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Voici quelques expressions populaires qui sont pour
la plupart des proverbes. Cette page a pour objet de les commenter, d'en
découvrir la sagesse ou les limites. N'hésitez pas à
proposer des expressions à la sagacité des internautes.
Suggérez-les au gestionnaire
de ce site. Merci.
Pieter
Brueghel. Les
Proverbes Flamands (1559)
Huile sur bois de chêne 117 x 163 cm
Berlin, Staatliche Museen zu Berlin Kulturbesitz, Gemäldegalerie
Quel proverbe désirez-vous analyser
?
Les conseilleurs ne sont
pas les payeurs.
Ce proverbe est bien connu des moralistes. Il manifeste
la distance inévitable qui existe entre la personne qui donne un
avis ou un conseil et celle qui va décider et subir les conséquences
concrètes de sa décision. En définitive, chacun reste
seul en face de sa décision. C'est pourquoi, les moralistes sont
invités à une grande prudence lorsqu'ils sont
consultés.
Le Christ lui-même avait bien conscience de
cet écart. Il n'hésita pas à reprocher aux pharisiens
de lier de pesants fardeaux sur les épaules des gens et de ne pas
vouloir les aider du petit doigt. Par là, les moralistes doivent
comprendre que leurs paroles ont des conséquences et qu'ils sont
invités à être aussi responsables de leurs paroles
! (Mt 23, 4).

L'enfer est pavé de bonnes
intentions.
Cette expression très populaire signifie que
pour avoir une vie moralement bonne, il ne suffit pas d'en avoir l'intention.
Encore faut-il passer aux actes concrets. Ce proverbe pourrait encore
s'appliquer à tous ceux qui se sont lancé dans l'action
avec les meilleures intentions du monde mais sans préparation,
sans faire l'effort de voir plus loin que le bout de leur nez, bref, sans
penser aux conséquences de leurs actes. La morale invite alors
chacun à faire l'effort d'élargir son point de vue. Ce n'est
d'ailleurs pas facile. En effet, qui peut prétendre connaître
la totalité des conséquences de son acte ? Personne.
Dès lors, agit moralement toute personne qui
tente de réduire au maximum les incertitudes liées à
ses actes et qui ensuite sait prendre une décision concrète
et en assume les conséquences.
Déjà, les chrétiens, et sans
doute bien d'autres à leur époque avaient l'intuition de
la nécessaire cohérence entre les intentions et les actes.
ainsi saint Jacques n'hésite pas à fustiger les premiers
chrétiens qui se contentaient de belles paroles. "La foi qui
n'aurait pas d'oeuvre est morte. (...) C'est par mes oeuvres que je montrerai
ma foi" (Jc 2, 17-18).

La fin ne justifie pas les moyens.
Ce proverbe signifie que parvenir à une bonne
fin ne justifie pas tous les moyens. Un moyen peut se décrire par
la bonté intrinsèque qu'il met en oeuvre mais aussi par
la dimension proportionnée qu'il entretient avec la fin qui est
visée. Le lecteur comprendra aisément que, ordinairement,
il n'est pas nécessaire de prendre sa voiture pour se rendre à
son travail qui se trouve à 50 mètres de chez soi (disproportion
du moyen). On ne peut accepter non plus que quelqu'un grille un feu rouge
pour arriver à l'heure au cinéma (mauvais moyen).
On sait que Machiavel avait déployé
une théorie politique qui s'appuyait sur le fait justement que
la fin justifiait les moyens. Ce "machiavélisme", ainsi
caricaturé, n'est pas acceptable tant au niveau politique que personnel.
Il bafoue ce qui fonde la stabilité des relations humaines : la
vérité. Il engendre le soupçon permanent et conduit
à des systèmes politiques qui relèvent de la dictature
et qui sont incompatibles avec la démocratie. En l'occurence, le
propre d'une démocratie est de tenir en son sein une instance indépendante
chargée d'analyser et de critiquer les dérives du pouvoir.
La question de la torture comme moyen pour obtenir
des informations à fin de sauver des vies humaines est un cas très
douloureux qui a mobilisé de longue date la réflexion des
moralistes. Généralement, la torture est condamnée
comme moyen parce qu'elle réduit la victime à un simple
contenu d'informations, qu'elle avilit le tortionnaire qui fait souffrir
son semblable, et parce qu'on n'est jamais sûr que l'information
délivrée est une véritable information. Enfin, vouloir
comparer la vie et la santé d'un homme à celles dont on
pense pouvoir sauver la vie au dépend de celle-ci est une lubie.
Comparer les vies humaines par leur qualité, leur nombre, leur
âge, ... c'est entrer sur la dangereuse voie de la sélection
humaine et de l'eugénisme.

Toute vérité n'est
pas bonne à dire
Cette remarque est particulièrment intéressante
parce que particulièrement difficile. Disons qu'elle est à
la fois dangereuse et empreinte d'une certaine sagesse.
Elle dangereuse en ce sens que sa mise en application
est extrêmement complexe. En effet, quels sont les critères
qui permettront de dire qu'une vérité est bonne à
dire ou non ? Ne risque-t-on pas d'être laxiste à l'égard
de la vérité ? Ne risque-t-on pas de mettre en oeuvre ce
dicton en fonction des circonstances et des situations ? En vue de quoi,
une vérité ne serait pas bonne à dire ? Mon intérêt
immédiat ? L'intérêt de tel personne, tel enfant qui
ne serait pas capable de recevoir telle ou telle révélation
?
Il s'agit, dès lors qu'on perçoit les
risques évidents de perte des valeurs et de relativisme, de se
redire pourquoi le service de la vérité est structurant
pour toute personne humaine et pour la société dans son
ensemble. La vérité est fondamentale pour la stabilité
d'une vie sociale, d'une vie politique démocratique, d'une vie
économique... Sans vérité, il n'est que chaos. Et
il importe qu'existe une ou plusieurs instances publique dont la charge
consiste à faire la lumière sur les événements.
La justice est l'institution fondamentale qui doit préserver le
contexte de vérité des relations humaines. La presse, libre
et responsable, y contribue aussi pour sa part.
On le voit bien, la vérité est donc
au service de la vie. Elle est organiquement reliée aux grandes
valeurs du respect d'autrui, de la vie conjugale, de la propriété
individuelle et des exigences de la vie en société qui se
doit de protéger les plus faibles (lesquels seraient les premières
victimes d'une situation de mensonge institutionnalisée).
Le seul cas où il est envisageable de ne pas
dire la vérité c'est-à-dire de se taire (il n'est
pas toujours nécessaire de mentir pour ne pas dire la vérité)
c'est lorsque celui ou celle qui exige la vérité l'exige
pour aller contre le voeu même de la vérité : la vie
sociale et personnelle de tous et de chacun. On ne peut exiger la vérité
contre ce qu'elle veut promouvoir de toutes ses forces comme la paix et
la vie. Ce serait la pervertir.
Même le Christ a été affronté
à cette question. Mt 21, 23-27 :
Il était entré dans le Temple et
il enseignait, quand les grands prêtres et les anciens du peuple
s'approchèrent et lui dirent " Par quelle autorité
fais-tu cela ? Et qui t'a donné cette autorité ? "
Jésus leur répondit : " De mon côté,
je vais vous poser une question, une seule ; si vous m'y répondez,
moi aussi je vous dirai par quelle autorité je fais cela.
Le baptême de Jean, d'où était-il ? Du Ciel ou
des hommes ? " Mais ils se faisaient en eux-mêmes ce raisonnement
: " Si nous disons : "Du Ciel", il nous dira : "Pourquoi
donc n'avez-vous pas cru en lui ?" Et si nous disons : "Des
hommes", nous avons à craindre la foule, car tous tiennent
Jean pour un prophète. "
Et ils firent à Jésus cette réponse : "
Nous ne savons pas. " De son côté il répliqua
: " Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité
je fais cela. "
Le Christ ne peut donner la vérité à
qui n'a pas le coeur droit pour l'entendre. Exiger la vérité
ne peut se faire qu'à la condition d'être vrai avec cette
vérité. La redondance de la formule n'est qu'apparente.
Ce que l'on dit ici, c'est que l'on ne peut prendre les valeurs séparées
les unes des autres sans tomber dans la perversion.

Le jeu n'en vaut pas la chandelle.
Ce proverbe signifie qu'à l'époque où
il n'y avait pas d'électricité et où l'on ne pouvait
jouer qu'à la lumière d'une chandelle, les moyens (la chandelle)
à fournir pour obtenir la fin (le jeu entre amis, voire l'enjeu
d'un jeu d'argent) sont disproportionnés. En l'occurence, la chandelle
serait d'un prix trop élevé pour obtenir l'enjeu en question.
Autrement dit, ce proverbe nous renvoie à la
notion de proportion entre les moyens que je mets en oeuvre et le résultat
ou la fin que je veux obtenir. Deux critères majeurs devraient
nous empêcher de passer à l'acte : La disproportion entre
le moyen et la fin (écraser une mouche avec une bombe atomique)
ou utiliser un mauvais moyen pour obtenir une bonne fin (torturer quelqu'un
pour sauver des gens).

Et si tout le monde faisait comme
toi ?
Bien connu dans la liste des propos familiaux, cette
remarque qui fuse de la bouche des parents veut donner à l'enfant
le critère de l'universalisation. Si tout le monde se mettait à
mentir, à rejeter l'étranger, à jeter ses détritus
n'importe où... la vie deviendrait intenable. Par ailleurs, cette
remarque nous rappelle que chacun appartient à un grand ensemble
universel qui s'appelle l'humanité. Se poser cette question, c'est
se dire à soi-même que sa manière d'agir concerne
l'ensemble des humains. Il faut donc du temps pour apprendre ce sens de
l'universalité.
Il est toujours intéressant de vérifier
si la règle que l'on se donne peut-être adoptée par
tous. Kant l'avait bien compris. Mais cette intuition appartient à
la sagesse des peuples depuis l'orrigine des temps. Jésus-Christ
lui-même a une approche semblable dans ce qu'il est convenu d'appeler
la règle d'or : "Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux
pas qu'on te fasse à toi-même."

Chez nous, ça ne se fait
pas !
Cette petite remarque, placée à la suite
de la précédente veut montrer qu'il existe des traditions
locales, appartenant à un groupe, une famille ou collectivité.
Le niveau est moins universel.
Ce niveau plus particulier est celui où sont
manifestées les lois qui permettent au groupe de vivre. Il est
très important de vérifier que ce niveau existe entre le
niveau universel (qui précède) et le niveau singuier ou
personnel (qui suit). L'absence de ce niveau ou l'incapacité de
s'y référer engendrerait inévitablement du désordre
social.

Ce sont tes affaires !
Ici, la personne est renvoyée à sa propre
responsabilité. Il y a toujours un moment où c'est à
chacun de prendre sa décision et de l'assumer. Les parents, les
éducateurs doivent trouver le bon moment et surtout les bons lieux
où le jeune doit prendre sa décision personnelle. Il faut
en effet, que cela soit effectivement possible, sinon le désespoir
guette celui qui est voué à l'échec devant une tâche
insurmontable.
Mais l'expression n'est pas sans ambiguités.
En effet, elle peut aussi couvrir une part de démission chez celui
qui la prononce. Ce peut être un moyen peu glorieux de fuir devant
une exigence de solidarité.

L'argent ne fait pas le bonheur
Quoique bien connu, cet adage mérite d'être
rappelé. Si la sagesse populaire a rapproché ces deux désirs
du coeur de l'homme, ce n'est sans doute pas par hazard. L'un et l'autre
sont l'objet du désir du coeur de l'homme mais l'expérience
nous a appris que ces deux désirs n'étaient pas toujours
compatibles.
Chacun sait que la soif d'argent mise au premier rang
des préoccupations quotidiennes a détruit plus d'une vie
familiale ou professionnelle.
Les chrétiens se souviennent de la parole exigeante du Christ :
"vous ne pouvez servir deux maîtres à la fois".
Autrement dit, il s'agit de replacer l'argent pour ce qu'il est : un moyen
utile (et précieux) pour les échanges économiques
et la vie quotidienne. En termes plus croyant, de se souvenir que l'argent
n'est qu'une créature et qu'à trop vouloir le servir, l'amasser,
on devient idolatre.
Mais pour autant, on se gardera d'être trop primaire à l'égard
de l'argent. Ceux qui en manquent cruellement au point de vivre dans la
misère savent combien l'effort de survie peut occuper tout le champ
de la conscience.
Les chrétiens savent aussi que le Christ utilisait l'argent de
son temps puisque le groupe des disciples avaient une bourse pour donner
aux pauvres et qu'ils payaient des droits de péage pour entrer
dans une ville.
En définitive il s'agit de ne pas confondre
un moyen de vie quotidienne avec le but de l'éternité qu'est
le bonheur ou la béatitude. Chacun sait que le bonheur ne peut
s'acheter. L'usage de l'argent-moyen peut avoir son influence sur notre
quête finale. Que l'on soit généreux ou égoïste,
désintéressé ou avide est révélateur
du sens de la vie qui nous habite. Les chrétiens savent que Jésus
était libre à l'égard de l'argent : il rendait à
César ce qui était à César et à Dieu
ce qui était à Dieu.
Il n'est pas toujours facile de savoir quoi faire de son argent. Voici
une petite grille toute simple : Ce que je compte acquérir avec
ce moyen est-il nécessaire, utile ou futile ? Et si je pense être
dans le futile, ne puis-je pas faire un don à ceux qui manquent
du nécessaire ?

Nul grand homme pour son valet
A l'époque où
les grands hommes de ce monde cumulaient richesses et responsabilités,
ils avaient des valets de chambre. Fréquentant l'intimité
de leur maître, les valets avaient accès à la face
caché de leur vie avec son lot de misères et de faiblesses.
Ce " grand homme " public redevenait comme tout le monde dans
la vie privée. C'est sagesse que de se souvenir que face aux grandes
questions de la vie (mort, souffrance, maladie, conjugalité, éducation
des enfants,
), nous sommes tous logés à la même
enseigne.
Cette égalité des êtres humains est fondamentale.
Pourtant, cette remarque populaire procède de la même attitude
que celle qui consiste à s'attarder sur les apparences, qu'elles
soient publiques ou privées. Même en privé, on peut
encore jouer un rôle. Enfin, elle joue l'égalité par
le bas. Antoine de Saint-Exupéry voyait plus loin en faisant dire
au renard que " l'essentiel était invisible "
La foi chrétienne, a appris du Christ qu'il ne fallait pas s'arrêter
aux apparences qu'elles soient publiques ou privées : " tu
ne regardes pas au rang des personnes" Mt 22, 16. En fait, dans le
cur de Dieu, chacun est grand et d'un prix infini : " Tu as
du prix à mes yeux". Le Christ a choisi de se faire le serviteur
de tous. Cela nous invite alors à accepter que chacun soit supérieur
à nous-mêmes. Cf. Ph 2.

Faute avouée est à moitié
pardonnée
Voilà une expression
très " familiale " qui permet l'éducation des
enfants à la vérité. Il se joue derrière cette
pédagogie des enjeux extrêmement complexes que la taille
de notre chronique ne permet pas d'aborder à fond. En voici néanmoins
quelques aspects. Nous supposerons que les personnes impliquées
agissent avec une conscience droite.
Lorsque quelqu'un vient " avouer " spontanément sa faute,
il manifeste qu'il reconnaît que sa faute en était bien une
et par là reconnaît la valeur du système moral auquel
il appartient et finalement qu'il soutient en reconnaissant son acte comme
une faute. Pour la famille ou la société qui doivent gérer
l'écart qui a été commis par rapport à la
règle, c'est une bonne chose, car il n'y a pas de remise en cause
de cette règle. Au contraire, elle est sollicitée pour une
poursuite de la vie commune. C'est donc l'intérêt du groupe
social que de promouvoir un tel adage.
En ce qui concerne l'autre moitié de l'expression " à
moitié pardonnée ", il y a plus encore à dire.
Le pardon peut-il être une demi-mesure ? Ou plutôt, l'adage
ne mélange-t-il pas deux dimensions qu'il ne faut surtout pas confondre
: le pardon et la justice, l'avenir commun retrouvé et la nécessaire
réparation d'une injustice ? Trop souvent ces deux dimensions sont
confondues et engendrent des conflits intérieurs, des ambiguïtés
et parfois des perversions insurmontables. C'est en mettant au clair cette
distinction que l'on peut alors admettre un vrai pardon qui ne peut être
réalisé à moitié et une vraie justice qui
exige la réparation laquelle peut s'exprimer sous la forme de peine.
Il ne peut y avoir d'appel au pardon pour couvrir l'injustice sous peine
de pervertir le sens commun du bien, du vrai et du juste.

Quand le chat est parti les souris
dansent
Ce proverbe laisse entendre que lorsque les motifs de la crainte d'une
sanction ont disparu (le chat), alors on peut faire ce que l'on veut (danser
pour les souris). En effet, lorsqu'un chat est à la maison, les
souris ne sortent pas n'importe quand ni n'importe comment. D'une manière
plus générale, on peut comprendre que la présence
d'une autorité avec un fort pouvoir de sanction est la clef de
voûte d'une certaine stabilité sociale et que son absence
engendre l'anarchie. L'interprétation générale de
ce proverbe est d'affirmer la nécessité de la présence
d'une forte autorité pour qu'il y ait une paix sociale.
Nous pourrions aussi examiner la danse des souris, non pas comme une régression
vers l'anarchie, mais parfois comme une certaine transgression d'un ordre
établi (Cf. les carnavals) quitte à y revenir dès
le retour (souhaité) du chat. Toutes les institutions savent combien
il importe " d'organiser " ce genre de danse des souris. Cela
fait partie des respirations nécessaires de tout groupe social.
Enfin, nous pourrions aussi nous poser la question au plan individuel
et non pas collectif. Finalement, comment est-ce que je me tiens lorsque
je suis confronté à ma seule responsabilité ? Est-ce
que je fais n'importe quoi ? Ou bien suis-je capable d'avoir " une
ligne de conduite ". Il est alors intéressant de faire l'expérience
du départ du chat pour repérer ce à quoi je tiens
vraiment dans ma manière de vivre, ce qui me tient et ce qui me
structure.
Il y a plusieurs évangiles qui évoquent
l'attitude du serviteur lorsque le maître est parti. Celui qui sera
trouvé fidèle à sa tâche est valorisé
de plusieurs manières différentes :
- Le maître l'établira sur tous ses biens (Mt 24, 47)
- Il entre dans la joie de son Seigneur (Mt 25, 21)
- Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train
de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les
fera mettre à table et, passant de l'un à l'autre, il les
servira.(Lc 12, 37)

Vivre d'amour et d'eau fraîche
(A la demande d'un internaute)
L'expression s'entend habituellement à la forme
négative. " On ne peut vivre d'amour et d'eau fraîche
". Le sens de ce proverbe dépend tout particulièrement
de la signification que l'on attribue à l'amour. Ordinairement,
il est adressé aux nouveaux amoureux, à ceux qui pensent
que puisqu'ils s'aiment, il ne pourra rien leur arriver. Dans ce sentiment
très fusionnel des débuts d'une relation amoureuse, on croit
volontiers que le monde vous appartient et que tout est possible. Or le
réel résiste bien souvent à la toute puissance de
l'imaginaire. Les amis, les parents, le conjoint parfois, ayant l'impression
que tel ou telle se trouve déconnecté du réel, peuvent
alors renvoyer cette expression de sagesse pour rappeler le poids et les
exigences de la vie.
Cependant, si l'amour est bien le sentiment qui nous fait prendre au sérieux
la vie de l'autre, non seulement dans l'instant présent mais aussi
dans l'avenir en tenant compte de l'histoire, alors, il semble bien que
l'amour, loin d'être un échappatoire au réel, devient
un moteur pour vivre courageusement en ce monde. Nous sommes ici dans
un tout autre registre : celui de la responsabilité et de la lucidité.
Aimer vraiment, n'est-ce pas tout mettre en uvre pour que ceux que
l'on a décidé d'aimer (les membres de sa famille, des pauvres,
des étrangers,
) soient des vivants, des hommes, des femmes
et des enfants debout. Mais, alors, dans ce cas là, l'amour sait
bien que l'eau fraîche ne suffit pas.
Nous pourrions rapprocher ce proverbe d'une expression bien connue de
St Augustin " Aime et fais ce que tu veux ". Il s'agit d'une
formule que l'on trouve dans le commentaire de la première épître
de St Jean. Nous la trouvons plutôt ironique. En effet, si comme
le suppose le verbe diligere, aimer signifie aimer avec volonté
à la manière du Christ, alors il est assez clair que celui
qui a décidé de vivre selon un tel amour a déjà
tout décidé et qu'il n'y a plus de place pour le "
fais ce que tu veux ". Seul celui qui a compris combien aimer vraiment
rend libre et heureux peut dire avec vérité une telle formule.

Qui aime bien, châtie bien.
(A la demande d'un internaute)
Que voilà une redoutable expression qui associe
dans un même mouvement l'amour et le châtiment, la tendresse
et la violence. Elle se comprend généralement dans le cadre
éducatif d'une relation parents-enfants.
Ce proverbe manifeste tout d'abord qu'il n'y a pas d'amour authentique
sans un rapport à la loi. En effet, il ne peut y avoir de "
châtiment " s'il n'y a pas eu de transgression à l'égard
d'une règle connue des deux parties. Et c'est assez juste que de
dire cela. L'amour a ses exigences et ne peut tout couvrir sous peine
de se dévaloriser. L'amour authentique, celui qui veut la vie de
l'autre pour lui-même ne peut pas accepter de bon cur que
l'être aimé se détruise. Et lorsqu'il a charge d'éducation,
il est parfois nécessaire d'user de " punition " pour
faire comprendre par le déplaisir ce qu'aux âges les plus
jeunes on ne peut comprendre autrement. Les théories sur le développement
moral de la personne (Piaget, Kohlberg), montrent à l'envie qu'il
existe justement un développement moral de l'enfant et qu'il est
pertinent de ne pas user d'arguments et d'attitudes qui ne soient en rapport
avec l'âge de cet enfant. Les " châtiments ", pour
reprendre le vocabulaire du proverbe, sont nécessaires. Evitons
donc, sur ce sujet toute démagogie facile. Il faut aussi faire
évoluer ses pratiques éducatives en fonction de l'évolution
de cet enfant. C'est là un art véritable.
Ceci dit, qu'est-ce donc qu'un châtiment, et plus encore que bien
châtier ? C'est, semble-t-il, dans les synonymes de bien que nous
allons trouver la solution à notre question. Il ne s'agit pas tant
de châtier beaucoup ou volontiers, que de châtier de manière
proportionnée et ajustée au bien de l'enfant. Cet art s'apprend
sur le terrain et il n'est pas aisé de savoir si l'on a été
trop sévère ou pas assez. Le pire dans une charge éducative,
serait de croire qu'il ne doit jamais y avoir de sanction. En effet, la
sanction (bonne ou mauvaise), contribue éminemment à l'intégration
du sens symbolique de la loi. Sans loi l'homme ne se structure pas, devient
irresponsable pour lui-même et les autres et ne peut alors mener
de projet à bien.
Loin de nous, cependant l'idée de faire l'apologie des châtiments
corporels. Ces deux mots sont tellement associés dans l'imaginaire
collectif. S'il s'agit de servir le bien de l'enfant, il n'est donc pas
nécessaire de l'abîmer par les coups comme on l'a fait à
d'autres époques. Un bon éducateur saura néanmoins
trouver la sanction juste et proportionnée dans la culture qui
est la nôtre de telle sorte que petit à petit, la personne
en croissance intègre qu'il y a des chemins de morts et de chemin
de vie et que tout ne sa vaut pas. " Choisis la vie, dit Dieu "
dans le livre d'Isaïe.

Qui vole un uf vole un buf.
(A la demande d'une internaute)
Ce proverbe tire sa force évocatrice de son
dynamisme poétique. Ce qui en fait un véritable proverbe.
On pourrait le rapprocher d'une autre expression : mettre le doigt dans
l'engrenage.
Ce proverbe nous dit qu'en définitive il y a plus d'écart
entre ne pas voler et voler un uf qu'entre voler un uf et
voler un boeuf. La transgression de la loi que constitue le premier vol
est plus grave que l'évolution de la gravité du vol. Car
comme l'affirme une autre expression plus familière : lorsque l'on
a franchi les bornes, il n'y a plus de limite. Une fois que le sujet est
dans la transgression, la distance qui sépare l'uf du buf
n'est pas seulement sémantique (la lettre b) ou de volume, elle
est surtout de l'ordre du degré et non de la rupture. Le premier
vol était, quant à lui, une vraie rupture par rapport à
la loi de l'honnêteté et du respect de la propriété
privée.
Ainsi donc, ce proverbe a pour but d'inciter celui ou celle qui l'écoute
à ne jamais commencer à transgresser la loi sous peine de
prendre le risque d'être entraîné au-delà de
son intention première.
La raison du plus fort est toujours
la meilleure
(A la demande d'une internaute)
Cette maxime, tirée de la morale de la
fable " Le loup et l'agneau " de Jean de la Fontaine doit être
entendue avec beaucoup de prudence. Elle est plus un constat désabusé
et amer qu'une sagesse. Ici la force est articulée au meilleur,
qui est un superlatif du bien. Or n'est-ce pas confondre encore le moyen
et la fin ? La valeur d'un acte ne dépend pas seulement du moyen
utilisé, fut-il puissant mais aussi de l'intention de l'auteur
et de la fin effectivement atteinte. Tous les proverbes et adages qui
confondent ces trois dimensions de l'acte sont déshumanisants.
Ce qui est douloureux dans cette expression est que le travail de la raison
et la quête de vérité qui lui est souvent associée
se trouvent emportés non par une raison plus forte mais par la
force physique qui peut contraindre par delà toute vérité
et toute justice. Ce constat que beaucoup de " petites gens "
ont fait dans leur vie faute de posséder la force de l'argent,
la connaissance des rouages de la justice et des relations bien placées
est plus que réel. Cette maxime pourrait bien nourrir l'idéologie
de tous les utilitaristes de notre époque
Cependant, il ne faut pas oublier que celui qui vivrait selon ce principe
risque toujours, du moins dans les pays démocratiques, de tomber
sur quelqu'un qui saura appliquer la force du droit que la justice ne
réserve pas seulement aux puissants. De plus ce type de fonctionnement
ne tient pas dans la durée et oblige l'auteur à un nomadisme
social. En effet, lorsque l'on a trompé ou usé de force
au-delà de toute raison, on a peut-être gagné une
partie mais il faut souvent se faire oublier sous peine de prendre un
retour de bâton.
Les commerçants savent bien que leur habileté à vanter
leurs marchandises pourrait leur faire vendre n'importe quoi ou presque.
Mais ils ne vendraient pas deux fois au même client. En revanche,
ceux qui auront donné la primauté à la qualité
des informations, à un vrai travail de la raison sur de bons produits
auront toutes les chances non seulement de conserver leur clientèle
mais de l'accroître. Ceci manifeste donc, qu'à long terme,
la raison du plus fort est rarement la meilleure !

A l’impossible, nul n’est
tenu.
Voila un proverbe plein de
sagesse. Il signifie que personne n’est obligé de faire ce
qui est impossible à faire : courir le 100 mètres en 5 secondes
; construire un immeuble de 20 étages en une journée ; ou
pendre un phoque pour donner la version anglaise de ce proverbe.
Sur le fond, il renvoie les personnes sur le poids du réel dans
la vie. Les réalités de ce monde ont leur force et leur
inertie. On ne peut en changer les lois simplement parce que cela nous
arrangerait. Les moralistes ont traduit ce proverbe sous la forme de l’adage
suivant : on fait de la morale EN situation. C’est toujours dans
un contexte bien réel, bien concret que peuvent se donner les conseils,
s’élaborer les conduites les plus humanisantes au regard
des principes fondamentaux qui nous habitent. Hors la situation, nous
sommes dans le rêve ou le monde de l’imaginaire dont chacun
sait qu’il ne connaît pas de limites.
En revanche, s’il est nécessaire de faire de la morale EN
situation, cela ne veut pas dire que l’on fasse de la morale DE
situation. La morale DE situation consisterait à changer nos valeurs
et nos principes en fonction de la situation présente, en fonction
de ce qui nous arrange. Cette distinction n’est pas toujours facile
à comprendre et pourtant elle est essentielle !
Les évangiles portent la trace de l’importance du réel
dans la façon dont le Christ a conduit sa vie et formé ses
disciples. Ainsi dans le fameux évangile où les disciples
devaient nourrir une grande foule, on les voit s’inquiéter
: « Faudra-t-il que nous allions acheter des pains pour deux cents
deniers afin de leur donner à manger ? » Mais le Christ les
renvoie au réel : « Combien de pains avez-vous
? Allez voir ». S’en étant informés,
ils disent : « Cinq pains et deux poissons ». Et c’est
à partir de ce réel tout simple que le Christ fit le partage.
La foule n’a pas été nourrie par le pouvoir du génie
d’une lampe magique, mais bien par l’accueil du réel
qui a été béni et offert en action de grâce.
(Mc 6, 30-44).

On ne fait pas d’omelette
sans casser des œufs.
(A la demande d'un internaute).
Ce proverbe veut dire qu’il y a toujours
un prix à payer pour obtenir quelque chose. Mais ce serait faire
une analyse trop courte que d’arrêter notre commentaire à
ce point.
Ce prix contient, en fait, une dimension dramatique, voire tragique :
il s’agit d’un prix douloureux pour obtenir les choses que
l’ont veut. Or non seulement la nature sapientielle du proverbe
induit que ce prix douloureux est nécessaire, mais en plus qu’il
est légitime et acceptable.
Ce proverbe est particulièrement cité dans la mentalité
utilitariste de notre temps qui accepte volontiers que le prix à
payer pour maximiser les profits pour le plus grand nombre soit l’appauvrissement
de quelques uns. La richesse obtenue (l’omelette pour les riches)
se fait sur le dos brisé de quelques uns (la coquille des pauvres).
Autrement dit, ce proverbe laisse entendre que pour obtenir des choses,
il est légitime de faire payer d’autres à notre place.
(Cf. les deux brigands qui veulent tuer Tintin dans « l’oreille
cassée »). Ce serait alors un usage abusif et inadmissible
de ce proverbe.
Plus intéressant est le proverbe ainsi libellé : «
On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre ». Ce
second proverbe renvoie au principe de réalité qui veut
que les choses et les services ont en général en coût
pour la personne qui veut les obtenir. Un coût qui n’est pas
à faire supporter par d’autres.
Chacun voit midi à sa porte
(A la demande de Fantine qui propose aussi un
commentaire).
Ce proverbe contient toute la relativité
du jugement que l'on pourrait émettre vis à vis d'autrui.
Il signifie que l'histoire, le vécu, les intentions, les projets,
la personnalité, de tout un chacun influent sur ses décisions,
actes, pensées, paroles... Il n'y a pas qu'une seule vérité,
il n'y a pas qu'une seule réalité et c'est à chacun
d'agir en son âme et conscience.
Fantine
Il est vrai que ce proverbe peut laisser entendre que tous les points
de vue sont relatifs à la position du sujet. C'est, d'ailleurs,
toute la modernité que de tenir compte de l'influence du sujet
dans l'expérience qui est en cours ou dans le discours qui est
tenu : "D'où parlez-vous ?". Mais est-ce pour autant
qu'il n'y a plus de vérité ?
En effet, ce qui change, ce n'est pas le fait qu'il est midi et que le
soleil est au zénith. Ce qui change, c'est le point d'observation
de la vérité et non la vérité elle-même.
Voilà pourquoi, pour permettre de se comprendre, il importe de
faire connaître aux interlocuteurs de quelle porte vous parlez de
telle sorte qu'ils comprennent votre point de vue en essayant de se mettre,
tant que faire se peut, à votre place.
A vrai dire, je ne suis pas d'accord lorsque Fantine nous dit "qu'il
n'y a pas qu'une seule réalité". Il y a sûrement
plusieurs manières de l'approcher, de la décrire, de la
connaître, de la restituer mais nier l'unicité du réel,
c'est nier tout dialogue et toute justice. C'est nier jusqu'à l'existence
même du sens de la vérité. L'extrême de la position
de Fantine, qui ne l'a sans doute pas envisagée sous cet angle,
laisse entendre que l'on pourrait trouver des personnes qui justifieraient
la Shoah, le viol des enfants, la flambée du Sida et que l'on serait
obligé d'admettre leur point de vue sous prétexte que c'est
le leur.
Il faut maintenir avec courage qu'il y a des repères universels
qui s'imposent à tous ; qu'il y a des choses que l'on ne peut jamais
faire ; qu'il y a du vrai et du faux ; de la justice et de l'injustice,
du bien et du mal. Le relativisme absolu ne peut être une manière
durable de conduire sa vie ni de voir le monde sous peine de tomber inexorablement
dans l'anarchie et le régime de la loi du plus fort.
En revanche, je suis bien d'accord qu'il faut que chacun "agisse
en son âme et conscience"
si l'on entend la conscience comme ce goût pour le bien inscrit
dans le coeur de tout homme et qu'il faut toujours faire ce que l'on croit
être bien et éviter ce que l'on croit être mal.
Fantine nous répond :
Si vous me le permettez, j'aimerais y apporter
quelques remarques.
"L'extrême de la position de Fantine,
laisse entendre que l'on pourrait trouver des personnes qui justifieraient
la Shoah, le viol des enfants, la flambée du Sida et que l'on serait
obligé d'admettre leur point de vue sous prétexte que c'est
le leur" :
ce n'est pas du tout ce que j'ai voulu dire, mais vous avez raison de
préciser d'où vous parlez afin que certains ne déforment
pas mes dires. Lorsque je dis qu'il n'y a pas de vérité
unique, je pense d'un point de vue philosophique, mystique. Ainsi, toutes
les religions, prônent la même chose, même si le chemin
qu'elles engagent à prendre pour atteindre le Tout, Dieu, est différent
dans sa forme, le fond reste le même.
De plus, en mon sens, cela signifie aussi, que nous n'avons pas les mêmes
bagages, les mêmes repères, les mêmes codes, les mêmes
normes et de ce fait, nous ne pouvons avoir le même point de vue,
sauf, à un niveau ultime, quand la culture, l'identité,
les croyances, les normes sont effacées au profit de l'esprit universel,
au profit de Dieu.
"Il faut maintenir
avec courage qu'il y a des repères universels qui s'imposent à
tous ;" :
Les repères universels devraient s'imposer à tous, mais
la vie moderne, l'absence de spiritualité, la perte des valeurs,
font qu'il n'y a plus, en réalité, de repères du
tout. Le seul repère que les êtres de l'occident connaissent,
pour la plupart, sont leur plaisir et leur désir. Ils ne sont régis,
ils ne sont agis, que par cela et c'est leurs pulsions qui leur servent
de moteur.
"qu'il y a des choses que l'on ne peut jamais
faire ;" :
Bien entendu. En dehors de toute culture et de toute morale, on ne récolte
que ce que l'on sème (tient un autre dicton à rajouter)
et lorsqu'on fait du bien autour de soi, c'est aussi à soi même
qu'il est fait. Nous sommes le Tout, nous sommes création de Dieu
au même titre que l'univers auquel nous appartenons et faire du
bien dans l'univers, c'est aussi se faire du bien.
"qu'il y a du vrai et du faux ; de la justice
et de l'injustice, du bien et du mal" :
Tout est relatif et ce qui est vrai pour l'un est faux pour l'autre. Étudiez
le conflit qui oppose depuis plus de 50 ans la Palestine et Israël
(vous parliez de la shoa), chaque partie est persuadée être
dans son bon droit, et c'est ainsi que la faute est rejetée sur
l'autre. Qui est dans le vrai qui est dans le faux ? Qui est dans le bien
qui est dans le mal ? Le vrai serait la paix et le bien serait de cesser
de faire la guerre et de respecter son prochain en le considérant
comme son égal. Nous en sommes loin à l'heure actuelle !
Tant que nous restons dans des concepts de bien et de mal, nous ne pouvons
que créer des ruptures, des oppositions. Les histoires diffèrent,
les pensées, les croyances opposent. Il ne faut pas le nier. Et
quand je dis que chacun voit midi à sa porte, je dis seulement
que MM Arafat et Sharon pensent tous deux être dans le bon et dans
le vrai. Ce n'est pas au niveau des hommes que l'on peut savoir où
se trouve le vrai et le bon, c'est au niveau universel, au niveau cosmique,
au niveau de Dieu. Nous ne sommes, nous humains, qu'un atome dans ce grand
Tout de l'univers. Par nos concepts et croyances nous ne faisons que nous
arrimer au sol, nous enfoncer dans l'illusion encore et encore. C'est
en renonçant à l'idée du bien et du mal, du vrai
et du faux que nous parviendrons à nous soustraire aux conflits
et à transcender notre condition d'humain.
"Le relativisme absolu ne peut être
une manière durable de conduire sa vie ni de voir le monde sous
peine de tomber inexorablement dans l'anarchie et le régime de
la loi du plus fort." :
Il est impossible de n'avoir qu'une seule morale, une seule façon
de voir les choses, d'envisager la vie, d'un point de vue terre à
terre. Voyez comment l'Occident, notamment les USA, entrevoient la liberté,
à travers la consommation, la production, le capitalisme (cf. guerre
en Afghanistan et en Irak) et voyez comment le peuple des pays arabes
s'opposent à cela, parce que pour eux il n'y a de Dieu que Dieu
et le Coran est une conduite de vie et le "dieu dollars" une
perdition. Nous vivons actuellement sous la loi du plus fort. La société
moderne des pays industrialisée est basée sur ce credo :
une seule loi, celle du pétrodollar !
Il ne sert à rien de répéter ceci est bien et ceci
est mal, quand ces mêmes exemples diffèrent en toute bonne
conscience, d'un point de la planète à l'autre. Regardez,
lors de la guerre en Irak : le peuple des USA était persuadé
combattre pour la liberté (le gouvernement savait qu'il combattait
pour le pétrole, mais ça c'est une autre histoire), et en
Irak, des jeunes filles interrogées chez elles, disaient haut et
fort "nous ne voulons pas de leur soit disant liberté qui
est en fait un emprisonnement dans des moeurs bestiaux, telle que la dépravation
sexuelle. Notre liberté, c'est notre foi, qu'ils nous la laissent,
qu'ils ne nous en détournent pas, car leur façon de vivre
et d'envisager la vie n'est pas la nôtre". Qui avait raison
selon vous ? Où se trouvait le bien et où se trouvait le
mal ?
Il est possible de n'avoir qu'une seule perception du monde, mais cela
ne peut s'imposer, se dicter, ni s'instruire. Cela s'acquiert, se mérite,
à travers un travail perpétuel sur soi, sur son égo,
afin de le dépasser et d'aller au-delà de son petit moi
mesquin. Notre société s'éloigne de plus en plus
de ce type de travail de l'esprit, vous en conviendrez je pense. C'est
un constat triste : nous sommes sous le régime de la loi du plus
fort, et pourtant cela ne ressemble pas à de l'anarchie.
Cordialement.
Fantine
Voilà un moment intéressant
entre Fantine et moi-même. Il est clair que nous ne sommes pas d'accord.
Le constat de la pluralité des éthiques, des pratiques,
des conflits durables... est très pertinent. Il faudrait être
aveugle pour ne pas le faire. En revanche, cette diversité de repères
et de façons de les hiérarchiser dit bien que personne ne
peut vivre sans repère. La nécessité d'une loi est
universelle même si toutes les cultures ne se sont pas données
les mêmes. Il serait très grave si les hommes étaient
incapables de se donner des repères communs minimum, s'ils étaient
incapables de faire la distinction entre le bien et le mal, de faire droit
au faible, au pauvre, à la veuve et à l'orphelin. N'oublions
pas que l'existence d'une déclaration universelle des droits de
l'homme révèle en creux une certaine vérité
et dignité
de l'homme à travers les atteintes qui peuvent lui être portées.
Qui
trop embrasse, mal étreint
Il ne faut pas trop vite voir dans
ce proverbe une question sexuelle. Avant de signifier "donner un
baiser", embrasser indique simplement tenir des objets dans ses bras.
Puis dans un second temps, tenir une personne entre ses bras. Enfin, on
a gardé dans le verbe d'embrasser l'image de l'acte qui se déroule
souvent lorsque l'on se tient dans les bras l'un de l'autre : on se donne
des baisers.
En fait, ce proverbe signifie littéralement que lorsque l'on met
trop de choses dans ses bras, on les tient moins bien, on les étreints
moins bien et on risque de les faire tomber. On use de ce proverbe pour
mieux faire comprendre qu'il est plus prudent de faire moins de choses
pour mieux les faire. La valeur sous-jacente est que peu de choses bien
faites sont plus importantes que beaucoup mal faites. En vérité,
qui trop embrasse finit par ne rien étreindre et à brasser
du vent.
Néanmoins, s'il fallait en venir aux connotations psycho-affectives
que la culture française permet autour des verbes embrasser et
étreindre, il est possible de dire qu'il fonctionne aussi sur le
terrain de l'affectivité et dans le même sens. Ainsi beaucoup
de jeunes s'aperçoivent après coup que ce n'est pas le nombre
de partenaires qui importe mais la qualité de la relation que l'on
construit patiemment, petit à petit. Ceux qui "embrassent"
trop font du surplace dans leur vie affective et finissent par se retrouver
seuls.
Pour conclure, le proverbe invite donc à faire le deuil de tout
tenir, de tout posséder au profit d'actions limitées mais
porteuses d'avenir parce que mieux assurées. Le bonheur n'est pas
tant dans la saturation des désirs (ce qui s'avère vite
impossible) que dans la capacité à choisir un chemin (et
donc à renoncer à tous les autres). Le bonheur est toujours
courageux.

Les petits ruisseaux
font les grandes rivières.
Ce proverbe part d'une observation
que chacun peut faire. Les rivières et les fleuves ne sortent pas
de terre aussi imposants qu'on les connaît lorsqu'ils arrivent à
la mer. C'est la conjonction de sources et de quantités de ruisseaux
qui, se jetant dans la rivière lui permet de devenir plus grande,
de prendre la dimension d'un fleuve.
Avec un peu de recul, ce proverbe nous rappelle que les grandes choses
de la vie ont commencé par des petits événements,
modestes que l'on a su articuler entre eux. Chaque jour qui passe n'est
peut-être pas glorieux mais mis bout à bout ils ont permis
de réaliser un ouvrage qui a de l'ampleur. Ainsi, celui qui fait
un puzzle de 1000 pièces ne fait pas un geste plus difficile en
posant la dernière pièce qu'en associant les deux premières.
Ce proverbe est souvent utilisé dans le monde de la finance ou
des entreprises. Les petits bénéfices réguliers et
nombreux font les grandes fortunes.
Autrement dit, le proverbe des petits ruisseaux nous invite à ne
pas dénigrer les petites choses de la vie. Sans elles, rien de
grand ne serait fait. D'où l'importance de se souvenir que les
grandes oeuvres ne sont que la partie émergée d'un iceberg
qui flotte sur le travail discret d'une multitude de "petites mains".
Bienheureux ceux qui ont des yeux pour voir au-delà de ce qui brille.

Qui paye ses dettes
s'enrichit.
Ce proverbe semble contradictoire.
En effet, lorsque l'on paye ses dettes, on perd de l'argent immédiatement
disponible et à cet égard, on est moins riche.
En réalité, ce n'est pas tout à fait exact. Avoir
des dettes coûte de l'argent. Cela coûte les intérêts.
Les personnes endetttées le savent bien. Aussi, lorsque l'on rembourse
ses dettes, on n'a plus à payer les intérêts et c'est
de leur somme que l'on s'enrichit ensuite.
De plus, n'est-ce pas parce que l'on s'est enrichi que l'on peut payer
ses dettes ?

Le mieux
est l’ennemi du bien.
Ce proverbe bien connu gagne
à être médité en profondeur. En effet, le mieux
paraît l’objectif à atteindre et pourquoi se refuserait-on
le mieux en quelque domaine que ce soit : ordinateur, voiture, confort
de la maison, vie relationnelle, présentation d’un plat cuisiné,
rédaction d’un rapport, présentation sophistiquée
sur grand écran, vie de couple, santé, intelligence des
enfants… Or la quête du mieux au dépend du bien qui
est déjà satisfaisant engendre souvent trois inconvénients.
Le premier consiste à devoir investir énormément
pour améliorer d’un pour cent supplémentaire ce qui
était déjà bien. C’est-à-dire que les
moyens pour obtenir une petite progression supplémentaire sont
disproportionnés par rapport à l’objectif. Le jeu
en valait-il donc la chandelle ?
Le second inconvénient est plus fondamental. La quête obsédante
du mieux doit nous poser la question de notre rapport au manque, à
l’imperfection, à nos limites financières, intellectuelles,
… Celui ou celle qui cherche sans cesse le mieux est souvent condamné
à la tristesse et à être invivable pour ses proches
puisque cette personne n'est jamais satisfaite. Certes, il ne faut pas
prendre prétexte de cette remarque pour ne pas améliorer
ce qui peut et doit l’être. C’est aux vertus de prudence
et de courage qu’il faut confier le soin de savoir si l’on
est allé trop loin ou s’il faut poursuivre l’effort.
Savoir se contenter de ce que l’on a est souvent le début
de la sagesse et du bonheur.
Enfin, si le mieux et l’ennemi du bien, c’est que, très
concrètement, en voulant aller au mieux, au plus près du
possible, on risque d’aller au-delà de la limite et de détruire
ce que l’on avait mis tant de temps à bâtir. Ainsi,
repositionner une carte dans un château de cartes qui tenait debout
malgré une architecture de guingois risque de le faire s’écrouler.
Pablo Picasso disait : « Une peinture n’est jamais finie.
Mais un jour, on décide de l’arrêter ».
Qui veut aller loin
ménage sa monture
Ce proverbe nous ramène à l’époque
où l’on voyageait à cheval. C’est par le procédé
de la métonymie que l’on assimile la monture au cheval. On
monte à cheval.
Comme tout être vivant, le cheval a besoin de repos, de nourriture.
Celui qui veut aller loin doit donc respecter la santé de son cheval
sous peine de le perdre en route et de ne pas aller aussi loin qu’il
l’aurait voulu.
Ainsi donc, pour mener à bien nos projets, il convient de nous
respecter nous-mêmes, nous qui sommes notre propre monture. Une
vie équilibrée par une nourriture saine et un rythme de
vie adéquat sont des éléments de base pour réussir
n’importe quelle entreprise de longue haleine.
Par extension, ce proverbe signifie que lorsque l’on a un projet,
rien ne sert d’aller trop vite. C’est la volonté d’atteindre
l’objectif qui engendre une gestion prudente des ressources nécessaires
pour y parvenir. La patience et l’économie sont les vertus
de ceux qui ont des projets qui leur tiennent à cœur.
L'avenir
appartient à ceux qui se lèvent tôt.
Ce proverbe laisse entendre que l'avenir, un avenir réussi s'entend,
est plus facile à obtenir quand on se lève tôt que
lorsque on se lève tard.
Quand, régulièrement, on se lève tôt, on dispose
de plus de temps pour étudier, travailler, gagner sa vie,...
Ensuite, si on se lève tôt, c'est probablement que l'on s'est
couché tôt. Cela manifeste une hygiène de vie, laquelle
est propice à une bonne santé. Si l'on s'est couché
tard, que l'on mène une vie trépidante et stressante, chacun
comprendra que la santé risque de pâtir un jour ou l'autre.
Ce faisant, en se levant tôt, on a l'esprit clair et le travail
est plus productif. C'est une question morale de savoir à quelles
activités nous consacrons nos heures les plus lucides, celles où
nos facultés de concentration et de production intellectuelle sont
les plus efficaces. Ceux qui sont toujours entre deux eaux, deux vins,
deux soirées ou deux avions ne vivent sans doute pas aussi bien
que ceux qui ont une vie régulière.
Enfin, lorsque l'on se couche tôt pour se lever tôt, on ne
dépense pas son argent pour des sorties couteuses. Ces "non-dépenses"
permettent ainsi d'économiser pour des projets à plus long
terme, et préparent l'avenir.
C'est sûr, l'avenir appartient
à ceux qui se lèvent tôt.
Chat
échaudé craint l'eau froide.
Ce proverbe bien connu renvoie à une expérience familière.
Il n'est pas facile de savoir si l'eau est bouillante ou froide sans s'en
approcher, voire la toucher. Ainsi, si l'on s'est fait prendre une fois
en touchant de l'eau trop chaude, on redoublera de prudence même
à l'égard de l'eau froide, justement parce qu'on ne sait
pas qu'elle est froide alors qu'elle aurait pu être chaude .
Le proverbe dénonce gentiment ceux qui sont trop prudents après
avoir connu un échec.
Mais mieux vaut cet excès de prudence plutôt que d'être
incapable de tenir compte de ses expériences passées et
de ses échecs.
Qui
fait l'ange fait la bête.
Voila un proverbe dont le ressort repose autant sur son rythme, sa briéveté
que sur le contraste des termes. Traditionnellement l'ange est du côté
du bien et la bête symbolise le diable qui se cache parfois sous
le déguisement trompeur d'un personnage séduisant, d'un
ange de lumière.
La première interprétation consiste à dire que la
sagesse de ce proverbe réside dans la dénonciation d'attitudes
tellement bienveillantes qu'elles en deviennent aveugles sur les ambiguités
de ce monde. Or ne pas les voir, c'est, au fond, les favoriser et leur
laisser toute la place. Faire l'ange est ici faire le jeu de la bête.
La seconde approche est plus radicale. En utilisant le proverbe pour décrire
l'attitude de tel ou tel, on veut dénoncer un fourbe qui a voulu
prendre une apparence trop belle pour être vraie. Le loup, pour
entrer dans la bergerie prend toujours l'apparence de l'agneau.
En définitive, l'usage du proverbe a pour but de rappeler que le
réel est toujours marqué de limites et d'ambiguités.
C'est un avantage de les connaître, c'est une imprudence de les
ignorer, une erreur de ne jamais vouloir en tenir compte.
La faim fait sortir
le loup du bois
Beaucoup de proverbes tournent autour
de la question de la nourriture. Celui-ci tire sa substance de l'expérience
bien connue des loups qui, en temps ordinaires, vivent à distance
des hommes. Mais lorsque la nourriture vient à manquer, ils n'hésitent
pas à quitter la sécurité du bois où ils ont
leurs habitudes pour trouver ce dont ils ont besoin pour vivre auprès
des maisons. Autrement dit, lorsque sa vie est en jeu, le loup est prêt
à prendre des risques. Un risque proportionné à l'enjeu
: sa survie !
Ce proverbe a un double usage dans le monde des hommes. Soit on se sert
de la faim supposée de telle ou telle personne pour la faire sortir
de l'anonymat de la foule. Ainsi, on l'affame, on attise sa curiosité
et ses désirs de telle sorte qu'en face de "l'objet"
convoité elle perde toute prudence et se montre au grand jour.
Soit on découvre ce qui était l'objet du désir ce
cette personne en voyant celle-ci prendre des risques qu'on ne lui connaissait
pas.
De manière plus personnelle, il est intéressant de voir
quel est le poids de nos faims et de nos désirs à travers
les risques qu'ils nous font prendre.
D'une certaine manière, nous pourrions dire que la faim et les
désirs sont de puissants moteurs de l'action ou encore que nos
actions révèlent parfois les désirs et les faims
qui nous habitent.
Ventre
affamé n'a pas d'oreille
Celui qui a déjà vraiment eu faim, sait combien le souci
de la survie quotidienne occupe et oriente tout le champ de la conscience
et de l'activité. Se soucier des valeurs, prendre le temps de s'informer
sur la vie des autres, devient secondaire lorsque l'on est entièrement
tendu vers l'unique objectif de sa survie immédiate.
De manière plus distante, celui qui est habité, voire possédé
par un puissant désir est sourd à tout autre chose qui l'éloignerait
de cet objectif.
Les conséquences de ces remarques sont simples. La vie associative,
la vie politique, le travail à l'éducation des enfants,
... ne sont des activités possibles que dans un contexte de relatif
confort. Ainsi, dans toute problématique de développement
on apprend assez vite que le début de tout progrès social
commence par un apport de nourriture suffisant.
Admirables sont les personnes qui, dans des conditions aussi extrêmes
que les camps de concentration nazis de la seconde guerre mondiale, ont
su garder dignité et sens de la solidarité. Ils nous révèlent
par là que l'essentiel de la nature humaine ne se dit pas d'abord
à travers sa biologie et sa dimension corporelle mais avant tout
dans sa capacité à donner du sens à ses actes, quitte
à renoncer à sa propre survie immédiate au profit
d'actes qui disent l'homme au-delà leur singulière humanité,
d'actes spirituels, en somme.
Pierre qui roule n'amasse pas mousse
Ce proverbe se fonde sur un constat de la nature.
Une pierre qui roule (un galet dans une rivière, un caillou qui
dévale une montagne, ...) est toujours un galet sans mousse. Seules
les pierres immobiles, dont une des faces est constamment exposée
au vent dominant humide, finissent par se recouvrir de mousse. Ici, ce
sont le temps et la stabilité qui sont les conditions de possibilité
du développement de la mousse.
Citer ce proverbe est une manière de dénoncer ceux qui brassent
de l'air, bougent tout le temps ou qui sont affairés sans rien
faire. Ceux-là ne produisent pas grand chose, sinon du vent et
de l'agitation. Seuls ceux qui prennent le temps de demeurer un certain
temps sur une place peuvent en profiter et amasser de la mousse c'est-à-dire
s'enrichir vraiment de leur environnement. Sont ainsi mises en valeurs
deux vertus fondamentales dans la vie humaine : la patience et la constance.
Médecin,
soigne-toi toi-même.
Ce proverbe qui nous est connu depuis la rédaction des Evangiles
convoque celui à qui il est adressé á vivre en cohérence
avec lui-même. Ici, le médecin, pour montrer qu'il est un
bon médecin, doit en faire la preuve sur lui-même. S'il n'arrive
pas à se soigner lui-même, comment arrivera-t-il à
soigner les autres ? On le comprend d'autant mieux quand on sait que soigner
consiste souvent à donner des potions ou des drogues comme on disait
dans l'ancien temps. En les utilisant sur lui, il montre que ses potions
ne sont pas dangereuses mais en plus qu'elles guérissent.
Par extension, ce proverbe nous rappelle que l'on est d'autant plus crédible
que l'on est compétent dans le domaine où l'on prétend
donner des conseils et que l'on met en pratique pour soi-même ce
que l'on dit pour les autres.
Le paresseux dit
qu'il y a un lion sur la route
Ce proverbe est tiré de la Bible.
Il signifie que lorsque l'on n'a pas envie de travailler, ce qui est le
propre du paresseux, on invente des dangers qui nous obligent à
ne pas bouger pour motif de prudence. Les apparences sont alors sauves.
A l'époque où le travail principal était agricole,
il fallait sortir de chez soi pour se rendre aux champs. C'est donc sur
la route que l'on trouvait un obstacle insurmontable : un lion.
Aujourd'hui, Il existe d'autres lions pour justifier la paresse : le verglas
lorsque le temps est limite (Qu'est-ce qui peut valoir le risque d'un
accident ?) ; une fatigue accumulée qui nous rendrait moins productif
(qui oserait mettre les autres en danger par des fautes de vigilance ?)
; ...
La personne courageuse, quant à elle, ne s'écoute pas trop
et affronte ses propres limites avec persévérance sans baisser
les bras.
Il
ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.
A l'époque où les proverbes
ont été élaborés par la sagesse populaire,
chacun savait que tuer un ours était fort dangereux et redouté.
Il n'existait pas d'arme à feu ce qui obligeait le chasseur à
s'approcher de près de ce grand fauve européen et donc de
prendre des risques. Par ailleurs la force et l'habileté de cet
animal faisait que l'on n'était jamais sûr de l'attraper.
Dans ces circonstances, vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué
manifestait de la présomption chez le vendeur. Ainsi, combien,
présumant de leurs propres forces et sous estimant l'habileté
de l'ours, se sont vus contraints de rembourser sans parler de devoir
subir en plus les railleries des autres.
Aujourd'hui, le proverbe est utilisé soit pour inciter à
la prudence des personnes qui ont bâti des projets sur des événements
qui n'ont pas encore eu lieu (voir la fable de Perrette et le pot au lait
de Jean de la Fontaine), soit pour pour commenter l'échec d'un
projet qui était fondé sur des éléments dont
la personne n'avait pas totalement la maîtrise.
En d'autres termes, l'usage de ce proverbe a pour but de renvoyer les
auditeurs à plus de respect du réel et à ne pas prendre
leurs désirs pour des choses accomplies. Avec l'imaginaire, on
peut aller sur la lune, dans la réalité, c'est tout autre
chose. C'est le signe d'une vraie sagesse que de savoir bâtir des
projets et de les mener à terme.

Les
bons comptes font les bons amis.
(A la demande d'une internaute).
Voila un vrai proverbe. La brièveté
de la formule et la répétition du terme « bon »
dans les deux parties confèrent à l’expression la
qualité même d’un proverbe.
Au sens littéral, nous comprenons vite que les bons comptes renvoient
au fait qu’il n’y a pas de dette entre les amis ou encore
qu’il n’y a pas eu tromperie dans des échanges commerciaux.
A quelle condition l’amitié et l’argent peuvent-ils
faire bon ménage ? Telle est la question que le proverbe nous pose.
L’expression proverbiale suggère deux choses : d’une
part que de mauvais comptes sont capables de briser une amitié.
On ne peut invoquer durablement l’amitié pour couvrir l’injustice.
Les meilleurs amis du monde ne le resteront pas longtemps si l’un
des deux met l’autre dans l’injustice et l’embarras.
D’autre part, on peut aussi comprendre que la formule bien comprise
agit à rebours : c’est parce que l’on est amis que
l’on sera particulièrement vigilant à avoir de bons
comptes. L’amitié s’en trouvera alors renforcée.
Se vérifiera alors l’expression que « les bons comptes
font les bons amis ».

L'herbe du pré d'à-côté
est toujours plus verte
Ce proverbe qui donne la parole à l'âne
mis au pâturage est d'une grande sagesse. Il manifeste que l'on
n'est jamais satisfait du pré dans lequel on a été
envoyé paître. L'herbe du pré d'à-côté
paraît toujours plus verte, pous appétissante, plus fraîche.
Sans doute parce que l'on ne la connaît pas. Sans doute aussi parce
que l'on se focalise sur les inconvénients que l'on a dans son
propre pré et que l'on ne voit que les avantages de l'autre.
Or, si c'est peut-être vrai, l'âne a pu oublier qu'un pré
ce n'est pas que de l'herbe, c'est aussi l'abreuvoir avec sa quantité
d'eau et la fréquence de son renouvellement, c'est aussi l'arbre
sous lequel il pourra se mettre lorsque les rayons du soleil se feront
ardents en plein été, ce sont les autres qui ont été
mis dans le même pré que lui...
Ainsi en est-il dans la vie quotidienne, On n'est jamais satisfait de
la totalité des paramètres qui constituent notre vie. Au
travail, on peut se plaindre de son salaire, de l'ambiance, d'un ou de
plusieurs collègues, de la distance pour s'y rendre, des conditions
de retraite, ... Dans un couple, on trouve toujours chez un autre ce que
l'on ne trouve pas chez son conjoint : une forme d'intelligence, un style
d'humour, une disponibilité, des valeurs, une santé, une
belle-famille, ...
La maturité consiste à avoir compris que si l'on passait
dans le pré d'à-côté, on perdrait des choses
au profit d'autres. Ayant compris cela, on peut faire le deuil de ne pas
avoir tous les avantages... et de ne pas apporter non plus que des avantages
(chacun de nous a aussi des limites, personne n'est louis d'or pour tout
le monde). Bien souvent, ceux qui ont beaucoup "bougé"
s'aperçoivent "qu'au début, ce n'était pas si
mal".
Sage est celui qui trouve son bonheur dans ce qu'il a.

Ne pas avoir les deux pieds dans le même
sabot
(A la demande d'une internaute).
Dire que quelqu'un n'a pas les deux
pieds dans le même sabot (la chaussure en bois des pauvres gens)
c'est affirmer qu'il est plutôt dégourdi ou encore qu'il
est agile avec ses membres. De façon plus imagée, cela signifie
qu'il a l'esprit délié, imaginatif et créatif.
Pour bien le comprendre, il suffit d'imaginer une personne qui aurait
les deux pieds dans la même chaussure. Elle n'irait pas loin avant
de tomber.
Outre le bon sens qui se déploie dans le proverbe, il est heureux
qu'il insiste sur le côté positif de ce qui est observé.
Il est préférable de dire de quelqu'un qu'il n'a pas les
deux, pieds dans le même sabot, c'est lui faire un compliment que
d'affirmer qu'il a les deux pieds dans le même sabot, ce serait
alors pointer sa faiblesse et dire qu'il est "coincé"
ou maladroit.

Il n'y
a que la vérité qui blesse
(A la demande d'une internaute).
Les formules en "Ne.... Que..."
sont souvent risquées. Cet adage nous en fournit la preuve.
Nous savons tous qu'il n'y a pas que la vérité qui blesse.
Il y a aussi les médisances et les calomnies qui relèvent
de la catégorie du mensonge.
L'usage populaire de cet adage est souvent pervers. En effet, il est utilisé
à l'envers. On déduit, souvent à tort, du fait que
la personne a été blessée que ce qui l'a blessé
était de l'ordre de la vérité. Pire encore on utilise
l'adage pour voir ce qui peut blesser et en déduire les terrains
de fragilités des personnes.
Dans la vie chrétienne, nous recevons de l'Evangile la belle parole
du Christ : la vérité vous rendra libre. Au lieu de blesser,
elle libère de nos enfermements lorsqu'elle met en lumière
nos pauvretés et nos péchés. Ce n'est jamais agréable
de voir son péché. Cela peut être fait par des âmes
mal intentionnées. Cependant, lorsque c'est fait dans l'Esprit
du Christ, alors notre péché ne nous est jamais révélé
pour nous enfoncer mais toujours pour nous en sauver. Et si blessure il
y a, alors c'est de l'ordre de la chirurgie qui ouvre une plaie pour soigner
et guérir.
La vérité est du côté de la vie et il faut
se garder d'isoler son usage de l'ensemble des valeurs humaines traditionnelles
: patience, moment opportun, l'accompagnement des gens qui souffrent...
Sur ce sujet on lira aussi le proverbe commenté plus haut : "Toute
vérité n'est pas bonne à dire".

Il n'y a pas de fumée sans feu
Les pompiers le savent et tout spécialement
ceux qui observent les forêts pour les protéger des incendies.
La première chose que l'on voit, c'est la fumée, symptome
de l'incendie qui débute.
Le proverbe renvoie à l'expérience : toute nouveauté
est la conséquence d'une cause. Ici la fumée provient d'un
feu. Le proverbe a la force de la logique pour lui et il faut bien le
dire, l'expérience commune lui donne raison.
Cependant, nous garderons un peu de prudence. En effet, s'il n'y a pas
de fumée sans feu, les pervers et les méchantes personnes
peuvent détourner le proverbe pour atteindre leur fin. On connaît
l'adage machiavélique : calomniez, calomniez, il en restera toujours
quelque chose. Et une fois qu'il reste quelque chose, rien n'est plus
facile de présenter ce quelque chose comme la fumée d'un
feu que l'on dira bien réel. Alors que dans ce cas, la fumée
ne renvoie pas à un feu mais bien à un incendiaire qui se
sert de la fumée pour se cacher.
C'est avec des proverbes comme celui-là que des personnes ont été
conduites au suicide ne pouvant supporter les rumeurs injustes accompagnées
de leur auto justification "il n'y a pas de fumée sans feu".
Le proverbe agit alors comme la dernière étape avant le
lynchage public.
Au fond, ce proverbe fonctionne bien dans le domaine des sciences physiques.
Mais dans le domaine des hommes, on se gardera de l'employer sans une
grande prudence.

Bien
mal acquis ne profite jamais
Voilà un vrai proverbe. Pour
bien le comprendre, il faut se rappeler que le premier mot est un nom
commun : Un bien, une propriété, un objet. La rédaction
sous forme de proverbe donne une concision à la formule et joue
sur l'opposition bien et mal : "bien mal acquis..." veut tout
simplement dire "un bien qui a été mal acquis, ne profite
jamais à celui qui l'a acquis par un mauvais moyen". C'est
du moins ce que les bonnes gens veulent croire pour se consoler de ne
pas bénéficier des biens ou des richesses que de mauvaises
actions permettent d'acquérir.
Le proverbe peut, en effet, être cité pour prophétiser
l'échec du "voleur". Et à vrai dire, c'est souvent
le cas. D'une part parce qu'il se fera sans doute prendre. Mais plus encore,
lorsque l'on a volé, par exemple, comment faire usage au grand
jour de ce que l'on a volé ? Comment être sûr que les
autres, la police, ... ne vont pas comprendre l'origine du bien mal acquis
? Pour s'en protéger, il faut alors se méfier, s'entourer
de précautions, de mensonges, déménager, ... Et quand
bien même le voleur ne serait pas pris, que vaut la jouissance du
bien mal acquis s'il faut le payer de tant de surveillances et de craintes
? Les honnêtes gens, quant à eux, jouissent tranquillement
des biens qu'ils ont bien acquis et c'est leur joie de pouvoir le partager
avec d'autres.
Le proverbe peut aussi sanctionner la condamnation du voleur qui s'est
fait prendre. Car bien souvent, il devra payer plus cher la peine qu'il
doit subir que l'effort honnête lui aurait coûté pour
acquérir le bien en question. Bien mal acquis ne profite jamais.C'est
bien vrai !

C'est au pied du mur que l'on voit le maçon
Je ne connais pas d'exception à
ce proverbe si proche de l'expérience quotidienne et en particulier
de la vie professionnelle. C'est au résultat que l'on voit le bon
ouvrier. Lorsque le maçon est au pied du mur, c'est au pied du
mur qu'il doit monter brique à brique et qui n'est pas encore fait
qu'il se trouve. Autrement dit, il ne s'agit pas de se payer de mots !
C'est dans les actes que l'on voit si l'homme est capable ou s'il est
seulement un beau parleur.
Un grand équipementier sportif a choisi comme slogan l'équivalent
de ce proverbe : "Just do it" (Il n'y a plus qu'à le
faire). Autrement dit, on te fournit le matériel (qu'on te fait
payer), mais personne ne fera la course à ta place.

Charité
bien ordonnée commence par soi-même
On entend parfois des commentaires
désabusés de ce proverbe. Ainsi : "Si tout le monde
commence par s'occuper de lui-même, il n'y aura plus pesonne pour
s'occuper des autres".
En réalité, ce commentaire sarcastique, n'a pas saisi la
pointe de ce proverbe plein de sagesse. De quoi s'agit-il ?
C e proverbe signifie que la manière de je m'occupe de moi n'est
pas sans influence sur la manière dont je m'occupe des autres.
On l'a déjà vu dans un autre proverbe : Médecin,
soigne-toi toi-même. Mais ici, le terme de charité qui
est une autre façon de parler de l'amour élargit le problème.
Nous pourrions reformuler le proverbe sous forme de question : Comment
aimer les autres si je ne m'aime pas moi-même ? Comment assurer
les comptes d'une entreprise si je me perds dans les mien ? Comment conseiller
la vie conjugale des autres si ma vie affective est une longue suite d'échecs
?
Dans la Bible on trouve cette sagesse toute simple lorsque Saint Paul
conseille son ami Timothée pour le choix des futurs responsables
des communautés chrétiennes : qu'il soit l'époux
d'une seule femme; qu'il élève bien ses enfants; qu'il soit
sobre. Comment, en effet, être responsable de la famille des chrétiens
si l'on ne peut être responsable de soi-même et de sa propre
famille ?
On fustige aussi parfois ce proverbe en l'accusant de cultiver l'égoïsme.
Deux remarques s'imposent ici : S'aimer soi-même est une bonne chose.
Combien de personnes souffrent de ne s'être jamais pardonné
telle ou telle action. De plus, s'aimer ne veut pas dire s'adorer ou s'idolâtrer.
Si je m'aime vraiment, alors cet amour doit me conduire à me sortir
de moi-même car "il n'est pas bon que l'homme soit seul".
L'autre remarque porte sur la fin du proverbe : dire que charité
bien ordonnée commence par soi-même, ne signifie pas qu'elle
s'arrête à soi-même. Bien au contraire, si elle est
bien ordonnée, elle doit me conduire au-delà de moi-même.
Mais il peut y avoir un usage excessif
de ce proverbe. En effet, combien de personnes attendent d'être
parfaitement à l'aise avec elle-même pour s'autoriser de
s'ouvrir aux autres au risque de ne jamais y parvenir. S'aimer soi-même
ne signifie pas se rendre parfait et fort pour pouvoir aider ensuite les
autres. S'aimer soi-même consiste avant tout à s'accepter
avec ses misères petites ou grandes et à avoir un peu d'humour
sur soi. C'est d'ailleurs ces dernières qui nous donneront la discrétion
et l'himilité nécessaires à tout exercice de la charité.

La paresse est la mère de tous
les vices

Mieux vaut tard que jamais

Petit à petit l'oiseau fait
son nid

Jeu de mains, jeu de vilains

La curiosité est un vilain défaut

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© Bruno Feillet
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