l’Église catholique (1992) ; le précis de théologie
morale de Jean-Louis Bruguès (1994-2003).
5. Il est possible que tous les auteurs
ne retrouveront pas leur ouvrage dans la liste ci-dessus. Cet article
n’est pas une thèse et ne vise pas à l’exhaustivité.
Il présente plus une méthode de recherche et quelques aspects
de sa mise en œuvre.
6. Jean-Paul II, Veritatis splendor,
1993, N°6.
7. Jean-Paul II, Veritatis splendor,
1993, N°12.
8. Jean-Paul II, Veritatis splendor,
1993, N°15.
9. Jean-Paul II, Veritatis splendor,
1993, N°16.
10. Jacques DUPONT, Les béatitudes,
tome 1 et 2, Gabalda, Paris, 1969. Jean CARMIGNAC, Recherces sur le «
Notre Père », Letouzey et Ané, Paris, 1969. Marcel
DUMAIS, Le Sermon sur la Montagne. Etat de la recherche, interprétation,
bibliographie, Letouzey et Ané, Paris, 1995.
11. CEC, N° 2566.
12. « L'éthique que l'on
attend implique et présuppose une anthropologie philosophique et
une métaphysique du bien » Fides et ratio, N° 98.
13. Cf. Marc PHILONENKO, Le Notre
Père, de la prière de Jésus à la prière
des disciples, Gallimard, Paris, 2001.
14. Familiaris Consortio N° 11.
15. Mt 6, 9b. Note x de la TOB.
16. Saint IRENEE, Contre les hérésies.
Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, Trad.
Adelin Rousseau, Cerf, Paris, 1985, p. 474.
17. Xavier LEON-DUFOUR, Agir selon
l’Evangile, Editions du Seuil, Paris, 2002, p.108.
18. Vatican II, Sacrosanctum Concilium,
N°10.
19. Servais PINCKAERS op, Les sources
de la morale chrétienne. Sa méthode, son contenu, son histoire,
Editions Universitaires Fribourg, Suisse ; Editions du Cerf, Paris, 1993.
20. L’histoire du titre de la
Revue d’Ethique et de Théologie Morale l’atteste amplement.
21. Xavier THEVENOT, Les péchés,
que peut-on en dire ? Salvator, Mulhouse, 1987.
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