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INTRODUCTION
I. Culpabilité, échec, faute, péché
les limites de l’homme.
A. La culpabilité.
B. L’erreur, la faute.
C. Le péché : une notion théologique
II. Les signes du péché et leur ambiguïté
A. Les transgressions.
B. Une forme très subtile de la transgression
: l’épikie.
C. La matière objective du péché.
A. Passer du remords au regret.
B. Passer des scrupules à la confiance
en Dieu
IV. Lutter contre le péché et la
tentation
V. Le pardon
A. Ce que n’est pas le pardon
B. Ce qu’est le pardon, ce qu’il peut être.

INTRODUCTION
Dans les mise en pratique de nos vertus,
dans la quête du bien que nous comprenons comme devant être
poursuivi, dans l’évitement du mal, nous faisons l’expérience
de l’échec. comment se vit-il, comment se résout-il ? Cette
question nous pouvons aussi la poser à propops de la résussite
dans nos actions. Voici un petit tableau qui peut suggérer quelques
attitudes personnelles et sociales.
| Dimensions
anthropologiques |
Au
niveau relationnel |
Echec
de la responsabilité |
Pour
vivre l’échec |
Réussite
dans la responsabilité |
Pour
vivre le succès |
| Psychologique |
De soi à
soi |
Culpabilité
|
Humour |
Estime de soi |
Humilité
|
| Morale |
De soi aux autres
et soi-même comme un autre |
Faute (honte) |
Peine, blâme,
réparation |
Eloge |
Modestie |
| Spirituelle |
De soi à
Dieu |
Péché
|
Pardon |
Sainteté
|
Prière de
louanges |
Evidemment, mais est-ce vraiment de l'ordre de l'évidence,
chacun aura à coeur d'articuler ces divers éléments
car ils agissent les uns sur les autres.

Culpabilité, échec,
faute, péché les limites de l’homme.
En commençant ce cours, J’avais rappelé
qu’après nous être équipés, nous tâcherions
tant que faire se peut de nous mettre concrètement à la
suite du Christ. C’est ce tant que faire se peut que je veux honorer
maintenant et qui fait écho aux nombreuses limites de l’homme.
Limites dont il n’est pas toujours responsable mais limites qui portent
la marque de sa responsabilité aussi.

La culpabilité.
Nous avons tous fait l’expérience concrète
d’une différence entre ce que nous voulions et désirions
atteindre comme objectif et ce que nous avons réellement atteint.
Parce que nous nous sentions responsable de nos actes, c’est-à-dire
pas complètement déterminé par les contextes et
la biologie, nous avons éprouvé, parfois, une culpabilité.
Culpabilité dont l’origine est très complexe mais qui
lorsqu’elle est consciente s’exprime comme une morsure intérieure
devant le constat de la distance entre le moi idéal (que je pensais
mettre en oeuvre) et le moi réel que je suis bien obligé
de reconnaître (et qui n’est pas si efficace que ça). Bref !
ma statue s’effondre, ou du moins se lézarde.
Tout d’abord rappelons-nous que ce sentiment de
culpabilité est structurant de toute psychologie humaine. Aurait
de graves problèmes relationnels toute personne qui n’éprouverait
jamais de sentiment de culpabilité.
Mais lorsqu’il y a culpabilité, il peut y
avoir bonne et mauvaise culpabilité. La mauvaise culpabilité,
la culpabilité que l’on pourrait appeler pathologique est celle
qui nous enfermerait complètement sur nous-mêmes avec un
goût mortifère. Elle est en général disproportionnée
au regard de ce qui a été effectivement vécu. Par
exemple on rate son permis de conduire à un point la première
fois et on pense que le monde s’effondre, que la vie ne vaut plus la
peine d’être vécue, que tout devient insensé. Parfois
même l’imaginaire s’en mêle et gonfle l’événement
jusqu’à vous faire croire que vous êtes victime de persécutions...
La bonne culpabilité, en revanche, est là
comme un signal avertisseur. Cet avertisseur est actionné par
ce que Sigmund Freud appelle dans sa deuxième topique le surmoi.
Le surmoi pour parler en termes psychanalytiques, c’est l’autorité
parentale introjectée. C’est-à-dire toutes ces lois et
préceptes que nous avons intégrées autour de notre
enfance, en priorité en provenance de nos parents, mais aussi
en provenance de toute instance tenant lieu d’autorité parentale
comme peut être compris une religion, des enseignants... Bref!
nous avons intégrés un certain nombre de lois régissant
les comportements humains, la bienséance, le vivre ensemble et
voilà qu’une transgression (en action ou par omission) Vient
de se produire. Nous éprouvons une culpabilité, nous nous
sentons coupables et nous cherchons plus ou moins consciemment à
réparer.
Cette culpabilité peut si elle se vit toujours
à l’intérieur de soi-même peut survenir lors d’un
échec vis-à-vis de soi-même, des autres ou de Dieu.
Cet échec, ce que nous vivons comme tel,
n’est pas toujours une faute moral ou un péché. Ainsi
le cas du vase renversé pour sauver un enfant... ou la femme
qui demande le sacrement du pardon pour ne pas avoir été
à la messe parce qu’elle soignait son fils fort malade, ...
La culpabilité est comme un feu rouge qui
se met à clignoter lorsqu’un train va passer sur un passage à
niveau. Mais si vous vous souvenez, il arrive que le feu clignote mais
que le train ne passe pas toujours. Simplement les manoeuvres dans la
gare toute proche avaient déclenché le système
de sécurité. Une culpabilité n’est donc pas toujours
le signe d’une faute ou d’un péché.
Dans ces cas là, l’humour est sans doute
un des chemins les plus efficaces pour traverser nos culpabilités
de manière la plus humanisante possible.

L’erreur, la faute.
Il faut bien distinguer ces deux notions. L’erreur
n’implique pas a priori la notion de responsabilité morale dans
le sens ou le volontaire n’est pas impliqué. Du moins à
première vue. Le volontaire pourrait être impliqué
dans le manque d’attention et d’application mais il ne se trouve pas
dans l’intention.
La faute morale, quant à elle met en oeuvre
toutes les facultés de l’homme à savoir sa conscience,
sa liberté et sa pleine connaissance de la transgression qu’il
est en train de commettre. La faute morale qui peut se vivre contre
soi-même s’entend spécialement contre les autres et la
nature qui nous est commune. C’est ici que se met en branle toute la
justice sociale. La résolution de la faute passe par la punition,
la peine, le blâme et quand c’est possible par la réparation.
Ce sont là les sanctions ordinaires lorsque 1’on a failli à
sa responsabilité.

Le péché : une
notion théologique
Le péché est avant tout une notion
théologique. Les païens, de leur point de vue commettent
des fautes morales mais pas de péché. Le péché,
c’est un acte de foi et comme le disent Xavier Thévenot et beaucoup
de moralistes et de théologiens chrétiens, le péché
est objet de révélation. Eh oui ! C’est Dieu qui nous
révèle notre péché et non la loi qui ne
révèle que nos fautes.
Prenons, avec Xavier Thévenot, le récit
d’Adam et Eve et de leur transgression en Gn 2-3. Leur péché
est bien directement une prise de position contre Dieu lui-même.
En mangeant du fruit de l’arbre, ils manifestent par là qu’ils
veulent être comme des dieux et dans le même mouvement affirment
que Dieu, par l’interdit, voulait les maintenir dans un état
inférieur. Bref ! ils accusent Dieu d’être un pervers.
La conséquence de ce voeu de toute puissance est triple :
Incapacité de se présenter en face
de Dieu, ni même capacité d’oser demander un pardon.
Incapacité pour l’homme et la femme de
se regarder sereinement. La nudité paradisiaque devient insupportable.
Ils se cousent des vêtements.
Enfin, la création leur devient hostile.
Il faudra gagner son pain à la sueur de son front, enfanter
dans la douleur, lutter contre le mal.
Cette désobéissance engendre un
véritable tremblement de terre des les relations humaines,
dans leur rapport à la création, dans leur rapport à
Dieu. Le péché d’Adam et Eve est une véritable
décréation. Xavier Thévenot a montré avec
beaucoup d pertinence, me semble-t-il combien le récit des
pèlerins d’Emmaüs correspond à une véritable
recréation.
| |
Gn
2-3 |
Lc
24 |
| Au
début |
Une
situation paradisiaque |
Un
monde de douleur, d’échec et de déception |
| Un
dialogue |
Qui
instille le soupçon via le mensonge |
Qui
resitue les événements dans l’histoire du salut. |
| Une
manducation |
Ils
mangent du fruit de l’arbre |
Ils
mangent le pain rompu |
| Leurs
yeux s’ouvrent |
Et
ils virent qu’ils étaient nus. Voulant devenir tout puissants
ils s’aperçoivent qu’ils sont tout nus, tout faibles.
|
Et
il disparaît à leurs yeux, comme si l’impossibilité
de mettre la main, de s’approprier le Seigneur, c’était plus
libérant. |
| La
situation de départ est renversée |
Le
rapport à la création, à l’humanité
et à Dieu est troublé. |
Le
rapport à la création, à l’humanité
et à Dieu est restauré, ils n’ont plus peur de marcher
dans la nuit. |

Dietrich Bonhoeffer, dans
la première page de son éthique fait une autre lecture
du péché de nos premiers parents. « L’éthique
chrétienne voit déjà dans la possibilité
de connaître le bien et le mal la chute originelle. A l’origine,
l’homme ne connaît qu’une chose : Dieu. Il ne connaît
son semblable, le monde et lui-même que dans l’unité de
sa connaissance de Dieu ; il connaît tout en Dieu seulement
et Dieu en toute chose. La connaissance du bien et du mal dénote
un divorce préalable d’avec l’origine. »
Cette remarque est à
mon avis d’une justesse fantastique. A priori, nous aurions l’impression
que c’est une bonne chose de pouvoir connaître le bien et le mal
car ainsi nous arrivons à mieux conduire notre vie. Mais la réalité
est plus profonde : nous ne pouvons connaître ce mal que
parce que nous l’avons fait ! Autrement dit, le seul arbre dont
nous ne pouvions manger, le seul interdit que Dieu pouvait poser était
bien celui de ne pas manger de l’arbre du bien et du mal. Désobéir
à cet interdit, c’était ipso facto faire le mal, manger
donc de son fruit. Dire que c’est u pommier ou un cerisier devient alors
un véritable non-sens, une incompréhension radicale du
péché d’Adam et Eve.
A nouveau, on peut trouver dans les Evangiles un
récit à propos du Christ qui montre comment il est venu
reconstruire dans lequel le mal a été introduit. Le récit
des tentations chez Matthieu ou Luc nous montre, Satan tout à
son affaire. Si pour Adam et Eve, il avait d'une petite affirmation
pour entraîner l'humanité dans un soupçon (nourri
d’une soif de toute puissante) à l'égard du Créateur,
histoire de démontrer que le projet de l’humanité était
impossible, avec le Christ, il joue sur du velours. En effet, il n’a
même pas besoin de lui faire désirer la toute puissance,
il est le Fils de Dieu. Et c’est bien sur cet appui qu’il fonde sa tentation.
« Puisque tu es Fils de Dieu, dis à ces pierres de se changer
en pain. » Autrement dit, reconnaît qu’avoir faim, c’est
pénible, que l’humanité est trop difficile à vivre.
Nie cette humanité, renonce à ton projet de création,
fait valoir ton "joker" pour te sortir de cet embarras...
Mais le Christ choisit d’aimer notre humanité et de rester fidèle.
Il valide par là le projet de son Père en le menant à
bien jusqu’à la mort et la mort de la Croix.
Jésus, si j’ose
dire a dû avancer sur une crête entre deux précipices
alors qu’à l’origine nous n’en avions qu’un seul. Jésus
à dû renoncer à user de sa divinité d’une
part et d’autre part éviter de tomber dans le péché.
Deux manières de poser des actes de déshumanisation. Vraiment
le salut qui se joue dans l’offrande de sa vie pour nous, se double
d’une Révélation unique : le projet de la Création,
le projet de l’humanité était bon, possible, digne de
Dieu. C’est là tout le mystère de la foi de l’Eglise.
La Bible est remplie d’histoire de péchés
et de pardons. Bien souvent les péchés s’expriment en
terme de rupture d’alliance. Le peuple d’Israël honore les divinités
étrangères, il se prostitue. C’est tout le vocabulaire
de l’amour conjugal tant dans ses transgressions que dans ses réconciliations
qui est utilisé (voir Osée que Dieu invite à choisir
une prostituée et à la conduire au désert pour
la fiancer à nouveau pour signifier le renouvellement de l’Alliance
entre Dieu et son peuple).
Le péché est tellement objet de révélation
que dans la tradition ignacienne, parmi les grâces que l’on demande
au cours de la retraite animée avec la pédagogie des exercices,
on propose au retraitant de demander la grâce de connaître
son péché.
Petite parabole de la voiture
dans le brouillard. C’est dans la lumière du soleil que l’on
voit le mieux les saletés sur le pare-brise.

II. Les signes du péché
et leur ambiguïté
Dans son livre « les péchés, que peut-on
en dire ? » écrit en 1981 et donc avant la publication du catéchisme
de l’Eglise catholique, Xavier Thévenot pointe un certain nombres
de remarques que j’énumère et commente brièvement.
Notre savoir sur le péché n’est pas
total.
A cause de la méconnaissance des retentissements
de mon acte sur les autres et sur le tout Autre.
Parce que je ne connais pas exactement la gravité
objective de mon péché.
A cause de la méconnaissance du mal que je
me fais en faisant du mal.
Il importe donc de ne pas se juger soi-même.
De s’en remettre au Seigneur. De faire sienne la réponse de Jeanne
d’Arc lorsqu’on lui demandait si elle était en état de grâce :
« Si j’y suis, Dieu m’y garde ; si je n’y suis, Dieu m’y mette ».

Les transgressions.
Tout péché est transgression,
toute transgression n’est pas forcément un péché.
Ce qui limite la portée de la transgression s’applique à
tout ce qui peut limiter la qualité de mon acte dans sa volonté,
sa liberté et sa pleine conscience.
Ainsi donc, on peut faire tout ce qu’il faut
pour aboutir à un avortement : entretiens, visites médicales,
mais être totalement privée de liberté ou agir sous
l’emprise de la peur, de la contrainte. Ou alors c’est la conscience
de la gravité de la transgression que nous n’avons pas et alors,
il y a ignorance.
Il y a parfois de saintes transgressions lorsque
l’on désobéit à des lois civiles pour obéir
à la loi de Dieu. « Le sabbat est fait pour l’homme et non
l’homme pour le sabbat. »
Beaucoup plus difficiles à analyser,
les conflits de valeurs dont la poursuite simultanée s’avère
impossible pour une personne ou un couple. X. Thévenot propose
et rappelle qu’il importe alors de savoir hiérarchiser ces valeurs.
Il prend l’exemple de l’épiscopat français qui à
l'occasion de la lettre encyclique Humanae vitae en 1968 avait donné
le principe suivant: «Quand on est dans une alternative de devoirs où
quelle que soit la décision prise, on ne peut éviter un
mal, la sagesse traditionnelle prévoit de rechercher devant Dieu
quel devoir, en l’occurrence, est majeur. »

1. Une forme
très subtile de la transgression : l’épikie.
L’épikie est une vertu qui permet de
se positionner par rapport à la loi lorsque celle-ci est devenue
insatisfaisante pour des circonstances que la loi positive n’a pas prévues
mais afin d’honorer toujours la loi naturelle. L’épikie cherche
donc un bien supérieur auquel est soumise la loi dans l’esprit
du législateur.
Ainsi la loi, en vertu de l’épikie,
peut être soit durcie, soit assouplie. Jésus lui-même
use de l’épikie vis-à-vis des pharisiens en durcissant
la loi du divorce et en assouplissant la loi du sabbat.
Exemple du gendarme et du feu rouge grillé
pour cause d’épikie : Et pis quoi alors ?

2. La matière
objective du péché.
A priori, chacun comprendra aisément que
pour qu’il y ait péché, il faut une matière, un
objet précis et repérable. Or il est très difficile
de faire une liste des matières dites graves par opposition aux
matières légères. Parce que on peut toujours trouver
pour une même matière les deux dimensions selon l’intention
du pécheur. Souvenez-vous qu’un acte moral prend toujours en
compte l’intention, le moyen et la fin. Ainsi un gros mot utilisant
le nom de Dieu à tort et à travers peut-être prononcé
avec ou sans conscience de ce que l’on dit.
Néanmoins les listes d’antan sont parfois
bien utiles pour repérer les lieux plus particulièrement
dangereux, les terrains les plus favorables aux péchés.
Ainsi était matière grave tout péché portant
sur les trois vertus théologales et les 7 péchés
capitaux
Pécher contre la foi, c’est pécher
contre la possibilité même du salut.
Pécher contre l’espérance, c’est désespérer
de la force de Dieu et de son Esprit.
Péché contre la charité, c’est
aller contre le coeur même de l’action de Dieu dans notre monde.
Les 7 péchés capitaux ne sont pas
moins intéressant à entendre. Quoiqu’il en paraisse dans
notre société et dans notre Eglise, ils sont toujours
d’actualité.L’intérêt de cette lise est de montrer
les grands terrains de prédilection du tentateur.

Orgueil, le premier d’entre eux qui centre toute
la vie sur soi alors que le Christ donne sa vie pour les autres.
L’envie, ou le désir de posséder ce
que l’autre possède. Combien de publicité sont construites
sur l’envie. Intéressant à plus d’un égard, le
film « l’associé du diable » avec de Niro joue sur ce péché
tout spécialement.
La colère et toute la violence et l’agressivité
que l’on ressent aujourd’hui dans notre société et en
particulier dans les banlieues.
L’avarice un autre nom pour l’égoïsme.
Et pas seulement entre nous mais aussi entre les états.
La gourmandise, péché par excellence
de notre société si l’on lui donne pour synonyme celui
de la consommation. Consommez et vous serez heureux.
La luxure, c’est-à-dire tout ce qui porte
atteinte à la chasteté. Voir l’ambiance permissive, le
tourisme sexuel, ...
L’acédie ou la paresse spirituelle ou envers
notre devoir d’état. C’est le fameux démon de midi car
c’est à midi que le temps nous paraît le plus long, que
le soleil semble immobile.
Enfin, on n’oubliera pas que s’il y a des péchés
individuels, il existe aussi des structures de péché.
Mais on ne les dissociera jamais de la participation personnel de chacun.
Il ne pourrait y avoir de structure de péché sans pécheurs !
Un petit détour par ce que dit officiellement
l’Eglise sur la réalité du péché nous aidera
à comprendre.
Le péché, dit le catéchisme
de l’Église catholique, est une faute contre la raison, la vérité,
la conscience droite ; il est un manquement à l’amour véritable,
envers Dieu et envers lé prochain à cause d’un attachement
pervers à certains biens. (N° 1849).
Plus loin il précise les deux catégories
de péchés : véniels et mortels. Il est vrai que
tous les péchés n’ont pas le même poids ni les mêmes
conséquences en nous et vis-à-vis des autres ou de Dieu.
Et nous gardons à l’esprit que « grave » et « léger »
qualifient ici des degrés de déstructuration des relations
entre les hommes ou entre les hommes et Dieu. Voyons leurs définitions.
Le péché mortel détruit la
charité dans le coeur de l’homme par une infraction grave à
là Loi de Dieu ; il détourne l’homme de Dieu, qui est
sa fin ultime et sa béatitude en lui préférant
un bien inférieur. (au fond, tomber dans l’idolâtrie).
Le péché véniel laisse subsister
la charité, même s’il l’offense et la blesse. (N° 1855).
On voit ici que ce qui est premier c’est la charité
et non une liste de péché. C’est toujours au regard de
celui que l’on aime que la conscience du péché est la
plus vive. En nous révélant son amour, nous prenons le
plus vivement possible conscience de notre péché, ce péché
dont Dieu n’a de cesse de vouloir nous pardonner.
Dit autrement, si le péché véniel
blesse, il ne remet pas en cause là dynamique ou l’option fondamentale
de la vie du pécheur. Ainsi par exemple, il se peut qu’une parole
déplacée dans un couple blesse le conjoint mais que fondamentalement,
il ne s’agissait pas de porter atteinte à la réalité
du couple. En revanche, le péché mortel comme un adultère
délibéré porterait gravement et sciemment atteinte
au couple, à son intégrité et à sa capacité
de poursuivre jusqu’au bout le projet. Ou que le vol d’une pomme à
l’étalage d’un marchand par bravade devant les copains soit moins
grave que le détournement de l’argent d’une société
qui a pour conséquence de mettre l’entreprise en faillite et
tout le monde au chômage.
Pour qu’un péché soit mortel trois
conditions sont ensemble requises : « Est Péché mortel
tout péché qui à pour objet une Matière
grave, et qui est commis en pleine conscience et de propos délibéré
» (N° 1857).
« On commet un péché véniel
quand on n’observe pas dans une matière légère
la mesure prescrite par la loi morale, ou bien quand on désobéit
à la loi morale en matière grave, mais sans pleine connaissance
ou sans entier consentement » (N° 1862).
Il reste, comme le dit Xavier Thévenot, que
lorsqu’un chrétien prie régulièrement, célèbre
les sacrements de l’Eglise, fait effort de charité quotidienne,
il est bien rare qu’il commette des péchés mortels.
Personnellement, je dirai que nous allons au péché
parce que nous avons peur de mourir. Nous croyons plus ou moins consciemment
que si nous ne cédons pas à la tentation, nous allons
perdre de nous-même. Si nous ne cédons pas à notre
sensualité, à notre égoïsme, à la colère,
alors nous risquons de mourir. Regardons le Christ et voyons s’il a
eu peur de mourir au point d’aller au péché. Il est le
seul que Satan n’a pas réussi à entraîner à
sa suite, à rendre complice du mal et du mensonge.
Nous aurions vraiment la foi, nous aurions vraiment
confiance en Dieu, nous n’irions pas au péché.

III. Un peu de vocabulaire
A. Passer du remords au
regret.
Les remords, c’est comme les enzymes gloutons,
ils sont toujours entrain de nous mordre et de nous mordre à
nouveau. Les remords agressent la personne de la mémoire de son
passé, l’enferme dans son passé. C’est très mauvais.
Personne n’est réductible à son passé. La foi,
le sacrement du pardon peut inviter par l’expression définitive
du pardon prononcé à mettre le passé à sa
place et à redevenir responsable de son avenir, capable de projets
en face de Dieu, à l’aide de son Esprit. Remords et humiliation
se retrouvent ensemble.
Le regret, quant à lui, est l’attitude
juste du pécheur. C’est l’attitude qui permet d’assumer simplement
son passé sans s’y complaire, sans s’y laisser enfermer mais
sans le nier non plus. Regret et humilité vont souvent ensemble.
En général, on n’arrive pas à regretter parfaitement
ses péchés. En effet, pour tout dire, si nous avons été
au péché, c’est bien parce que on y trouvait un quelconque
intérêt. Et cet intérêt est la marque même
de notre péché.

B. Passer des scrupules à
la confiance en Dieu
Le scrupule est une forme terrible d’une méticulosité
malsaine dans l’analyse des péchés de sa vie. C’est l’obsession
de vraiment tout dire, dans les moindre détails à son
confesseur. Et si par malheur on n’avait pas tout dit avant de recevoir
le sacrement, alors il faut y revenir. Le scrupule a des affinités
particulières avec des psychologies malades, obsessionnelles.
Il faut aider à la foi, à la
confiance en Dieu qui veut notre vie. Le coeur du sacrement du pardon,
sa matière comme disent les scolastique c’est le regret des fautes,
cette attitude fondamentale qui manifeste combien on préfère
son baptême à ses fautes. L’aveu, à ce titre est
second. Il y a dans cette obsession à tout avouer une manière
de privilégier le rapport à la loi plus encore qu’au Sauveur.
Il faut savoir mettre un arrêt à ces listes interminables
qui portent le plus souvent sur la sexualité et aider à
découvrir la miséricorde de Dieu.

IV. Lutter contre le péché
et la tentation
La tradition de l’Eglise est riche de chemins à
parcourir pour lutter contre le péché.
La prière régulière, l’ascèse,
l’effort sérieux et durable, la charité quotidienne qui
efface une multitude de péchés au dire de St Pierre. L’effort
de réparer ses fautes lorsque c’est possible, une pratique régulière
du sacrement du pardon.Il est plus important de s’attacher à
faire grandir ce qui est bon qu’à éliminer ce qui est
mauvais. (Voir la très étonnante parabole du bon grain
et de l’ivraie).
J’aime beaucoup dans un autre genre, le travail
des pères du désert et en particulier celui d’Evagre le
pontique avec sa méthode antirrhétique. Une méthode
qui lutte contre la tentation et le péché (qui ne sont
pas identiques comme chacun sait) en citant un passage approprié
de l’Ecriture.
Par exemple face au démon de la gourmandise
prier et dire « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ».
Ce faisant, le moine se décentrait de sa tentation, nommait indirectement
le démon qui l’agressait et qui a horreur d’apparaître
en plein jour, se centrait sur celui qui est à la source de sa
vie, Dieu lui-même. Cette méthode, n’a rien de magique,
elle suppose la foi, la foi en Dieu qui pourvoit et qui est source de
vie jusques y compris par delà la mort. « Si je traverse
les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, ton bâton me guide
et me rassure. »
Evagre le pontique connaît huit démons,
ou péchés. Ce sont les mêmes que les sept péchés
capitaux plus celui de la vaine gloire qui est comme l’orgueil sauf
que si l’orgueil se rapporte aux choses passées, la vaine gloire
se glorifie de ce qui n’a pas encore été vécu.
Ignace de Loyola, dans ses exercices a des remarques
un peu semblables :
L’ennemi de la nature humaine se comporte de trois
manières plus une qui et plus subtile :
Comme une femme qui est faible quand on use de la
force et qui est fort quand on le laisse faire. Approchez-vous de Dieu,
il s’approchera de vous. Eloignez-vous du diable, il s’éloignera
de vous.
Comme un amoureux frivole qui veut emporter une
épouse fidèle, une fille honnête. Dès que
son projet est connu du père ou du mari, il sait qu’il ne pourra
arriver à ses faims. Ainsi dès que nous nommons, découvrons
à son confesseur ce qui nous agresse, il laisse tomber.
Comme un chef de guerre qui fait le siège
d’une ville et qui attaque par le côté le plus faible.
Renforcer les côtés faibles, les vertus théologales,
cardinales, morale, la prière. D’ailleurs, ne lisons-nous pas
dans l’Ecriture que « 1 P 5,8 - Soyez sobres, veillez. Votre partie
adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui
dévorer. »
La quatrième est plus subtile : elle
manifeste sa capacité de ruser. Ignace dit que l’ange de lumière
entre dans les vues de l’âme des fidèles et de sortir avec
les siennes. Ainsi peut-on être plein d’ardeur pour le travail
au sortir de l’office et arrivé dans sa chambre ne plus avoir
de courage et éprouver la paresse. Il convient alors de noter
ce genre de cheminement dans lequel on tombe pour ne plus y retomber.
Les spirituels disent que le Malin n’a aucune imagination, il fait toujours
pareil. L’important dans la lutte contre le démon, c’est à
la fois la persévérance et la relecture pour repérer
comment il fait avec nous.

V. Le pardon
Dois-je rappeler tout d’abord que Dieu ne révèle
jamais purement et simplement notre péché sans dans le
même temps nous proposer le salut. Autant je trouve dangereux
le raccourci qui consiste à dire que nous sommes des pécheurs
pardonnés (car que savons-nous de l’acceptation du pardon que
nous réserverons à la proposition de Dieu ou d’autrui),
autant je pense plus pertinent de dire que nous sommes des pécheurs
en instance de pardon ou à qui le pardon est toujours proposé.
Enfin, lorsque l’on parle du pardon, il faut sans
cesse se demander de quel point de vue on se place. Du point de vue
de l’offenseur ou de l’offensé, du pardon demandé, reçu
ou du pardon proposé ?

Ce que n’est pas le pardon
Le pardon n’est pas l’oubli par l’offensé
de la blessure qu’il a subie. Le Christ en pardonnant à ses
bourreaux et à ses disciples a-t-il perdu les stigmates de
sa passion ? Ces blessures font partie de son corps ressuscité
pour l’éternité. Les images liées au « c’est
oublié ; ou alors la grande lessive ; ... » ont quelque
chose de démagogique car elles ne disent rien de ce qui se
passe vraiment dans le coeur de celui qui a été blessé.
Le pardon ce n’est pas l’oubli de la faute que
j’ai commise et dont je ne me souviendrais plus. Au contraire, il
convient de tenir comme une grâce de garder en mémoire
la faute dont j’ai été pardonné. Comment, moi
qui t’ai blessé à ce point, tu m’aimes encore ? C’est
l’expérience assez commune mais ô combien fondatrice
des fiancés qui après le temps amoureux s’aperçoivent
que l’autre n’est pas si terrible que cela, que l’on n’a pas su se
montrer sous son meilleur jour et que l’on a cru le perdre par ce
que l’attitude était tout sauf séduisante. Et voilà
que celui qu’on aime et que l’on a blessé nous choisit en pleine
connaissance de cause. C’est là que se situe le véritable
miracle de l’amour.
Le pardon ce n’est pas la disparition de l’autre
par l’éloignement ou la mort (naturelle bien sûr).
Le pardon ce n’est pas l’excuse ou la compréhension.
Car en définitive, on peut comprendre une erreur, le mal est
ultimement toujours inexplicable.
Demander le pardon, ce n’est présenter
ses excuses en disant « je m’excuse » ce qui serait encore une manière
de renoncer à demander le pardon. Quoique meilleur, ce n’est
pas non plus prier d’être excusé qui suppose cependant
une plus grande vulnérabilité et une confiance en l’autre.

B. Ce qu’est le pardon, ce qu’il
peut être.
Pour bien poser la question du pardon, mettons-nous
en face de la réalité de la Shoah. Wladimir Jankelevitch
a beaucoup réfléchi dessus et spécialement sur
la question du pardon aux bourreaux. Il affirme entre autre
Qu’il y a des crimes imprescriptibles parce
que les juifs ont été persécutés pour ce
qu’ils étaient et non pour ce qu’ils avaient fait.
C’est aux bourreaux de demander le pardon
Seuls les victimes, et à défaut,
leurs descendants peuvent accorder ce pardon.
Le pardon, ce n’est pas l’oubli.
Mais on ne peut se satisfaire de cela. On
ne peut se satisfaire non plus de trop d’expression qui confonde pardon
et justice ; dimension interpersonnelle et dimension sociale.
Qui prend l’initiative ? C’est l’offensé,
la personne blessée qui est sans doute la plus à même
de proposer le pardon. Car l’offenseur, lui sait bien qu’il est coupable
et qu’il ne mérite qu’une chose, c’est de se faire « jeter ».
Ainsi, 1’offensé en prenant un visage avenant, promesse de l’accueil,
rend possible par sa seule attitude une démarche de l’offenseur.
Au fond du fond, le pardon consiste à
renoncer à sa propre justice au profit de la résurrection,
de la transfiguration d’une relation malmenée et peut-être
mortellement blessée. Il s’agit de renoncer délibérément
à sa justice pour être de nouveau ajustés les uns
aux autres dans un projet de vie commun que l’on préfère
en définitive au goût de mort qui commençait à
s’installer. Le pardon, c’est la folle initiative face à l’inexcusable
d’offrir un avenir commun aux deux protagonistes. « Crois-tu, dis
l’offensé, que jamais je ne ferai mémoire de ce passé
douloureux entre nous contre toi ? Crois-tu nous dis Dieu que toute
cette souffrance qu’il y a entre nous a redoublé mes efforts
pour te permettre de vivre de ma vie et de mon Esprit ? »
Et l’on comprend sans doute combien il est
inutile de fantasmer sur un pardon qui rendrait la vie comme avant.
Ce n’est pas vrai. Le pardon permet d’assumer le passé, pour
tenir le cap de l’avenir dans un présent renouvelé, approfondi,
densifié du miracle espéré et inespéré,
attendu et inattendu de la confiance rendue. La qualité du pardon
ne va donc pas se mesurer à l’absence de blessure ou encore à
l’absence de saignement à telle ou telle autre occasion mais
il se mesurera aux gestes quotidiens de nouveau possible. Comme par
exemple les deux nations de l’Allemagne et de la France qui ont organisé
des jumelages, des relations nouvelles. Et pourtant, personne n’a oublié
et chacun se fait un devoir de la mémoire.
L’Evangile est rempli de textes, de paraboles
qui nous parlent du pardon. Le paralytique amené par ses amis
(Mc 2) ; la pécheresse pardonné (Jn 8) ; le fils prodigue
(Lc 15) , ...
L’avenir de nouveau ouvert et la confiance
rendue nous reconstruisent de l’intérieur.
Il est aussi important d'accueillir et d'assumer
sa propre histoire et de laisser passer l’Esprit de Dieu. Ce n'est pas
toujours facile mais il n'y a pas d'avenir possible sans une acceptation
pacifiée de tout ce qui a marqué notre vie. Il faut essayer
de passer du remords au regret. Les événements, quels
qu’ils soient, font partie de notre histoire sainte même si ces
événements eux-mêmes ne sont pas forcément
de l'ordre de la sainteté.
On peut reconnaître cette importance
de notre histoire dans l’Évangile fameux du paralytique. Mettons-nous
à l'écoute du texte de la guérison du paralysé
de Capharnaüm :
Comme il était entré de nouveau
à Capharnaüm, après quelque temps on apprit qu'il était
à la maison.
Et beaucoup se rassemblèrent, en sorte
qu'il n'y avait plus de place, même devant la porte, et il leur
annonçait la Parole.
On vient lui apporter un paralytique, soulevé
par quatre hommes.
Et comme ils ne pouvaient pas le lui présenter
à cause de la foule, ils découvrirent la terrasse au-dessus
de l'endroit où il se trouvait et, ayant creusé un trou,
ils font descendre le grabat où gisait le paralytique.
Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique:
"Mon enfant, tes péchés sont remis."
Or, il y avait là, dans l'assistance,
quelques scribes qui pensaient dans leurs coeurs:
"Comment celui-là parle-t-il ainsi? Il
blasphème! Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu
seul?"
Et aussitôt, percevant par son esprit
qu'ils pensaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit: "Pourquoi
de telles pensées dans vos coeurs? Quel est le plus facile, de
dire au paralytique: Tes péchés sont remis, ou de dire:
Lève-toi, prends ton grabat et marche ? Eh bien! pour que
vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés
sur la terre, je te l'ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi,
prends ton grabat et va-t'en chez toi."
Il se leva et aussitôt, prenant son grabat,
il sortit devant tout le monde, de sorte que tous étaient stupéfaits
et glorifiaient Dieu en disant: "Jamais nous n'avons rien vu de pareil."
En signe du pardon des péchés,
Jésus guérit le paralytique. Or une question s'impose
: Pourquoi Jésus demande-t-il à celui, qui désormais
marche, d'emmener avec lui son grabat, grabat dont il n'a évidemment
plus besoin.
La réponse, quoique simple, est profonde
: Partir avec son grabat, c'est partir avec son histoire. Chaque fois
qu'il le verra, il se souviendra des années qu'il a passé
couché sur cette civière. A l'objet lui-même est
attaché toute une part de sa vie. Le pardon remet debout. Le
pardon n'a jamais effacé l'histoire des pécheurs. Les
images de "grande lessive" et du "c'est oublié" sont inhumaines
au sens où elles ne décrivent pas ce qui se passe au fond
des coeurs.
Les péchés sont dans notre vie
comme des blessures. Le pardon les cicatrise mais ne les efface pas.
Il rend une histoire commune à nouveau possible et permet de
vivre en paix avec son passé. C'est d'ailleurs considérable
comme expérience. Être réconcilié avec soi-même
et regarder sa vie avec humour et humilité sont des trésors
inestimables. Mieux vaut vivre avec quelques cicatrices qu'avec des
plaies ouvertes. Faut-il pour nous en convaincre que le Christ ressuscite
avec les plaies de sa passion. Et c’est même à cela qu’il
est reconnu. Même la résurrection n’efface pas l’histoire,
bien au contraire, elle la transfigure. N'oubliez pas non plus cette
phrase curieuse de l’Évangile :
"Il vaut mieux rentrer manchot au paradis
que d'être jeté avec tes deux bras dans le feu éternel".
Bien sûr, il ne s’agit pas pour le voyeur
de se précipiter dans une clinique pour se faire amputer des
yeux et devenir aveugle. Cela signifie qu’il vaut mieux se reconnaître
blessé par la vie que de faire semblant de ne pas l’avoir été.
Être aimés et connus tels que nous sommes, par Dieu et
par nous-mêmes est une source de libération, de liberté.
Et lorsque, ainsi connus, nous nous apercevons que Dieu, loin de nous
rejeter, nous appelle à être témoins de sa miséricorde,
nous goûtons une joie intérieure considérable.
La mémoire que nous gardons de nos
péchés et de nos misères peut engendrer, si nous
avons su accueillir véritablement le pardon de Dieu, deux attitudes
fondamentales :
· une humilité de fond vis-à-vis
de nous-mêmes. Bienheureuse mémoire qui évite en
nous l'orgueil.
· un regard bienveillant vis-à-vis
de ceux et celles qui auront connu les mêmes faiblesses. Sans
être complices ou complaisants, vous saurez trouver les mots qui
consolent et qui ouvrent l'avenir.

Je vous propose de voir Jésus à l’oeuvre
lui-même dans ce que je considère comme une des plus belles
entreprise de pardon que je connaisse : Jn 21 Pierre et Jésus sur
le bord du lac.
La rencontre de Pierre et de jésus sur le bord
du lac après la résurrection.
Dans 1'Evangile de Jean, 21, 15-19.
15 - Quand ils eurent déjeuné, Jésus
dit à Simon-Pierre Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci
? " Il lui répondit: " Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime comme
je peux. Jésus lui dit:" Pais mes agneaux. "
16 - Il lui dit à nouveau, une deuxième
fois Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais
que je t'aime comme je peux. " Jésus lui dit: " Pais mes brebis.
17 - Il lui dit pour la troisième fois : "
Simon, fils de Jean, m'aimes-tu comme tu peux ?
Pierre fut peiné de ce qu'il lui eût
dit pour la troisième fois: " M’aimes-tu comme tu peux ? et il
lui dit : " Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime comme je
peux. " Jésus lui dit Pais mes brebis.
18 - En vérité, en vérité,
je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta
ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli,
tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera
où tu ne voudrais pas. "
19 - Il signifiait, en parlant ainsi, le genre de
mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu' Ayant dit cela, il lui dit:
" Suis-moi. "
Le nom: Simon fils de Jonas.
Et à la fin on a Pierre La répétition trois fois
en mémoire d’une trahison inoubliable, pour l’un comme pour l’autre.
Le jeu subtile du vocabulaire entre agapein et philein. Pierre m’aimes-tu
comme tu peux ?

© Bruno Feillet
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