Ethique ou morale ?

Éthique et morale. Ces deux mots sont-ils équivalents ? Cela dépend en fait des écoles et des habitudes acquises.

Nous trouvons ces deux concepts dans la langue ordinaire mais aussi dans les manuels des spécialistes. Cela dépend des écoles et des habitudes. Ne dit-on pas faire la morale à quelqu'un ? Alors qu'on ne fait pas l'éthique à quelqu'un. En revanche on fait aussi bien de la morale que de l'éthique.

Bien sûr morale vient de la langue latine et éthique provient de la langue grecque. A l'origine ces deux mots désignent exactement la même chose : la réflexion sur les comportements humains. Mais forts de ces deux mots les spécialistes n'ont pas hésité, en les distinguant, à apporter des nuances et des précisions dans leurs réflexions.

 

Dans la langue ordinaire

Dans la langue de tous les jours éthique et morale ont un sens voisin. Ce qui les distingue, c'est l'univers de pensée qui est associé à chaque mot.

 

Ainsi à morale est associé "faire la morale" c'est-à-dire donner des leçons ou encore faire la leçon à quelqu'un. Bref ! au mot de morale, est associé essentiellement dans l'imaginaire collectif l'idée de loi. D'une certaine manière, la morale est alors réduite à une activité du genre "rappel à l'ordre", à l'ordre moral bien sûr.


En revanche, si vous utilisez le mot éthique, ou mieux si vous vous présentez comme éthicien, tout de suite cela fait sérieux. Ethique rime avec scientifique. Le mot éthique n'a pas l'ancienneté qu'a celui de morale. Il a donc encore pour lui une certaine connotation de rigueur, de nouveauté mais aussi de distance par rapport à l'attitude moralisante. Ethique est souvent associée au monde professionnel et technique : éthique des affaires, bioéthique, éthique sportive, ...

 

Pourtant, tant la morale que l'éthique traitent de toutes les questions suivantes : "Que dois-je faire ? Que dois-je faire pour bien faire ? Que dois-je, que puis-je faire pour être heureux ? Que pouvons-nous faire pour être heureux ensemble ? Que pouvons-nous faire pour être heureux ensemble, nous qui sommes chrétiens ?" Chacun l'aura compris, la question éthique ou morale concerne l'agir quotidien et les outils pour obtenir la réponse à la question "Que dois-je faire ?" dépendent non seulement du contexte mais aussi des valeurs des personnes qui mettent en oeuvre leur discernement ainsi que de certaines valeurs que l'on peut qualifier d'universelles et qui sont reconnues dans la déclaration des droits de l'homme de 1948 par exemple.

 

Chez les spécialistes

Les "spécialistes", quant à eux sont bien sûr plus nuancés. En effet, la réflexion sur l'agir humain comme aide à la décision pratique et concrète, comme outil de relecture de ce qui vient d'être vécu est un domaine très vaste. Cette réflexion ne date pas d'aujourd'hui. Il y a donc une très longue tradition qui remonte sans doute à l'origine même de l'humanité sur la manière de répondre à la question "que dois-je faire ?" Sans devoir tout dire ici, il est assez facile de repérer ainsi des domaines très généraux et théoriques et d'autres très pratiques et concrets.

Les questions portant sur les principes, les valeurs universelles, les vertus, le rapport à la loi, la place du temps, la capacité de croissance et de progrès de l'être humain, l'acceptation ou non d'un créateur de l'univers, ... sont des questions fondamentales.

 

Il existe aussi des questions très concrètes qui ne prennent leur sens que dans la singularité des situations. Ainsi ce qui relève des domaines très particuliers des activités humaines : le travail, la vie familiale, le sport, les affaires, ...

Bien sûr, tout le travail des "spécialistes" est de savoir articuler les grands principes avec les situations concrètes dans lesquelles chacun est impliqué. Les écoles sont très nombreuses et la façon d'user du vocabulaire et de répondre à la question "que dois-je faire ?" et propre à chacune. Aussi, l'important n'est pas d'abord quel est le vocabulaire que l'on utilise que la rigueur d'utilisation des mots afin que le lecteur soit aidé par la cohérence de la pensée. C'est donc d'abord à cela qu'il faut faire attention lorsque l'on lit des textes à propos de morale ou d'éthique.

 

Pour des raisons de simplifications, voici trois manières d'utiliser le vocabulaire. On parle aujourd'hui volontiers de philosophie morale, d'éthique philosophique et d'éthique procédurale.

 

La philosophie morale

C'est sans doute l'expression la plus ancienne et la plus traditionnelle. Son objet consiste à étudier les grands principes qui permettront de dire à quelles conditions un acte moral pourra être bon ou juste. Lorsque son travail s'attardera aux domaines plus concrets et spécialisés, les auteurs parleront volontiers des éthiques particulières. Notez le pluriel. Ainsi on connaît l'éthique des affaires, l'éthique sportive et la bioéthique, sans doute la plus connue aujourd'hui. La déontologie est ici un synonyme des éthiques particulières. On parle alors de code de déontologie c'est-à-dire des manières concrètes de faire dans une profession particulière (avocat, médecin, commercial, ...). Le code de déontologie le plus ancien et le plus célèbre est celui du médecin Hipocrate.

 

Chez les chrétiens, les catholiques sont plus familiarisés avec cette approche. Ils font de la philosophie morale ou de la théologie morale selon les appuis de leur réflexion. Mais ils gardent un faible pour le terme de morale qui a pour lui une longue et riche histoire.

 

L'éthique philosophique

Ici, l'usage du vocabulaire est inversé par rapport au paragraphe précédent. Le domaine de l'éthique sera celui des grands principes et on parlera de morale dans les affaires...

 

Si l'usage du vocabulaire diffère, sans doute pour des raisons plus affectives que théoriques, les partisans de la philosophie morale et ceux de l'éthique philosophique partagent souvent les même méthodes de recherche et dialoguent sans trop de difficultés ensemble dans les colloques. Parmi les chrétiens, ce sont les protestants qui utilisent le plus volontiers les expressions d'éthique philosophique ou théologique.

 

Toutes ces différences ne sont pas d'ailleurs à couper au couteau. L'important est la cohérence dans l'usage des mots.

 

L'éthique procédurale

 La seconde moitié du XX° siècle a fait l'expérience de la pluralité des manières de vivre. Parfois, cette pluralité était si diverse que toutes les options n'étaient pas compatibles entre elles. C'est ainsi qu'une école allemande a développé une approche nouvelle de la réflexion morale. Puisqu'il n'était pas possible de se mettre d'accord a priori sur des grands principes ou des valeurs que l'on tiendrait en commun, une méthode de procédure a été mise au point.

 

L'éthique procédurale, pour faire très bref, consiste à insister sur la qualité de l'établissement des lois morales et non pas sur la loi morale elle-même. Ainsi, on pourra dire qu'une norme ou une loi morale sera bonne si elle a été élaborée selon des critères éthiques précis. La procédure est ici plus importante que le résultat. On perçoit assez vite le danger d'une telle approche qui risque de nier certaines valeurs que beaucoup considèrent comme universelles, puisque, a priori, il n'y a plus d'universel dans cette théorie sinon la capacité rationnelle de l'homme.

 

Même si elle n'est pas sans risque, cette approche a permis de résoudre un certain nombre de problèmes. Ainsi les comités d'éthique dans les hôpitaux se sont d'abord inspirés de cette méthode parce que les membres des comités étaient de sensibilités philosophiques et spirituelles très diverses. Mais en général, l'éthique procédurale n'est jamais utilisée de façon pure et toujours interviennent aussi de grands principes comme l'universalisation de telle attitude ou l'instrumentalisation de la personne humaine ou non, ...
 

Sur ce site

 Nous sommes plus familiers avec la première approche. C'est pourquoi les grands thèmes relèveront de la morale tandis que les domaines particuliers relèveront, quant à eux, de l'éthique. Au lecteur de voir, de lire si nous sommes cohérents avec nos propres critères.

 

© Bruno Feillet